Le Nuage Magellan

 date

du 10/01/2007 au 09/04/2007

 salle

Centre Pompidou, Espace 315,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Pompidou, Espace 315 / Dan Perjovschi / David Maljković

 liens

Centre Pompidou, Espace 315

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Roman de science-fiction de Stanislaw Lem, Le Nuage Magellan, très mal considéré par son auteur lui-même, décrivait une société telle que la rêvait les communistes après la guerre, compte tenu des développements techniques envisagés. Reprenant ce titre, l’Espace 315 du Centre Pompidou propose une courte exposition dans laquelle huit artistes contemporains vont travailler la question des utopies déchues.

Très séduisante sur le papier, l’idée directrice est malheureusement réduite, dans la grande partie de l’exposition, à un retour sur les constructions communistes dans les pays de l’Est. Ainsi, la Polonaise Paulina Olowska s’inquiète de la détérioration des enseignes au néon de Varsovie : une vidéo montre des habitants prenant soin de l’une d’elles tandis qu’un assemblage très « pop » (verre de cocktail, fille alanguie, couleurs vives), réalisée par l’artiste elle-même afin d’attirer l’attention sur cette dégradation, ne dépasse pas le reflet d’une société déchue. De même, le film où le Croate David Maljković tente de trouver une nouvelle destination pour un monument dédié aux combattants communistes peine à convaincre, comme les vidéos de Clemens Von Wedemeyer s’arrêtant sur la destruction des barres d’immeubles en ex-RDA. Ne parvenant pas à choisir entre documentaire et création artistique à part entière, ces travaux n’accèdent jamais à l’universalité qu’aurait pu chercher l’exposition.

En revanche, on fut plus intéressé par les dessins d’Oskar Hansen, architecte polonais, tenant des cités linéaires dans lesquelles il n’y aurait plus de centre-ville, de banlieues, ni de verticalité, mais une horizontalité égalitariste. Ce mélange de candeur et d’utopisme s’avère à la fois révélateur d’une volonté de s’écarter de ce qui avait été fait auparavant, comme d’une certaine naïveté, assez touchante cela dit. En face de ces plans, se situent une suite d’œuvres de Michael Hakimi représentant, par des collages et installations, des buildings noirs, des paysages de brouillard comparables à ces nuages de fumée post-explosion, des soleils blancs blafards et apocalyptiques ou des traînées de peinture semblables à des larmes. Un brin trop démonstratif, son travail a au moins le mérite de déplacer le propos vers d’autres points du globe et dans une époque plus récente.

Alors qu’on ressortait plutôt déçu du Nuage Magellan, les œuvres de Lia et Dan Perjovschi nous permirent de terminer sur de bonnes notes. Proposant une suite de petites photos, disposées à la manière d’une frise, la première nous livre une chronologie personnelle de l’art contemporain où se croisent Magritte, Duchamp, Orlan, Lars Von Trier, Basquiat, Matthew Barney, Ally McBeal, Nan Goldin, Pipilotti Rist, Maurizio Cattelan, Louise Bourgeois, Jeff Wall ou Dominique Gonzales-Foerster. Par une série de petits dessins, types dessins de presse, tracés à même le mur d’entrée de l’Espace 315, Dan Perjovschi se fait à la fois très ironique, voire sévère, sur le Centre Pompidou lui-même (deux files d’attente avec une dizaine de personnes devant une porte indiquant Rauschenberg contre une quarantaine pour celle indiquant Tintin ; « Louvre, Abu Dahbi / Pompidou, Metz / Guggenheimisation ») ou plus politique quand il touche à l’Union Européenne (le rond d’étoiles du drapeau disant au croissant de lune et à l’étoile turque voisins : « OK, we take the Star ») ou à la guerre en Irak. Si l’on cherchait alors un lien avec le fil directeur de l’exposition, il fallait probablement le chercher dans la déchéance de l’utopie que fut « l’art pour tous » ; la réussite des travaux des Perjovschi démontra donc, a contrario, que Le Nuage Magellan aurait gagné à diversifier ses points de vue plutôt que de se consacrer principalement aux suites de l’effondrement du communisme.

François Bousquet
le 29/01/2007

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