Jordi Colomer

 date

du 21/10/2008 au 4/1/2009

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Jeu de Paume / Jordi Colomer

 liens

Jeu de Paume

 dans la même rubrique
du 23/06/2016 au 11/09/2016
Mika Rottenberg
(Palais de Tokyo)
du 08/06/2016 au 29/08/2016
Un Art Pauvre
(Centre Pompidou)
du 01/06/2016 au 15/08/2016
Melik Ohanian : Under Shadows
(Centre Pompidou)
du 14/05/2016 au 04/09/2016
Christian Hidaka : Desert Stage
(Grand Café)

Parcours multiple que celui de Jordi Colomer : après avoir effectué des études d’art, le Catalan s’orienta vers le graphisme puis l’architecture, avant de se consacrer au théâtre et à la sculpture pour enfin arriver à la photographie et à l’art vidéo. Ce sont à ces deux dernières facettes de sa carrière que le Jeu de Paume s’attache dans une exposition qui occupe tout le premier étage du lieu.

Fortement intéressé à la réappropriation de l’espace urbain, l’Espagnol pose ainsi une réplique miniature de la Papamobile dans une grande artère barcelonaise afin de constater les réactions des passants (Papamóvil), suit un personnage hagard dans les rues de Saint-Nazaire qui ramasse des objets abandonnés en réalité issus du bureau des objets trouvés (Père Coco) ou recrée a posteriori un travelling balayant les maisons identiques d’une cité ouvrière (2 Av). Plus généralement, Colomer fait en permanence de l’espace un lieu de représentation, que ce soit la ville ou le désert d’Atacama (En La Pampa, fiction en cinq chapitres dans laquelle un couple erre dans cette vaste étendue, devenue décor de leurs discussions). De même, la scénographie d’ensemble de l’exposition met en présence pans de contreplaqués, comme un héritage des années théâtrales de l’artiste, modules placés directement dans les salles (cube rouge pour Anarchitekton, pièce semblable à une chambre pour Simo, roulotte pour Babelkamer) et chaises en formica disposées le long des murs du Jeu de Paume. Cette volonté de transformer l’espace d’exposition nous rappelle alors le dispositif mis en place pour Arabian Stars, cette œuvre de Colomer que l’on peut actuellement voir dans la collection contemporaine du Centre Pompidou : après être entré dans une forme de mosquée en carton-pâte, on retrouve ces chaises en formica sur lesquelles on prend place pour assister à un film tourné au Yémen et dans lequel des enfants brandissent des morceaux de carton sur lesquels sont inscrits, en arabe, le nom de célébrités (de Zidane à Mohammed Ali en passant par James Bond et Amat al-Alim al-Susua, ministre des droits de l’homme).

Pour autant, aussi bien dans cette vidéo (qui n’est pas montrée au Jeu de Paume) que dans l’exposition ici relatée, l’Espagnol ne se perd jamais dans un dispositif formel trop abstrait. En effet, il instille constamment une bonne dose de burlesque (Les Villes où une jeune femme, suspendue à une corniche d’immeuble, tente de parvenir à une fenêtre sur deux écrans mis côte à côte : sur le premier, elle tombe dans le vide ; sur le second, elle y réussit), d’humour légèrement absurde (Pozo Almonte, série de photographies de très singuliers monuments funéraires d’une ville chilienne) ou de tautologie décalée (Anarchitekton et son personnage qui brandit une reproduction en carton d’immeubles de Brasilia, Barcelone ou Osaka, Babelkamer où il s’agit de créer un discours entre francophones et néerlandophones tandis que L’Aurore de Murnau est diffusée sur deux postes de télévision). Néanmoins, l’arrière-fond politique n’est jamais très éloigné (Anarchitekton et sa critique de ces barres d’immeubles impersonnelles, Papamóvil qui ramène le symbole papal à une taille réduite), même s’il se fait parfois trop évident (Simo, reprenant l’éternelle critique de la société de consommation, via l’amoncellement disparate de boîtes de chaussures et pots de confitures). Mais la dimension un peu « bricolée » du travail de Jordi Colomer finit par emporter l’adhésion d’un spectateur qui parcoure l’exposition un sourire en coin et l’esprit léger.

Itinérance de l’exposition :
- Lleida - Centre d’art La Panera : 29 janvier - 12 avril 2009
- Mexico - Laboratorio Arte Alameda : 12 mai - 19 juillet 2009

François Bousquet
le 16/12/2008

À lire également

du 22/01/2008 au 30/03/2008
Eija-Liisa Ahtila
(Jeu de Paume)
du 16/10/2015 au 17/01/2016
Artistes et Architecture,
(Pavillon de l’Arsenal)
du 16/01/2007 au 01/04/2007
L’Événement
(Jeu de Paume)
du 03/06/2014 au 21/09/2014
Oscar Muñoz : Protographie
(Jeu de Paume)