Mathieu Mercier : Sans Titres 1993 - 2007

 date

du 20/10/2007 au 06/01/2008

 salle

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,
Paris

 appréciation
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Mathieu Mercier / Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

 liens

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

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Figure de plus en plus importante de la scène contemporaine française depuis qu’il a obtenu, en 2003, le Prix Marcel Duchamp, Mathieu Mercier se révèle aux yeux du grand public parisien en cet automne : le commissariat de l’exposition Dérivesà la Fondation d’entreprise Ricard que nous évoquions il y a peu et une rétrospective de ses œuvres depuis 1993 au Musée d’Art Moderne.

Malicieusement intitulée Sans Titres 1993-2007, dépourvue de tout cartel et autres indications pédagogico-muséales, l’exposition débute dès le hall du Musée avec une monumentale sculpture ondoyant tel un trombone géant plié dans tous les sens, appelant le regard à la parcourir dans un sens et dans l’autre à n’en plus finir. Parvenu à l’étage, on est plongé dans un white cube typique, dans lequel sont disposés les différents travaux du plasticien. Utilisant, dans la grande tradition des ready-made, objets du quotidien et matériaux non nobles (mélaminé, plexiglas, moquette, carton, aggloméré) afin d’en changer la destination, Mathieu Mercier réalise des installations et juxtapositions souvent séduisantes. Ainsi, ses objets en mélaminé et altuglas jouent sur l’universalité des meubles en kit pour mieux stigmatiser la mondialisation et la dépersonnalisation de nos sociétés contemporaines tandis que des tables cubiques gigognes, imbriquées les unes dans les autres, jouent sur la dimension op art du résultat. Fasciné par les objets de tous les jours, l’artiste l’est aussi par les lettres et les nombres, réalisant des ensembles entièrement fondés sur les premiers ou reposant principalement sur les seconds, comme cette horloge murale où un seul chiffre est inscrit ou cette autre à base de tubes néons.

Dans la lignée d’un Dan Flavin, le Parisien s’intéresse donc également à cette source lumineuse ; mais tandis que le créateur états-unien n’opérait que via des tubes droits, le Français mélange lignes et courbes, associe réglettes et néons arrondis, enroule les seconds autour des premières pour des résultats empreints d’une liberté certaine. Sachant aussi insister sur l’anthropomorphisme de ses installations, Mathieu Mercier peut produire des fragments de métal semblables à une parcelle d’ADN ou un agrégat de coques en fibre de verre s’apparentant à un organe type cœur ou poumon.

À l’image de la liberté dont font montre ces œuvres, l’exposition laisse donc au spectateur une autonomie totale dans l’interprétation ou l’appropriation des travaux présentés. Libre à lui de se perdre dans le camaïeu de bleu de l’apaisant tondo de 2 mètres de diamètre disposé au milieu de l’espace ou de contempler un mur entier dans lequel ont été disposées des chevilles de couleurs, suivant un agencement très précis. Possibilité est ensuite offerte de répondre au clin d’œil de l’artiste quand il installe, sur des étagères noires, des petites caisses de rangement rouges, une couverture bleue et un tuyau jaune : en s’éloignant quelque peu, une représentation décalée d’un Mondrian apparaît alors. De même, on appréciera grandement le rapprochement des différentes tailles de disques : du LP au CD 3" en passant par le CD « classique », le 7" et le LaserDisc. Dénués de toutes indications, réduits à leur rôle de support, ces objets se voient alors conférer une nouvelle vocation artistique, passant de la musique à l’art plastique.

Moins convaincant quand il s’attelle à la réalisation d’un bronze aux réminiscences « arts premiers », le Français se fait en revanche nettement plus pertinent lorsqu’il mélange ces préoccupations avec des objets plus contemporains. Aussi peut-il, à la manière d’un Bertrand Lavier, présenter des masques de base-ball sur des petits socles, comme s’il s’agissait d’ustensiles préhistoriques. Brassant ainsi diverses influences (l’écho du minimalisme est évidemment majoritairement présent lui aussi, des intentions de l’artiste aux matériaux employés en passant par l’espace d’exposition lui-même), Mathieu Mercier est bien de son temps : conscient de l’héritage des anciens et sachant partir de celui-ci pour évoluer, mais pleinement dans son époque et à même d’en faire ressortir les travers et tourments.

François Bousquet
le 31/12/2007

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