The Third Mind

 date

du 27/09/2007 au 03/01/2008

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Andy Warhol / Karen Kilimnik / Palais de Tokyo / Urs Fischer / Valentin Carron / Vija Celmins

 liens

Palais de Tokyo

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Première exposition d’une série mise en place par Marc-Olivier Wahler, directeur du Palais de Tokyo depuis un an, The Third Mind donne carte blanche à Ugo Rondinone, artiste suisse d’une quarantaine d’années (l’Anglais Jeremy Deller sera le prochain artiste-curateur, à l’automne 2008). Lui laissant totale liberté dans le choix des artistes présentés, dans la sélection de leurs œuvres comme dans l’agencement des salles, ce dispositif éclaire donc aussi bien les influences que les goûts du Suisse.

Si la tentation est grande, à l’entrée dans l’espace du Palais de Tokyo, de chercher un point commun entre toutes les œuvres proposées, un fil conducteur, voire un sujet de l’exposition, on renonce rapidement, l’intitulé semblant lui-même constituer davantage un prétexte qu’autre chose (The Third Mind est le titre d’un livre conçu par William S. Burroughs et l’artiste Brion Gysin, proposant des cut-ups assemblant textes, dessins et photos, dont on trouve des extraits dans une des salles). Puisque l’exposition nous y invite, il convient alors de vérifier si la confrontation des œuvres parvient à faire naître une « troisième œuvre » qui serait la matérialisation de cette « third mind ». Comme souvent dans ce type de proposition, certaines mises en regard apparaissent particulièrement fructueuses tandis que d’autres donnent l’impression d’être naïves ou forcées. Cependant, au-delà de ces considérations assez subjectives, il faut reconnaître à Rondinone la capacité d’avoir mis en place une exposition plutôt cohérente et montrant des artistes globalement peu présentés à Paris.

Au rang des rapprochements un peu faciles, on inscrira la salle dans laquelle Laurie Parsons (installation faite de poutres et de détritus) et Robert Gober (éviers accrochés au sol ou présentés comme des pierres tombales) utilisent des objets du quotidien de manière antinomique, la première s’attachant aux déchets, le second à la propreté. Pareillement, l’érotisation de certaines parties du corps humain dans les toiles de Sue Williams répond trop aisément aux grandes sculptures de Bruno Gironcoli avec leurs parties de corps d’homme mêlées à des machines. Dans la catégorie association contrainte, il s’agit de faire émarger les peintures de Verne Dawson qui reprennent les noms des jours de la semaine en s’arrêtant sur les divinités gréco-romaines auxquelles ils font référence et les œuvres argileuses de Rebecca Warren, personnages aux proportions difformes appelés à se mouvoir grâce à leur socle à roulettes. De même, rien n’émane de la confrontation de l’atelier reconstitué d’Urs Fischer et des petites toiles peignant des salles d’attente de gare de Jean-Frédéric Schnyder, sinon une énième interrogation sur la manière d’habiter un lieu de vie.

À côté de ces salles peu convaincantes, on relèvera toutefois plusieurs juxtapositions enthousiasmantes. À cet égard, la première salle est tout à fait significative : tandis que Cady Noland part de la vie de William R. Hearst, magnat de la presse dont s’inspira Orson Welles pour Citizen Kane, pour reprendre l’imagerie états-unienne typique (réussite sociale, clichés western, glorification de l’argent), Nancy Grossman aligne des têtes blanches coiffées d’un masque de cuir noir proche du S-M, questionnant toutes deux la représentation, des plaques d’alu poli de la première à ces portraits « bicolores » de la seconde. Au centre de cette salle, trônent deux monumentales œuvres de Ronald Bladen, imposantes (par leur largeur, leur hauteur, leur mélange de noir et d’argent) et légères (par leur mouvement et la sobriété de leurs lignes) à la fois. Reprenant en grande partie les codes couleurs des œuvres des deux plasticiennes, Three Elements et The Cathedral Evening modifient notre perception de l’espace par leur mouvement induit (les premières semblent prêtes à tomber, la seconde à décoller). Plus loin, dans une petite pièce, l’installation Swan Lake de Karen Kilimnik (qui n’avait pas été présenté l’an dernier, lors de sa monographie au Musée d’Art Moderne), avec cet accent mis sur le romantisme un peu désuet et la tendre mièvrerie qu’affectionnent l’États-unienne, fait face à un ciel étoilé de Vija Celmins ; comme s’il s’agissait de confronter les rêves de star d’une apprentie danseuse à la réalité des étoiles, perdues dans une multiplicité uniformisante. Plus politiques, les grands crucifix de Valentin Carron sont surplombés d’une toile d’araignée en néons de Martin Boyce : la seconde va-t-elle déborder les premiers, à l’image de cette mondialisation tentaculaire qui semble partie pour engloutir les mythes ancestraux ? Enfin, la série des Angels de Bruce Conner et sa tentative d’autoportrait détourné fait écho aux Screen Tests d’Andy Warhol, portraits vidéos, de trois minutes, en plan fixe, des proches de l’artiste.

François Bousquet
le 31/12/2007

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