The Show Must Go On

 chorégraphe

Jérôme Bel

 date

du 04/12/2002 au 06/12/2002

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Pompidou / Jérôme Bel

 liens

Centre Pompidou

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Nous ne connaissions pas Jérôme Bel avant ce soir, et si nous fîmes le déplacement, c’est juste suite à quelques conseils éclairés mais vagues, du style "c’est à voir", "il ne laisse pas indifférent, soit on adore, soit on déteste". Mais ce fut suffisant pour attiser notre curiosité et nous décider à venir découvrir le phénomène.

La salle est quasiment pleine, comme quoi malgré quelques réticents, le jeune chorégraphe qui fait tant de bruit a déjà ses fans. La scène est désespérément vide, à peine éclairée, et l’on aperçoit au premier rang une console permettant de contrôler son et lumières. C’est à cette table que s’installe le premier des comédiens-danseurs, pour mettre un disque. Les lumières s’éteignent, la salle est plongée dans le noir tandis que les paroles de cette chanson disent "And make this endless day/Endless night". Il s’agit de Tonight, une chanson de la B.O. de West Side Story. Une nuit pendant laquelle nous ne croiserons aucun danseur. Une fois la chanson terminée, l’acteur qui dirige le spectacle change de disque et passe à la B.O. de Hair avec Let the Sun Shine In pendant laquelle les lumières vont doucement éclairer la scène. On commence à comprendre le principe, mais on pense encore que tout le spectacle va se dérouler ainsi, sans danseurs. Mais le troisième morceau viendra nous contredire puisqu’il arriveront tous en même temps, soit près de 30 danseurs, sur le Come Together des Beatles. Ils prennent place, au milieu de la scène, mais restent immobile. Il faudra que David Bowie leur ordonne Let’s Dance pour qu’ils se mettent à bouger comme s’ils étaient dans une boîte de nuit. On est bien loin de la danse contemporaine, mais plutôt, comme pour la musique, dans le détournement des codes de la musique pop dans un environnement a priori étranger.

Les morceaux s’enchaîneront pendant 1h30, tous plus pop les uns que les autres, avec des danseurs qui s’amusent à mimer les paroles de façon souvent minimaliste. Ils bougent une partie de leur corps sur I Like to Move It de Real 2 Real, tous les hommes quittent la scène pendant le Ballerina Girl de Lionel Richie, le maître de cérémonie passera ensuite Private Dancer de Tina Turner et viendra rejoindre les danseuses qui le regarde danser tout seul. Elles finissent par le laisser, et celui-ci allume un spot au beau milieu de la scène, sous lequel il se place pour faire la star de la piste de danse. Tout le monde revient pour une Macarena sans surprise avant de prendre un partenaire dans ses bras sur Into My Arms de Nick Cave. Grand moment ensuite avec Céline Dion et la B.O. de Titanic, les acteurs mimant la scène où les deux amoureux fendent l’air, bras écartés à l’avant du bateau. Une séquence qui provoquera bien évidemment quelques éclats de rire. Les danseurs s’absentent ensuite, derrière la scène où semblent s’être formée une porte. De l’autre côté la lumière est jaune, et les Beatles reviennent pour Yellow Submarine. On passe ensuite au rose dans toute la salle (côté scène et public) pour La Vie en Rose d’Edith Piaf, et l’obscurité complète pour Imagine de John Lennon. Même les enseignes lumineuses indiquant les sorties de secours étaient éteintes, alors que dans le public les briquets s’allument.

La fin sera encore un peu plus interactive. Du Sound of Silence de Paul Simon on n’entendra que le refrain, le responsable du son réduisant au silence le reste de la chanson. Cherchant peut-être à mettre mal à l’aise, volonté de provoquer, tous les danseurs sont sur le devant de la scène à nous regarder pendant le I Want your Sex de George Michael. Une façon amusante de renverser les rôles et de montrer au public ce que cela peut faire de se sentir regarder par plusieurs personnes. Ils termineront avec Killing me Softly pendant lequel ils s’allongeront dans des postures étranges donnant l’impression d’avoir en fin de morceau, un champ de cadavres devant les yeux. Mais The Show must Go On comme le proclame Queen, même si celui-ci annonce la fin du spectacle.

On peut comprendre que pour les puristes, les amoureux de la danse, de la chorégraphie, ce type de spectacle soit vu comme une imposture, de la provocation. A moins qu’il s’agisse là d’un regard neuf sur la danse et la fonction du chorégraphe.

Fabrice ALLARD
le 10/12/2002

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