George Shaw : Poet’s Day

 date

du 02/11/2006 au 14/01/2007

 salle

Centre d’Art Contemporain,
Genève

 appréciation
 tags

Centre d’Art Contemporain / George Shaw

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Artiste britannique né en 1966 à Coventry, George Shaw (rien à voir avec le dramaturge irlandais George Bernard Shaw) voit le Centre d’Art Contemporain de Genève (immeuble de quatre étages au style épuré, fait de poutrelles métalliques et de parquet aux lattes parfois disjointes, plus proche du squat que du l’espace institutionnel) lui consacrer une exposition monographique, la première hors de son pays d’origine.

En une bonne de vingtaine toiles (et quelques croquis, plus anecdotiques), on dispose d’un bon aperçu du travail de l’artiste, adepte de la peinture à l’émail Humbrol sur bois. Conférant une brillance, un côté laqué aux toiles, cette technique apporte également une certaine distance, situant dès lors le travail de l’Anglais entre la photographie, la peinture réaliste à objectif documentaire et une vision légèrement fantasmagorique. Alternant paysages forestiers ou bucoliques et scènes mettant aux prises des éléments urbains, George Shaw se fait plus probant dans les secondes là où les premières versent dans la répétition et le déjà vu (le triptyque Every Day is the Same avec arbre planté au milieu d’une clairière). En revanche, les peintures de villes ou de banlieues (cabanes, barres d’immeubles, cours) parviennent admirablement à mener de front propos un peu nostalgique (les teintes légèrement pastels semblant renvoyer à un avant idéalisé, même si rien ne permet de dater, ni de situer avec précision les scènes reproduites) et volonté de décrire une réalité sociale très quotidienne. A cet égard, l’absence d’êtres humains entretient une ambiance un peu fantomatique qui pourrait apparaître comme désincarnée mais que la luminescence de l’émail vient, à point nommé, réchauffer. De même, l’atmosphère générale n’est jamais plombée (seule The Lynch Gate (For Dad) fait exception avec son ciel rougeoyant au-dessus d’un cimetière) car toutes les toiles laissent percer un espoir serein, apporté par un coin de ciel bleu ou la verdoyance d’un arbre ; le coin de cour avec mur noiraud et petites plantes sombres grimpantes de May Day se voit, par exemple, éclairci par l’azur pointant en haut.

Précisément, la grande réussite de George Shaw se trouve dans sa capacité à mêler ces deux univers : champêtre et citadin. Ainsi, Tea Time conjugue gris des toits, d’une barrière et du macadam avec le vert de la prairie ; After Mass associe rouge de la brique et vert clair des arbres ; Scenes From the Passion : Valentines’ Day combine sentier ocre, arbres morts et immeuble défraîchi. Plus encore, Scenes From the Passion : The Anniversary, sommet de l’exposition, dispose de manière bi-frontale la lisière d’une forêt où les feuilles sont prêtes à tomber et, de l’autre côté d’une route défoncée, une suite de pavillons identiques. Opposant la linéarité bien ordonnée des constructions au désordre naturel des arbres, George Shaw n’écarte pour autant pas toute possibilité de dialogue entre ces deux mondes par la présence d’un arbre mort et de quelques feuillages persistants devant les pavillons, d’une part, et de baraques servant apparemment de remises, d’autre part.

L’exposition sera présentée au Kunstverein de Freiburg (Allemagne) à partir du 26 janvier 2007.

François Bousquet
le 13/12/2006