Airs de Paris

 date

du 25/04/2007 au 15/08/2007

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Alain Bublex / Bertrand Lavier / Centre Pompidou / Daniel Buren / Dominique Gonzalez-Foerster / Hiroshi Sugimoto / M/M / Marcel Duchamp / Michel Blazy / Mircea Cantor / Philippe Parreno / Pierre Huyghe / Rainier Lericolais / Raymond Hains / Richard Fauguet / Sophie Calle / Thomas Hirschhorn / Vincent Lamouroux / Xavier Veilhan

 liens

Centre Pompidou

 dans la même rubrique
du 22/09/2016 au 11/12/2016
Mark Geffriaud : Deux Mille Quinze
(Le Plateau / FRAC Île-de-France)
du 06/09/0216 au 29/10/2016
Paris
(Fondation d’entreprise Ricard)
du 02/06/2016 au 09/10/2016
Telling Tales : Excursions In Narrative Form
(Museum of Contemporary Art)
du 23/06/2016 au 11/09/2016
Mika Rottenberg
(Palais de Tokyo)

Trente ans après l’ouverture du Centre Pompidou par une exposition Marcel Duchamp, « Airs de Paris » se veut un hommage à l’artiste français et à sa célèbre ampoule vidée de son sérum physiologique. Mais « Airs de Paris » prend également le parti, comme nous l’indique le petit livret de présentation, d’explorer « les thèmes de la ville et de la vie urbaine en prenant Paris comme point de départ d’une énergie centrifuge qui dépasse largement son origine ». Cependant, à la lecture du catalogue et au vu des cartels biographiques très pédagogiques, on prend conscience que l’ambition des commissaires était aussi de dresser une sorte de présentation (voire d’inventaire si on s’en tient à la mise en page du catalogue qui consacre deux pages à chaque artiste : à gauche du texte, à droite leurs œuvres photographiées) de la scène contemporaine française. Dès lors, difficile, au moment d’entrer dans cette grande exposition peut-être un peu trop ambitieuse, de définir précisément son objectif. S’agit-il d’un parcours thématique autour de l’urbanité, d’un panorama venant concurrencer la « Force de l’Art », d’une réponse aux critiques répétées sur l’absence d’expositions d’artistes français contemporains au Centre ou d’une réaction au succès du Palais de Tokyo ? Comme souvent dans un tel cas de figure, le plus simple, après quelques réticences liminaires, est d’oublier toute perspective cohérente et d’examiner les salles les unes après les autres.

Sous cet aspect (et si l’on fait abstraction de quelques noms d’espaces pour le moins ronflants : « Médias et nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) au cœur de la vie urbaine. « Unpredictable Future ? » », « Écologie urbaine et biotechnologies : de la nature à l’artifice », « Nouveaux langages publics et cultures populaires urbaines »), les passages les plus intéressants sont ceux dans lesquels un dialogue s’installe entre les œuvres présentées. Ainsi, dans la première salle où trône l’ampoule duchampienne, Michel Blazy installe une pluie de petites gouttes noires faites en laissant couler du plafond de la colle liquide pendant que Richard Fauguet, par un collage de silhouettes type ombres chinoises, reprend la figure de l’ampoule aux côtés d’autres œuvres célèbres (comme la chaise de Joseph Beuys). Dans le cadre d’un travail sur l’espace urbain existant, on assiste ensuite à une belle mise en confrontation entre les vitrines peintes de la rue Réaumur de Bertrand Lavier et une palissade de Raymond Hains faite de panneaux bleu électrique au sein desquels ont été placés quelques petits moniteurs diffusant des films pris autour de Beaubourg. Dans la salle suivante, un cube est mis en place où deux des faces sont l’œuvre de Daniel Buren et les deux autres de Xavier Veilhan. Se partageant entre optical art (les éternelles rayures noires et blanches du premier) et travail sur la perception (les pixels du second ne prennent tout leur sens qu’en se reculant), l’installation parvient à croiser les deux univers. Dominique Gonzalez-Foerster et les graphistes M/M s’attachent au projet « Alphavilles » où ils présentent des séries de photos de villes classées par ordre alphabétique avec une seule ville par lettre. Enfin, Hiroshi Sugimoto et Sophie Calle proposent deux visions de la Tour Eiffel : floue et majestueuse pour le photographe japonais, intime et cotonneuse pour l’artiste française (on la voit en pied, appuyée sur un oreiller, pendant la Nuit Blanche 2002 qu’elle avait passé dans la Tour).

