V/A

Audiolab

(Lucky Kitchen / Import)

 date de sortie

17/11/2003

 genre

Electronique

 style

 appréciation

 tags

AGF / Alejandra & Aeron / Curd Duca / Dorine_Muraille / Lucky Kitchen / Monolake / Radiomentale / Steve Roden / To Rococo Rot / Vladislav Delay

 liens

Monolake
To Rococo Rot
Radiomentale
Vladislav Delay
AGF
Lucky Kitchen

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Avant d’être un CD, Audiolab est une sorte d’installation servant à diffuser des oeuvres sonores. Il y a eu jusque là trois installations de ce type, la première au Palais de Tokyo en 2002 où l’on pouvait entendre Radiomentale, Monolake, ou encore Alejandra and Aeron. Le deuxième l’année dernière au Centre Pompidou avec AGF, To Rococo Rot et Dorine_Muraille entre autres. Plus récemment (21/11/2003 au 29/02/2004) le troisième Audiolab était présenté à la Cité de la Musique, et diffusait des oeuvres de Thomas Brinkmann, Sutekh ou Domotic, le tout commissionné par la Caisse des Dépôts. Nous avons là un double CD qui compile les oeuvres créées pour les deux premiers Audiolab, nous permettant aujourd’hui de les écouter dans le confort de notre home sweet home, sans avoir à se battre pour approcher l’installation, et sans avoir à faire abstraction des bruits ambiants.

Précisons avant tout que les artistes devaient se plier à quelques petites contraintes qu’ils respectent apparemment plus ou moins scrupuleusement. Le but est d’utiliser des samples (donc beaucoup de voix et autres sons naturels sur ces deux CD), de raconter une histoire, de faire des oeuvres narratives, et de mélanger sonorités électroniques et sons du quotidien.
Alejandra and Aeron n’ont pas de mal à suivre ces quelques règles qui leur semblent tout à fait destinées, et proposent un mélange généralement abstrait de field recordings et bribes mélodiques. Monolake nous surprend avec un unique drone vibrant, métallique, inquiétant, mêlé de gargouillis et bouillonnements, soit une pièce particulièrement ambient. Pour continuer avec les artistes que l’on connaît, Radiomentale nous propose une pièce à rapprocher de la musique concrète sur laquelle David Toop (écrivain, critique) parle de sa façon d’aborder la musique aujourd’hui, préférant se consacrer aux sons environnementaux qu’aux musiques composées. L’album se termine par Vladislav Delay dont on reconnaît les sons mais qui travaille ici différemment avec un Stand-Alone clair et épuré.
Les artistes que l’on connaît moins sont généralement issus d’autres milieux musicaux, exception faite de Rupert Huber que l’on retrouve au sein de Tosca. Il nous offre un long morceau avec une première partie très acoustique, sons de piano plein d’écho, et dans un deuxième temps se lance dans une musique électronique ambient mais rythmée, superposée à des enregistrements ambiants. On trouve aussi une jolie pièce poétique de Laetitia Bénat mêlant répétition de piano, échauffement de voix, et bruits du quotidien. La palme de l’expérimentation revient ici à Henrik Plenge Jakobsen, un danois qui nous propose de longs accords d’orgues espacés de quasi silences. Notre coup de coeur ira par contre à Rebecca Bournigault (aidée par Rainier Lericolais) et ses troublantes Intentions : une jeune femme fait par de ses angoisses, de ses questions sur un vide qui l’habite. Des confessions magnifiquement mises en musique : une mélodie de piano se fait hésitante, syncopée, et semble souffrir du même mal, des mêmes doutes que cette personne

Le deuxième CD nous laisse exactement la même impression, avec encore des artistes qui se lancent dans autre chose que ce qu’ils ont l’habitude de faire, et une même proportion électronique/électroacoustique.
Comme Alejandra and Aeron, les contraintes citées n’en sont pas vraiment pour AGF. Elle se lance dans un retour sur le lieu de son enfance, nous raconte des souvenirs, des anecdotes, des gens, sur une musique faite d’éléments rythmique qui dégringolent et de cordes cinématographiques. To Rococo Rot s’essaye aux expérimentations clicks-ambient avant de reprendre leurs guitares pour un final plus dans la ligné de leurs albums. Par contre aucune surprise avec Dorine_Muraille qui colle un enregistrement de son répondeur téléphonique sur ses mélodies maltraitées et bruitages. C’est Curd Duca qui retiendra particulièrement notre attention ici avec un début particulièrement abrupte, abstrait, qui évolue vers des crépitements syncopés, puis divers effets (essais ?) de hachages sur des voix, des mélodies, portés à tour de rôle sur une mélodie au premier plan, ou un accompagnement au second plan laissant un chant féminin intact. Une oeuvre à la fois expérimentale et poétique.
Plus expérimentaux ou conceptuels ensuite, on trouve Doug Aitken & Steve Roden qui assemblent très habilement enregistrements ambiants retraités et instruments classiques, Cameron Jamie et son enregistrement de Spook House (une sorte de théâtre amateur se déroulant chez des particuliers) mis en musique à la façon d’une superproduction cinématographique, et pour finir Xavier Veilhan et David Artaud noient leurs sons enregistrés en milieu naturel dans une vague de souffle.

Si l’on apprécie de pouvoir écouter ces musiques chez soi avec attention, l’aspect environnemental de celles-ci leur donnera parfois une fonction d’habillage sonore de votre intérieur, mais d’autres, les plus narratives demanderont toute votre attention pour en apprécier toute la finesse. Dans tous les cas ce double album est un magnifique coffret qui mérite grandement que l’on s’y intéresse.

Fabrice ALLARD
le 31/03/2004

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