Les névroses sexuelles de nos parents

 auteur

Lukas Bärfuss

 metteur en scène

Hauke Lanz

 date

du 23/02/2009 au 14/03/2009

 salle

Théâtre Paris-Villette,
Paris

 appréciation
 tags

Lukas Bärfuss / Théâtre Paris-Villette

 liens

Théâtre Paris-Villette

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Désireux de dénoncer le sort fait aux handicapés mentaux dans sa Suisse natale, Lukas Bärfuss a écrit, au début du siècle, Les névroses sexuelles de nos parents, pièce contant l’histoire de Dora. Alors que cette jeune femme, qui présente plusieurs troubles psychologiques, arrête son traitement médicamenteux, elle se lance dans une activité sexuelle effrénée qui surprend tout un entourage dont les réactions seront particulièrement violentes.

Afin de rendre compte du bouleversement perceptif de Dora, Hauke Lanz a choisi de faire jouer les six personnages évoluant autour de la jeune femme (ses parents, son médecin, son patron et la mère de ce dernier) par trois acteurs seulement (par moments, les trois acteurs jouent même un personnage identique). Cette volonté de traduire sur le plateau la confusion entre fantasme et réalité rejoint alors une certaine vocation universelle tendant à démontrer que nous faisant potentiellement tous partie de cet entourage, défenseur des bonnes mœurs et d’une société bien rangée. Scénographiquement parlant, les comédiens utilisent de larges boîtes (sont-ce des cercueils ? des sarcophages ?) et des mannequins, supports cathartiques en tant qu’ils se font l’objet des assauts sexuels et brutaux. Détournant en vérité l’attention du texte même, ces éléments de mise en scène laissent à penser que Lanz craignait que le texte ne fût réellement perçu pour ce qu’il est : un révélateur des limites de chacun, une mise en lumière de ce qu’on est prêt à accepter (du viol à la tentation eugéniste, de la pression psychologique à la stérilisation).

Sous cet aspect, les rires répétés du public furent plutôt surprenants (parions sur un rire de défense, la moins pire des hypothèses) et prouvèrent à la fois que la mise en scène a su éviter tout pathos (grâce à cette distanciation), mais aussi qu’elle ne touche pas complètement son but puisque les spectateurs parurent rester extérieurs au drame se déroulant sur la scène. La logique destructrice (d’une vision normée de la société, d’une conception candide de la cellule familiale, d’une approche asexuée des handicapés mentaux) aurait pu être poussée jusqu’au bout par la pièce et sa mise en scène ; la vision de Dora comme ange exterminateur, suspendue au-dessus du plateau, le laisse imaginer un instant. Mais finalement, c’est la morale qui reprend ses droits en anéantissant certaines des velléités de la jeune femme, avant de l’expulser de cette société qui ne veut pas d’elle.

François Bousquet
le 26/03/2009

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