David Claerbout

 date

du 03/10/2007 au 07/01/2007

 salle

Centre Pompidou, Espace 315,
Paris

 appréciation
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Centre Pompidou, Espace 315 / David Claerbout

 liens

Centre Pompidou, Espace 315

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Vidéaste d’une quarantaine d’années, le Belge David Claerbout nous présente, à l’Espace 315 du Centre Pompidou, cinq films. Ceux-ci nous permettent de découvrir un travail au sein duquel interrogations sur le point de vue, importance de la lumière et soin apporté à la composition constituent les principaux axes d’approche.

De fait, dans Long Goodbye, plan fixe d’une dizaine de minutes, une femme sort de sa maison un plateau et des verres à la main, elle le pose sur une table puis remarque la caméra qui va alors opérer un zoom arrière. Alors qu’on pouvait craindre un regard voyeur ou entomologiste, l’artiste propose au contraire une vision plus sereine, renforcée par le ralenti imprimé à l’action et par le geste de la main de la femme qui ne semble ni s’offusquer, ni s’étonner de la présence de la caméra. Jouant également sur cette sérénité, Sections of a Happy Moment aligne une série de photographies prises au même moment (un petit groupe de personnes regardent des enfants jouer au ballon, dans un square situé entre deux barres d’immeubles, en Chine) mais sous des angles et à des distances différents. Énième variation de la représentation éclatée d’une même action, cette œuvre se perd pourtant dans une dimension trop angélique, soulignant le sourire d’un bambin, l’insouciance de jeunes filles qui passent ou le regard attendri du grand-père (de surcroît, une musique lénifiante au piano en rajoute de ce côté). Nouveau plan fixe, The Stack s’attache à des piliers de béton aux pieds desquels, entre deux tas indistincts, s’est installé un sans-abri. Au fur et à mesure que le soleil se couche, on découvre tel ou tel recoin de l’espace, apercevant par moments l’unique présence humaine.

Révélatrice dans ce film, proposant un éventail chromatique assez impressionnant dans Long Goodbye, la lumière peut également faire partie intégrante du travail de David Claerbout. Ainsi, pour Bordeaux Piece, il a consacré un jour pour chaque scène d’un petit scénario, tourné cette même scène aux différentes heures de la journée (de 5h30 à 22h) et, au montage, a ensuite mis bout à bout toutes les scènes tournées à 5h30, celles de 5h40, celles de 5h50, etc… ; si bien que chaque court-métrage bénéficie exactement de la même lumière (celle de 5h30, de 5h40, de 5h50, etc…), qu’elle que soit sa scène. Décalque du Mépris, le scénario reprend évidemment les fameuses répliques d’ouverture (« And My Breasts ?/Do You Like My Breasts ?/And My Legs ?/Do You Like My Legs ? ») et rejoint alors les réflexions de Claerbout sur le regard porté. Installés comme il se doit dans une villa moderne, les personnages sont aussi appelés à évoluer dans un univers glacial et découpé au cordeau par des lignes toujours plus abruptes et anguleuses.

Cette science de la composition, qui pouvait se faire plus picturale avec The Stack, constitue un des points forts de Shadow Piece, autre plan fixe où des ombres se projettent, à travers des portes vitrées, sur le sol d’un bâtiment dont on ignore tout sinon qu’il est doté d’un escalier. La rigoureuse précision du cadrage liée au noir et blanc (on songe à certains plans d’Eisenstein ou à des photos de Rodchenko) permet de combiner grandeur des proportions (portes immenses, escalier sans fin, piliers imposants) et sentiment du temps qui passe, symbolisé par la lente progression des ombres des poignées de porte. De temps à autre, des personnes tentent de pénétrer le bâtiment mais, dans un mouvement à la fois burlesque et touchant, se heurtent aux portes irrémédiablement closes. Pour autant, la moquerie n’est pas de mise car le spectateur placé à l’intérieur du bâtiment grâce à la caméra fut également sujet du film quand, à son entrée dans l’Espace 315, il se trouva confronté à une paroi de tulle sur laquelle est projeté Shadow Piece. Dès lors, deux solutions : rester dans cet interstice mais sans bénéficier du recul nécessaire ou faire le tour de la paroi pour véritablement pénétrer l’exposition mais risquer de retrouver son ombre prise dans l’action du film car étant placé entre le projecteur et l’écran.

Au-delà de cette mise en abyme, il convient de noter que c’est l’ensemble de l’exposition qui bénéficie d’une remarquable scénographie avec des teintes grises, chaleureuses et accueillantes, une faible lumière qui permet de profiter des projections sans plonger le spectateur dans l’obscurité complète et cette semi-transparence des parois de tulle qui offre une perspective sur l’ensemble des œuvres quand on se situe au fond de l’Espace 315.

Itinérance de l’exposition :
Cambridge - MIT List Visual Arts Center : 8 février - 6 avril 2008
Saint-Gall - Kunstmuseum : 24 mai - 31 août 2008
Vancouver - University of British Columbia : septembre - décembre 2008
Tilburg - Fondation de Pont : janvier - mai 2009
Brisbane - Queensland Art Gallery : juin - août 2009
Tokyo - Tokyo Metropolitan Museum of Photography : 2009
Taipei - MOCA : 2009 - 2010

François Bousquet
le 30/11/2007

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