Steven Parrino : Rétrospective, Prospective

 date

du 24/05/2007 au 26/08/2007

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Andy Warhol / Frank Stella / Mai-Thu Perret / Palais de Tokyo / Steven Parrino / Sturtevant

 liens

Palais de Tokyo

 dans la même rubrique
du 23/06/2016 au 11/09/2016
Mika Rottenberg
(Palais de Tokyo)
du 08/06/2016 au 29/08/2016
Un Art Pauvre
(Centre Pompidou)
du 01/06/2016 au 15/08/2016
Melik Ohanian : Under Shadows
(Centre Pompidou)
du 14/05/2016 au 04/09/2016
Christian Hidaka : Desert Stage
(Grand Café)

Décédé d’un accident de moto le 1er janvier 2005, Steven Parrino n’avait jamais eu les honneurs, de son vivant, d’une monographie dans une institution française. Deux ans et demi après ce décès, le Palais de Tokyo vient pallier ce manque en présentant une rétrospective de son travail, déjà exposée l’an passé au MAMCO de Genève.

Baigné de contre-culture et de culture pop états-uniennes, Parrino développa dans ses œuvres une volonté post-appropriationniste, héritée du punk, de détruire l’art existant pour en créer un nouveau. Aussi découvre-t-on dans la grande salle du Palais de Tokyo plusieurs pièces abîmées, distendues, évidées ou disloquées : dépeçage au pied de biche d’une toile (Crowbar), froissement progressif d’un carré monochrome rouge (Hell’s Gate Shifter), étirements et distension de toiles repositionnées, après froissement, sur le châssis (Repulsion Painting III et Bazooka avec des résultats oscillant entre la tôle froissée des voitures après accident et l’état des draps d’un lit post-coïtum), grande boîte percée de trous semblables à d’énormes impacts de balles (Trash Black Box II), toile percée de grands ronds, plaques métalliques cabossées et tordues, etc… Radicales et extrêmes, ses œuvres le sont également par l’utilisation récurrente du noir (dont il travaille habilement la brillance et la luminosité) ou le maniement de matériaux inhabituels telle l’huile de moteur qui lui sert d’unique composant pour Slow Rot.

Jamais gratuites (alors qu’on pouvait craindre qu’il ne versât dans une certaine facilité), les actions du plasticien se font encore plus intéressantes quand le froissement renvoie à une réalité. Ainsi en est-il de la série de trois tondi présentée au fond de la salle : Cyclotron où la toile ronde froissée et repositionnée suggère l’accélération de particules, Caustic Pill dans lequel le décadrage distordu évoque un effet psychotrope et Skeletal Implosion qui rappelle les bouleversements cellulaires et internes au corps humain. Ancré dans la réalité, Steven Parrino sait également faire un pas dans la science-fiction (avec le très réussi Study for Model of the Universe to be placed in the Forbidden Zone : des éléments coniques en bois noir mis en cercle sur du sable, le tout dans un périmètre clos disposé sur des tréteaux) ou rendre hommage aux civilisations antiques (Romulus & Remus : deux formes d’aluminium assez proches, peintes en noir et se faisant face). Pour autant, c’est vers des icônes contemporaines que va le plus volontiers son intérêt, représentant, dans ses séries de petits dessins, Iggy Pop, Courtney Love, Joey Ramone, Marlon Brando ou Tracy Lords. Au reste, au-delà de son travail de plasticien, Steven Parrino était aussi actif comme musicien, au sein d’un groupe métal ; là encore, la distorsion du son n’est qu’une répercussion de son travail de distorsion des toiles et plaques métalliques.

Très judicieusement, le Palais de Tokyo propose, en sus de cette rétrospective, deux mini-expositions : l’une consacrée aux influences de Parrino, l’autre agissant comme une relecture de deux expositions dont il avait été le commissaire (en 1999 et 2003). Before (plus ou moins) nous permet, tout d’abord, de confirmer nos impressions quant aux ascendants de Parrino puisqu’on retrouve une pièce de Donald Judd qui mélange art minimal et peinture argentée utilisée pour les Harley-Davidson, un tableau aux lignes brisées de Frank Stella et sa réappropriation par Sturtevant en une suite de toiles aux lignes noires ou encore une série d’Electric Chairs d’Andy Warhol, réflexion sur la société états-unienne.

Ensuite, Bastard Creature reprend donc quelques œuvres choisies en son temps par Parrino, comme s’il s’agissait de lui trouver des héritiers. À ce stade, on distinguera particulièrement la composition de néons et plaques d’acier noir de Banks Violette (Kill Yourself (Twins)) dans laquelle les tubes lumineux sont placés comme sur une estrade, alimentés par des câbles provenant de flight cases. On retrouve également la célèbre photo de Courtney Love agenouillée, les cheveux dans les yeux, de Michael Lavine, les lettres noires éparpillées sur fond blanc de Richard Aldrich, les sculptures en laque noire de Mai-Thu Perret ou l’agencement de néons rouges façon customisation de voiture de Blair Thurman.

François Bousquet
le 16/07/2007

À lire également

du 15/10/2009 au 17/01/2010
Chasing Napoleon
(Palais de Tokyo)
du 25/09/2008 au 18/01/2009
D’une Révolution à l’autre
(Palais de Tokyo)
du 12/06/2014 au 27/07/2014
Waywards Of Seeing
(Le Plateau / FRAC Île-de-F)
du 19/02/2016 au 16/05/2016
Florian et Michaël Quistre
(Palais de Tokyo)