La Dégelée Rabelais

 date

du 06/06/2008 au 28/09/2008

 salle

FRAC Languedoc-Rousillon,
Montpellier

 appréciation
 tags

Annette Messager / Daniel Firman / Etienne Bossut / Fabrice Hyber / FRAC Languedoc-Rousillon / Renaud Auguste-Dormeuil

 liens

FRAC Languedoc-Rousillon

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Deux ans après Chauffe Marcel !, lié à Marcel Duchamp, c’est autour de François Rabelais de servir de fil conducteur à un ensemble de 30 expositions programmées par le FRAC Languedoc-Roussillon et présentées dans plusieurs lieux de la région (institutions, galeries ou sites touristiques non-muséaux). Au-delà de l’illustration des œuvres de l’écrivain français, la manifestation s’attache également à sa propre vie, comme à l’univers qu’il a su créer.

Sur les remparts d’Aigues-Mortes, c’est un épisode de l’existence même de Rabelais qui est rappelé : en juillet 1538, François Ier (duquel l’écrivain est l’ambassadeur) et Charles Quint se rencontrèrent dans la ville fortifiée qui dut alors préparer un immense banquet destiné à nourrir la cour des deux souverains. Rencontre d’un roi et d’un empereur en Ile sonnante agit donc comme une réminiscence de ce festin, à l’image des 13 oies embrochées et des 300 poussins plaqués contre le mur d’une tour de Delphine Gigoux-Martin ou de l’autruche à deux têtes de Maurin et La Spesa. Daniel Firman, dans la lignée de son éléphant se tenant sur sa trompe montré actuellement au Palais de Tokyo, présente une autruche se tenant sur sa tête qu’elle a pourtant enfoui dans le sol. Enfin, Maurin et La Spesa installent quatre moutons colorés sur les flancs de la Porte de la Gardette (entrée principale d’Aigues-Mortes), comme s’ils cherchaient à échapper à leur double destinée : finir dans une assiette ou suivre le troupeau à la manière de leur compères menés par Panurge.

Au Carré Sainte-Anne de Montpellier (ancienne église reconvertie en lieu d’exposition), Pantagruel, la Vieille et le Lion se charge de l’évocation du héros rabelaisien. Un combat de géants occupe ainsi la nef : une sorte d’Hulk en sacs poubelle réalisé par Le Gentil Garçon face au Cracheur de Sel d’Alain Benoît, qui déploie ses tentacules le long de la voûte. On peut aussi imaginer que Pantagruel aurait pu sans peine chausser les immenses bottes d’Étienne Bossut, nouvelle déclinaison très réussie de ce mélange de coloris pop et d’objets du quotidien qu’affectionne l’artiste français. De même, le fils de Gargantua se serait plu à renverser les symboles comme peut le faire Renaud Auguste-Dormeuil, présentant les aigles allemand et états-unien la tête à l’envers ou dépeçant le lion et la licorne anglais pour en faire des descentes de lit.

Dévolue à l’univers de Rabelais plus qu’à un aspect spécifique de son œuvre, Sens Dessus Dessous (présentée au CRAC de Sète) parvient par moments à trouver un fil conducteur commun à la dizaine d’artistes présentés. De fait, les dessins nonsensiques de Glen Baxter (« Je ne suis toujours pas complètement convaincu qu’il s’agisse d’un Mondrian tardif » dit un homme indiquant à un autre un tableau représentant un cerf), l’éléphant de bronze se tenant sur sa trompe de Miquel Barceló (déjà vu l’an passé dans le jardin des Tuileries pendant la FIAC), les deux avants de voiture découpés et remoulés pour n’en faire qu’une seule de Fabrice Hyber et les performances post-surréalistes d’Éric Duyckaerts (vidéo dans laquelle il produit un discours sur l’art abscons au possible) participent bien d’un même renversement décalé. Au reste, on préfèrera largement cette ironie distinguée à la charge scatologique de la Cloaca de Wim Delvoye (même si cette dimension est plutôt prégnante dans l’œuvre de Rabelais) ou à l’accumulation de graffitis de Michel Giroud. Enfin, Annette Messager propose une pièce inédite : La Guerre des Mondes. Deux mappemondes transparentes sont suspendues en l’air grâce à six puissants ventilateurs, elles s’entrechoquent et se disputent la place centrale, allant et venant au gré des vents qui agissent sur des petits sacs plastiques scotchés en divers points des globes. Continuité avec ses travaux précédents (ces machineries à base de soufflerie qu’on avait notamment pu voir l’an passé au Centre Pompidou), mélange de légèreté poétique et de réflexion sur le choc des continents et la volonté de puissance, lien discret avec la thématique générale de l’exposition (le « monde à l’envers ») : Annette Messager se fait, une fois de plus, particulièrement brillante.

François Bousquet
le 29/07/2008

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