Elaeis Guineensis

(Fissur)

 date de sortie

00/04/2005

 genre

Electronique

 style

Ambient / Musique Concrète

 appréciation

 tags

Ambient / Fissur / Musique Concrète / Thomas Tilly / Tô

 liens

Thomas Tilly / Tô
Fissur

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En juillet 2002, le label parisien Evenement invitait le Poitevin Tô au Batofar lors d’une soirée dédiée au label. Tô ouvrait la soirée et fut une excellente surprise, produisant une musique sensible sans le moindre instrument, créant ses sons en direct, captant le bruit de la cire de bougies qui tombe, le ronronnement d’un disque en papier de verre sur une platine vinyle, etc... Sa musique qui comporte un aspect primitif ressemble à une mise en forme de données sonores récoltées par un ethnographe. Pour ce nouvel album, Thomas Tilly est allé en Guinée pour capturer des sons et ambiances naturelles, avec lesquels il compose.

Le titre, Elaeis Guineensis fait directement référence au pays, mais il s’agit en fait du nom latin d’un arbre, le palmier à huile. La référence à la nature est immédiate, bien que codée, à l’image de cette pochette, impression sur papier calque de branchages, que l’on peut voir aussi comme des veines, replaçant l’humain dans son milieu naturel. On a beau écouter cet album tranquillement chez soi, confortablement installé, rédigeant cette chronique sur un laptop dernier cri, en pleine ville, entouré d’immeubles, la musique de Tô nous renvoie à nos racines, à la nature dans ce qu’elle a de plus simple, à ce dont on ne fait plus attention, à ce que l’on finit par détester, comme l’orage qui ouvre ce disque, menaçant, puis la pluie, source de tintements ou crépitements, suivant qu’elle tombe sur des ardoises ou des brindilles.
A ces sons ambiants qui font de la musique de Tô de la musique concrète, se joignent d’autres bruits plus abstraits, plus "musicaux" au sens classique du terme, et servant de liant. Il s’agit principalement de souffles et drones, rapprochant cette musique concrète d’une ambient minimale. Ces composantes varient doucement, provoquent quelques élans, montées inquiétantes, évoquent un vent glacé alors que l’on est sensé se trouver en Guinée. Avec ses 24 minutes, le dernier morceau représente plus de la moitié de l’album, mais malgré sa durée hors norme, c’est celui qui devrait plaire au plus grand nombre. Après le tonnerre au loin, la pluie, les piaillements d’oiseaux pendant une accalmie, ce qui semble être un accord de violoncelle prend le relais. S’ensuit une magnifique montée, superposition de drones, jets de souffles bruitistes, pour une tension qui paraît infinie, et comparable sur la forme à un certain post-rock.

La musique de Tô ne fait pas dans l’esbroufe. Pas d’explosion finale. Une fois l’orage passé, les esprits (de la nature) apaisés, la vie reprend son cours. La pluie finit de tomber, bientôt les oiseaux reprendront leur chant, et ici les voitures continuent de circuler. Elaeis Guineensis, c’est un peu la Guinée chez vous, c’est aussi peut-être ça que l’on devrait appeler "musique du monde", car en fait on aimerait déjà que ce disque connaisse une suite afin de poursuivre le voyage, dans un autre pays.

Fabrice ALLARD
le 01/05/2006

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