Son et Vision : l’image photographique et vidéographique dans l’art contemporain au Canada

 date

du 26/09/2007 au 17/11/2007

 salle

Centre Culturel Canadien,
Paris

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Présentée l’an passé à Montréal, fruit de la réunion d’œuvres acquises par trois Musées des beaux-arts canadiens (Montréal, Ottawa et Toronto), l’exposition Son et Vision fait à présent halte à Paris. Dans l’enceinte du Centre culturel canadien, c’est une sélection d’une douzaine d’œuvres qui est proposée au public français, afin de faire le point sur le rapport à l’image photo et vidéo chez les jeunes plasticiens canadiens.

La visite débute par un grand cliché d’Isabelle Hayeur (Refuge) dans lequel la Montréalaise se situe à la frontière entre esthétisation du délabrement d’un immeuble et photographie documentaire, tout en empruntant aux techniques de l’installation dans sa prise de vue : amoncellement de pavés et gravats au premier plan, géométrie impeccable des murs d’immeuble, perspective calculée avec un chemin bordé de verdure apparaissant à l’arrière-plan. Dans une approche un peu similaire, mêlant eux aussi dispositif de mise en scène et photographie, Nicolas Baier appose, via une plaque de gélatine, un filtre vert sur son épreuve et donne un effet psychotropique et hallucinatoire à l’ensemble de canettes et verres pris en photo (Absinthe) tandis qu’Angela Grauerholz témoigne de sa fascination pour la désintégration, présentant le feu comme purificateur et révélateur d’un nouvel état, avec sa série Livre de Privation où elle photographie les résidus de plusieurs de ses ouvrages après l’incendie de son appartement.

Au-delà de ce travail sur la rencontre entre plusieurs formes artistiques, la photographie et la vidéo sont également le moyen, pour certains créateurs, de s’interroger sur le regard porté. Ainsi, Mark Lewis, dans son court-métrage Parc Algonquin, début mars, joue sur l’attente du spectateur et installe un mini suspens à partir d’un matériau particulièrement réduit : plan fixe, 35 mm, film muet, lent zoom arrière qui part d’un point immaculé, entre le ciel et la neige, pour peu à peu dévoiler la cime des arbres et un groupe de hockeyeurs. Pour sa part, Pascal Grandmaison, avec Verre 4, traite du genre du portrait en représentant une femme située derrière une vitre (plaque photo ? miroir sans tain ? vitrine ?) qui, bien que prenant la pose, semble se dérober à notre regard. Enfin, Janieta Eyre se photographie avec son double, debout l’une à côté de l’autre, telles des clones ou des jumelles (Red Like Meat). Mais alors que, sur une même idée de départ, la Norvégienne Videke Tandberg opta pour un positionnement assez ludique, s’inventant une sœur jumelle idéale, Janieta Eyre choisit une vision plus tourmentée en effaçant ou en faisant disparaître les têtes de ses personnages dans leur reflet sur un miroir.

De dédoublement, il est aussi question dans le film de Tim Lee, Funny Face, George et Ira Gershwin, 1927, puisque le Canadien d’origine coréenne superpose deux moniteurs TV, chacun diffusant un DVD : sur celui du haut, on retrouve le haut du corps de Tim Lee ; sur celui du bas, des mains blanches jouent, à la guitare, un morceau traditionnel. Renvoyant à l’acculturation par la musique, à l’obligation du mimétisme comme vecteur d’intégration, ces films montrent ainsi l’artiste en train de dodeliner ou de se balancer, de manière à faire croire que c’est lui-même qui joue. Unissant lui aussi « high art » et « low art », Steven Shearer juxtapose une centaine de photos tirées de magazines ou albums de famille afin de reconstituer, dans un patchwork géant, l’historie fictionnelle d’un adolescent type, devenu adulte (Guitare n° 5). Un peu facile, cette mise à l’index d’une universalisation dépersonnalisante rejoint, sur ce point, une autre œuvre de Tim Lee (The Jerk, Carl Reiner) où le plasticien s’est pris en photo la tête en bas en train de loucher, comme si, intégré dans un nouvel environnement, il avait perdu tout repère.

Désireux à son tour de réunir culture populaire et approche plus conceptuelle, Kevin Schmidt s’est rendu sur la plage de Long Beach (haut lieu touristique de Colombie-Britannique) pour y interpréter Stairway To Heaven. Filmé en plan fixe, durant les huit minutes du morceau, Long Beach Led Zep séduit par son caractère un peu bancal et sa volonté de ne pas céder à la facilité des deux éléments ainsi assemblés : le soleil se couche, il fait froid (Kevin Schmidt est en doudoune), le jeu de guitare est très approximatif et rien d’autre n’imprime le DVD qu’un jeune homme debout au milieu d’amplis Marshall. Touchant en ce qu’il renvoie à une vision paradisiaque subliminale ici endommagée par un manque assumé de « professionnalisme », le court-métrage du Canadien fait montre d’une grâce chancelante et fragile.

François Bousquet
le 26/10/2007

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