Louise Bourgeois

 date

du 05/03/2008 au 02/06/2008

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Pompidou / Louise Bourgeois

 liens

Centre Pompidou

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Après sa présentation couronnée de succès à la Tate Modern il y a quelques semaines, c’est au Centre Pompidou, co-producteur de l’événement, que la rétrospective Louise Bourgeois prend place. À vrai dire, ce n’est jamais tellement sa dimension « traversée du siècle », ni sa capacité à œuvrer dans différents registres artistiques qui nous ont convaincu chez l’artiste française, mais plutôt sa manière très singulière d’instiller une étrangeté quasi-effrayante dans son travail.

Alors qu’à l’entrée dans le Centre Pompidou, on craignait que cet aspect soit gommé (avec cette araignée disposée au milieu de la piazza, ramenée à l’état de gentil monstre, presque maternel, au côté duquel les enfants se font prendre en photo), la Cellule (Choisy) de la première salle de l’exposition (sise dans une des galeries du dernier étage du Centre) met délibérément l’accent sur les traumas issus de l’enfance. Des cloisons grillagées à sa guillotine prête à décapiter la maison (car, selon Louise Bourgeois, « les gens se guillotinent à l’intérieur de leur famille »), tout est fait pour conférer un caractère morbide à cette demeure de marbre rose. De même, leurs formes longilignes, les clous qui les transpercent et l’absence de visage des Personnages des salles suivantes renvoient également à ces questions. Pour autant, l’accumulation de ces sculptures et la réminiscence aux arts primitifs résultant de l’utilisation de bois sombres en altèrent quelque peu l’effet. Avec les sculptures violentes et repoussantes de ses œuvres réalisées dans les années 1960 (et notamment la célèbre Fillette), Louise Bourgeois reprend ce fil conducteur qui trouvera son apogée avec La Destruction du Père.

Installation perturbante et légèrement provocatrice, cette œuvre s’avère beaucoup plus effrayante, en réalité, que toutes les araignées qui la suivent. De la référence oedipienne (le titre renvoie au père alors que l’installation a été réalisée après la mort de son mari) au mélange Eros-Tanathos (mamelles et phallus abondent dans cette ambiance mortifère renforcée par une lumière rouge) jusqu’à la symbolique mystique (la grotte comme allégorie de la crèche), c’est l’ensemble des éléments qui fait ici sens, reprenant la plupart des thèmes de prédilection de l’artiste. Particulièrement marquante, La Destruction du Père se révèle donc nettement plus intéressante que la salle des cellules dans lesquelles Louise Bourgeois crée un univers faussement inquiétant qui tient plutôt du film d’horreur grotesque ou que ses plus récentes et bien inoffensives compositions en tissu.

François Bousquet
le 16/05/2008

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