Dan Flavin : Une rétrospective

 date

du 09/06/2006 au 08/10/2006

 salle

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,
Paris

 appréciation
 tags

Dan Flavin / Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

 liens

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

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Pionnier du minimalisme, l’artiste états-unien Dan Flavin (1933-1996) n’avait pas connu de rétrospective depuis 1969. Après Londres et avant Munich, l’exposition sobrement intitulé Une Rétrospective s’arrête au Musée d’Art Moderne et permet de pallier ce manque en présentant une grande partie de l’œuvre de celui qui mit en scène des tubes fluorescents (l’artiste tenait à cette appellation et non à celle de « néons ») de dix couleurs (bleu, vert, rose, jaune, rouge, ultraviolet et quatre déclinaisons de blanc) et quatre tailles différentes.

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The Diagonal of May 25, 1963 (to Constantin Brâncuși)

Suivant un accrochage chronologique, on débute par les premiers travaux de Flavin avec notamment The Diagonal of May 25, 1963 (to Constantin Brâncuși) qui donne immédiatement le ton : grand tube jaune accolé au mur et posé en diagonale. Alors qu’initialement l’artiste était plutôt porté vers des œuvres à tube unique (tel ce Pink out of a Corner (to Jasper Johns), tube rose mis verticalement dans l’angle d’un mur), assez rapidement, il composa des travaux à l’aide de plusieurs éléments. Ainsi la série des « icônes » associe-t-elle tubes et ampoules, celle des « monuments » plusieurs tubes blancs représentant tantôt un building, tantôt une fusée, tandis que le mélange de couleurs permit à Flavin de réfléchir à l’influence réciproque des gammes chromatiques.

Pour autant, les œuvres les plus marquantes de la rétrospective sont celles où l’artiste joue sur la réverbération de la lumière sur le mur. En effet, plusieurs pièces associent tubes dirigés vers l’extérieur et tubes dirigés contre le mur, de telle sorte qu’un halo de lumière se forme derrière l’ensemble, halo uniforme ou composite suivant la couleur des tubes considérés (Untitled (to the « innovator » of Wheeling Peachblow) : cadre avec deux tubes blancs horizontaux vers nous et deux fois deux tubes rose et jaune verticaux vers le mur ; Untitled (in honor of Harold Joachim) : grille d’angle avec six tubes verticaux bleus et verts et six autres horizontaux roses et jaunes). Plus encore, une salle entière n’est constituée que de quatre série de quatre tubes tournés vers le mur et disposés horizontalement dans les angles des murs (Untitled (to Janie Lee) 1 et 2, Untitled (to Virginia Dwan) 1 et 2). Particulièrement réussies sont également les œuvres jouant sur la réverbération du sol, lui conférant une dimension quasi-aquatique tellement le reflet de la lumière s’y fait intense : Untitled (to the citizens of the Swiss cantons), série de travaux semblables à ces flèches rouge et blanche qui bordent les routes, où le sentiment de mouvement induit par le reflet sur le sol est accentué par la courbure du mur.

Mais le clou de la rétrospective est probablement constitué par ces œuvres où les tubes utilisés sont tellement nombreux qu’on en est ébloui. Ainsi, Untitled (to Jan and Ron Greenberg) dispose verticalement, au fond d’une sorte de tunnel, une quinzaine de tubes verts en rangs serrés avec une petite ouverture sur le côté permettant de deviner la couleur des tubes de l’autre côté de ce mur lumineux. Au bout de quelques secondes, par un effet sur notre rétine, l’environnement nous semble différent et, de fait, la lumière dans le tunnel voisin, balisé de lignes jouant sur des camaïeux de blancs (blanc chaud, blanc doux, blanc froid, blanc lumière du jour), nous apparaît rosée. De même, la dernière œuvre présentée, Untitled (to you, Heiner, with admiration and affection), sorte de haie de plusieurs dizaines de mètres de long et de deux mètres de haut, uniquement composée de tubes verts, nous donne l’impression que le ciel, visible par les fenêtres du musée, comme par la porte de sortie de l’exposition, s’est rougi comme lors d’un orage. Par ses travaux, nettement moins simples et minimaux qu’ils n’y paraissent, Dan Flavin a donc réussi à modifier notre perception de la réalité ; existe-t-il plus belle définition de l’art ?

François Bousquet
le 04/09/2006

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