Samuel Beckett

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 date

du 14/03/2007 au 25/06/2007

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Alberto Giacometti / Bruce Nauman / Centre Pompidou / Giuseppe Penone / Paul McCarthy / Pierre Alechinsky / Richard Serra / Samuel Beckett

 liens

Centre Pompidou

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Après Barthes et Cocteau, le Centre Pompidou nous propose une nouvelle exposition monographique consacrée à un écrivain du XX° siècle. Mais, comme les deux auteurs français, l’Irlandais ne peut être réduit à ses écrits fictionnels, l’exposition s’efforçant précisément d’embrasser le travail dramaturgique et cinématographique de Beckett.

En montant au sixième étage du Centre Pompidou, on se souvient de plusieurs expositions centrées sur des écrivains (notamment au Musée des Lettres et Manuscrits) où, justement, l’espace était surtout occupé par des manuscrits, livres dédicacés et lettres. Intéressants un temps, ces documents s’avèrent d’autant plus répétitifs qu’on ne lit jamais tout et qu’en vérité, ils ne nous apprennent pas énormément de choses sur l’écrivain lui-même. Alors qu’on redoutait alors un peu que le Centre Pompidou s’égarât dans une telle voie, l’entrée de l’exposition nous rassura immédiatement : dans une sorte de long couloir sombre, la voix de Michael Lonsdale dit des poèmes et textes, en anglais et français, tandis qu’au fond, la bouche de Pas Moi s’anime sur un écran. Mettant ainsi, dès le début, le texte au centre de l’espace, sans pour autant passer par son support écrit, les commissaires oeuvrent avec habileté et intelligence. Toutefois, plus loin, une salle (« Truc ») sacrifiera au passage obligé de l’alignement didactico-rébarbatif de vitrines contenant manuscrits, lettres, photo d’enfance ou des parents de Beckett, ouvrages dédicacés. Certes inévitable, cette partie semble bien plate au regard du reste de l’exposition qui se propose donc d’insister sur la voix : celle disant du Beckett ou celle de l’Irlandais même qui, dans la dernière salle (« Noir »), nous lit des textes que l’on peut écouter confortablement assis dans des fauteuils (la voix vient alors de haut-parleurs « douches ») ou en collant son oreille au mur dans lequel est implanté un petit haut-parleur.

Au-delà de ces installations, deux autres retinrent particulièrement notre attention. Situé au fond de la deuxième salle (« Restes »), un énorme livre ouvert, reproduisant deux pages de Comme C’est est fortement éclairé. Réalisée par Alain Fleischer et commandée pour l’occasion, cette installation nous permet de pénétrer, au sens littéral, le texte de Beckett, puisqu’il s’agit de passer derrière ce double panneau-livre afin de voir la projection du texte dans une pièce noire (comme en pochoir) sur laquelle une autre projection, plus floue, est superposée. Autre installation placée dans un endroit clos, Noir-Gris est une collaboration entre Jérôme Combier et l’IRCAM : tandis que des images ou ombres de deux personnages se dessinent autour d’une table, une lumière apparaît, comme un rayon de soleil issu d’une fenêtre, au rythme de la musique contemporaine. Parvenant à recréer, sans autre support matériel véritable qu’une table, un plateau de théâtre, cette œuvre, située précisément dans la salle « Scènes » combine rythme de l’écriture et tempo musical.

L’idée de confronter l’écriture de Beckett à des œuvres d’art moderne ou contemporain était donc une des idées maîtresses de l’exposition. Si, parfois, les rapprochements relèvent d’une certaine forme d’opportunisme (la petite vidéo montrant Paul McCarthy rampant par terre, déversant un pot de peinture blanche, les cercles noirs de Richard Serra), la plupart des travaux résonnent de manière intéressante avec l’œuvre de l’Irlandais. Ainsi, directement inspirés ou non de ses textes, les pièces de Robert Motherwell, Bruce Nauman, Alberto Giacometti, Giuseppe Penone ou Pierre Alechinsky s’immiscent avec bonheur entre deux supports écrits ou maquettes de mise en scène de Fin de Partie ou Oh les Beaux Jours !. Démontrant, s’il en était encore besoin, qu’une œuvre littéraire trouve des contrepoints dans d’autres domaines artistiques et par-delà même les frontières et époques, ce parti pris constitue une des réussites d’une exposition accessible même à ceux pour qui Beckett se résume à l’étude d’En attendant Godot au lycée (ce qui n’est pas toujours le cas de ce type de projets, en témoignait l’exposition Cocteau d’il y a quatre ans, qui nécessitait une bonne connaissance de l’œuvre du Français).

François Bousquet
le 01/04/2007

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