Eija-Liisa Ahtila

 date

du 22/01/2008 au 30/03/2008

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Eija-Liisa Ahtila / Jeu de Paume

 liens

Jeu de Paume

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Célèbre depuis une quinzaine d’années, consacrée au tournant du siècle où elle exposa ses travaux à la Biennale de Venise (1999) et à la Documenta de Kassel (2002), Eija-Lisa Ahtila n’avait pourtant pas encore connu de rétrospective en France. Le Jeu de Paume, qui, depuis quelques années, n’hésite pas à présenter des œuvres vidéo à côté des images fixes auxquelles il est naturellement dédié, répare cet impair en offrant ses salles à la créatrice finlandaise. Avec six films, de durée variable (de 90 secondes à une heure), deux séries de photos et une de maquettes, le spectateur est à même de se familiariser avec l’univers de la jeune femme qui travaille notamment les questions d’identité.

Ainsi, Me/We et Okay, films d’une minute et demie placés en ouverture d’exposition jouent sur le trouble de la personnalité : dans le premier, plusieurs personnages parlent avec la même voix tandis que dans le second le même personnage est doublé par plusieurs voix. Cette confusion se retrouvera plus loin dans la série Dog Bites où un modèle féminin nu mime les poses d’un chien (faisant le beau, tendant la patte, etc…). Au-delà de ces problématiques, le point de vue intéresse Ahtila au plus haut point. Pièce inédite jusqu’à présent, Where is Where ? présente à cet égard quatre écrans disposés le long des quatre murs d’une grande pièce et narrant la même histoire : celle du meurtre, par deux jeunes Algériens, d’un camarade de jeu, français, à la fin des années 1950. Contournant habilement la facilité qui aurait conduit à ce que chaque écran s’attache à un protagoniste ou que les héros sortent du premier écran pour entrer dans le deuxième et ainsi de suite, la Finlandaise alterne cadrages serrés sur les personnages et plans plus larges sur les paysages ou la ville. De même, la série de photos Scenographers joue de ces rapprochements entre personnes et environnement, proche et lointain, intérieur et extérieur, en juxtaposant des épreuves qui dialoguent alors merveilleusement (deux adolescentes qui échangent des messes basses et une passerelle d’aéroport qui vient se coller à la porte d’un avion : Scenographer’s Mind V). Les points de vue divergents se trouvent également au centre de Consolation Service, installation pour deux écrans, relatant la séparation d’un couple avec l’image de droite centrée sur la narration et celle de gauche focalisée sur ses à-côtés (gestes, bruissements des arbres, détails). Enfin, magnifiant ce travail, The Hour of Prayer présente quatre écrans disposés en paravent, comme pour mieux faire ressortir les brisures de l’héroïne, marquée par la mort de son chien.

Ce souci de la mise en place des projections rejoint par ailleurs la précision du travail formel d’Ahtila. Cette multiplication des mises en abyme, de la spatialisation du son et des cadrages signifiants contraste néanmoins avec l’irrationnel de certains thèmes : la jeune femme de The House qui entend des voix ou l’homme qui se dématérialise à plusieurs reprises à la fin de Consolation Service. Ainsi, mariant rigueur matérielle et développement d’un imaginaire touffu dans la narration, la Finlandaise développe un univers à la fois intimiste et extrêmement tendu. En témoignent aussi les maquettes de The House Sculptures où, sous leurs aspects proprets et bien carrés, il s’agit plutôt de faire de ces mini-sculptures des métaphores d’un esprit humain normé et, finalement, plus tourmenté qu’il n’y paraît.

François Bousquet
le 04/02/2008

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