Également réussies sont les œuvres inspirées par le travail d’autres artistes ou créateurs comme la reprise du personnage d’Ann Lee créée par Philippe Parenno et Pierre Huyghe afin d’en faire l’objet d’un tag (pour Mircea Cantor) ou la figure centrale d’une affiche de cinéma (pour M/M). Plus encore, les détournements d’affiches de concert (PIL, Throbbing Gristle, Alva Noto & Ryuchi Sakamoto, Terri Riley) par Rainier Lericolais permettent au jeune Français, via un jeu sur l’encre qui bave un peu, de donner une impression de flou et d’imprécision nimbant les univers musicaux d’une sorte de mystère. Tout aussi probant est le travail d’Alain Bublex, inspiré d’une idée de Le Corbusier qui voulait repousser le centre-ville à la périphérie des cités. Dans de grandes œuvres, Bublex intègre alors des enseignes et néons d’ordinaire cantonnés au cœur de Paris (MK2, Monoprix, Librairie La Hune, Yves-Saint-Laurent, Cacharel mais aussi les sex-shops de la rue de la Gaité) à un univers autre (le périphérique au niveau de la Porte d’Orléans, Ivry-sur-Seine, Clichy…). Baignant dans une utopie peu éloignée, Vincent Lamouroux nous présente son pentacycle, sorte de vélo à cinq roues conçu pour ne fonctionner que sur le monorail Paris-Angers (ce projet de ligne directe imaginé dans les années 70 et laissé à l’abandon).

Malheureusement, tout n’est pas aussi intéressant et certains accrochages se perdent dans la facilité (l’espace « Nouveaux langages publics et cultures populaires urbaines » nous propose évidemment des affiches lacérées de Jacques Villeglé ou le skate-board exposé à la manière d’un objet primitif de Bertrand Lavier), la démonstration forcenée (« Conflits, risques et accidents » avec Thomas Hirschhorn, plutôt coutumier du fait, et ses mappemondes boursouflées accompagnées de coupures de presse relatant attentats, feux et accidents, Gérard Gasiorowski et ses jouets maculés de peinture noire) voire dans le politiquement correct (l’esthétique black-blanc-beur multiculturaliste de la salle « Identités et communautés », les travaux regrettant la main-mise de la ville sur la nature). Passons aussi sur les salles « Paysage, Architecture et Design » qui n’apportent pas grand-chose (sinon un peu plus d’incohérence à l’ensemble) pour s’arrêter in fine sur une œuvre de Richard Fauguet placée à la sortie de l’exposition et résumant plutôt bien la dualité de celle-ci : deux petits vélos sont accrochés l’un à l’autre et protégés par des dizaines de cadenas. Interrogeant notre société actuelle et son désir sécuritaire, reprenant des éléments parisiens traditionnels (les vélos cadenassés mais aussi le rouge et le bleu, uniques couleurs des antivols) et présentant le travail d’un jeune artiste français, cette œuvre indique parfaitement la direction qu’aurait peut-être dû prendre plus majoritairement « Airs de Paris ».

François Bousquet
le 01/06/2007

À lire également

27/09/2006
Matmos / Zeena Parkins
(Centre Pompidou)
du 27/06/2012 au 30/09/2012
Mindscapes
(Centrale for contemporary)
17/09/2003
Plaid - Chris Clark
(Centre Pompidou)
du 27/01/2010 au 30/01/2010
Ciao Bella
(Centre Pompidou)