Loris Gréaud : Cellar Door

 date

du 14/02/2008 au 27/04/2008

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Loris Gréaud / Palais de Tokyo

 liens

Palais de Tokyo

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Événement de l’hiver parisien en arts plastiques, l’exposition de Loris Gréaud au Palais de Tokyo a connu une courbe de réactions passant de l’attente surhypée le mois précédant le vernissage à la descente en règle les semaines après l’ouverture pour terminer par une réhabilitation ces derniers jours. Pris dans ce tourbillon artistico-médiatique, le jeune créateur semble comme perdu. Au-delà de ces prises de positions et de ce tumulte, qu’en est-il réellement de Cellar Door ?

À force d’avoir entendu et lu un peu partout que cette dernière n’était qu’un assemblage de pièces décalquées des plasticiens les plus marquants des années 90 (la moquette de M/M, les arbres calcinés repris chez Ugo Rondinone, les pupitres lumineux qu’avait utilisés Philippe Parenno, etc…), on pénètre avec précaution l’espace d’exposition. Dans une pénombre certaine (due au fait que notre visite s’effectua alors que l’exposition était en mode « off » avec faible lumière et absence de bande-son), nous fûmes frappés par la trituration de l’espace réalisée par Loris Gréaud. De fait, de la sculpture en néon, reprenant et compactant les plans du Palais de Tokyo (Distorsion de l’espace), à la faille spatio-temporelle que constitue la reprise, pièce pour pièce, de son exposition de 2005 au Plateau, en passant par Spectacle d’une sculpture, espace dans l’espace, dans lequel s’affrontent (lorsque le lieu est en mode « on ») des joueurs de paint-ball, il s’agit de mettre en place des unités quasi-isolées, de compartimenter tout en s’appropriant l’intégralité des salles du Palais de Tokyo. Tout aussi intéressant, le travail sur la décomposition par le feu se fait récurrent : Feu d’artifice sous la terre (moulage, mis au plafond, du sol après le tir d’un feu d’artifice souterrain), Tubes néons explosifs (disposition de 140 tubes qui exploseraient s’ils étaient branchés, le néon ayant été remplacé par du propane) et Forêt d’arbres en poudre à canon (les fameux arbres calcinés) interrogent ainsi ce processus qui permet, après désagrégation, de donner naissance à quelque chose d’autre. Enfin, doit être saluée l’interactivité de Cellar Door, dotée d’un « expo-jockey » placé dans une cabine à l’entrée et chargé de moduler lumières et sons de chaque salle, d’un court-métrage (Film pour le vide) qui n’est projeté que lorsque la pièce l’accueillant est vide ou d’une absence de véritable sens de circulation conduisant le spectateur à déambuler à sa guise.

Cependant, à côté de ces points forts, il convient de souligner que le travail du jeune Français s’avère quelquefois trop paresseux : reprise trait pour trait de sa propre exposition, nombre d’œuvres assez restreint malgré les 4 000 m² offerts à l’artiste, sculptures et installations au néon déjà vues ailleurs, teintes noir et argent dominantes comme très souvent au Palais de Tokyo, sans aller jusqu’à faire la recension des inspirations, plus ou moins assumées, évoquées précédemment. Précisément, à cet égard, il se pourrait qu’il faille y voir, au second degré, une composante supplémentaire du caractère « interactif » de l’exposition : appelé à jouer au jeu des références tout au long de son parcours, le spectateur est ainsi partie prenante du mécanisme créatif de Loris Gréaud. Petit malin, ce dernier réussit donc, par un tour de passe-passe, à tordre le cou aux critiques en les intégrant dans sa démarche artistique. Pas sûr pourtant que cela suffise à légitimer le fait de lui avoir confier l’ensemble de l’espace du Palais de Tokyo et la montée en épingle qui s’ensuivit ; pas certain non plus que cela justifie les nombreuses remarques acerbes à son encontre. En résumé, Loris Gréaud ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité.

François Bousquet
le 24/04/2008

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