Angela Detanico & Rafael Lain : Inverse Times

 date

du 05/04/2007 au 16/09/2007

 salle

Musée Zadkine,
Paris

 appréciation
 tags

Angela Detanico & Rafael Lain / Musée Zadkine

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Jeunes artistes brésiliens résidant à Paris depuis 2003, Angela Detanico & Rafael Lain proposent, dans la belle enceinte du Musée Zadkine, des installations spécialement créées pour le lieu et réunies sous le nom générique Inverse Times. Disposées dans les salles du musée, au même titre que les œuvres d’Ossip Zadkine, celles-ci sont donc à même d’entrer en résonance avec les travaux en bois ou pierre du sculpteur d’origine russe.

Pourtant, la première installation présentée ne présente pas de lien direct avec les travaux de Zadkine et n’est même pas vraiment l’œuvre des Brésiliens puisqu’il s’agit de la présentation « dépliée » de La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France, ouvrage au tirage limité de Blaise Cendrars qui atteint deux mètres quand son unique feuillet est étiré. Issu de la collection personnelle de Zadkine, ce livre rappelle que l’écrivain français se rendit à plusieurs reprises au Brésil et permet donc d’établir un pont, certes un rien opportuniste, avec la présente exposition.

C’est ainsi avec La Fleur Inverse que cette dernière débute véritablement : installation « en paravent » de paires de panneaux, l’un avec du texte, l’autre constitué d’un miroir. Puisque le texte, dont on apprend qu’il est tiré d’un poème de Jacques Roubaud, est illisible tel quel, on imagine qu’il le deviendra en utilisant les miroirs, via une simple « remise à l’endroit ». Or, petite surprise, il n’en est rien car les Brésiliens ont en réalité procédé à une double inversion : les lettres sont à la fois mises à l’envers elles-mêmes et à l’intérieur du mot, si bien que dans les miroirs, on voit les lettres dans le bon sens mais qu’on est contraint de lire de droite à gauche pour saisir le propos. Générant une nouvelle police de caractère (que le dossier de presse qualifie un peu pompeusement d’ « écriture cosmique ») précisément intitulée « Inverse Times » (c’est du Times New Roman à la base), ce travail est doublé d’une création sonore dans laquelle les mots, à l’intérieur d’une même phrase, sont eux aussi inversés.

Poursuivant cette étude des rapports entre sémiologie, graphisme et art contemporain, Detanico & Lain nous offrent avec Le Nom des Etoiles une suite de travaux réalisés à partir des caractères typographiques de la police Helvetica. Partant du nom d’une étoile, ils utilisent la quantité d’encre nécessaire au tracé de chaque lettre de ce nom, dessinent un cercle avec chaque quantité et disposent ces cercles concentriquement de manière à créer une sorte d’étoile jouant sur les camaïeux de gris. Très réussie, cette dizaine de représentations se voit également dotée d’un vocable propre : Helvetica Concentrated.

Enfin, rejoignant l’atelier de l’artiste situé dans le jardin du musée, on découvre la quatrième installation des Brésiliens : Selected Sculpture from Ossip Zadkine. Il s’agit de la projection de la photo d’une œuvre du sculpteur en très basse résolution et alors que la fonction « baguette magique » de PhotoShop est activée. Donnant un double sentiment d’animation (due à la sélection des points noirs de la photo) et de trouble (en raison de la mauvaise qualité de l’image et du noir et blanc qui confèrent un aspect légèrement fantomatique), ce mélange entre une technique ancienne (la sculpture réalisée par Zadkine) et des procédés modernes justifie pleinement l’exposition et permet même à Zadkine de réinvestir son atelier vide d’œuvres sinon.

François Bousquet
le 01/06/2007

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