Le Libera

 auteur

Robert Pinget

 metteur en scène

Joël Jouanneau

 date

du 19/09/2005 au 21/10/2005

 salle

Théâtre de la Bastille,
Paris

 appréciation
 tags

Robert Pinget / Théâtre de la Bastille

 liens

Théâtre de la Bastille

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À l’origine roman de Robert Pinget, Le Libera connaît sa première adaptation théâtrale par Joël Jouanneau. Entre intrigue policière et chronique du quotidien d’un petit village de campagne, le texte oscille au gré des interventions des policiers et d’un habitant de la bourgade. Dans un commissariat des années 60, quatre hommes font donc le point sur une sordide affaire d’enlèvement, de viol et de meurtre d’enfant survenue quelques années plus tôt. Reprenant les différents témoignages, reconstituant la scène (à l’aide d’un artifice scénographique rappelant celui utilisé par Lars Von Trier dans sa trilogie « américaine » : le plan du village et de ses alentours est dessinée à la craie sur le sol) et recoupant les déclarations, ils en profitent pour narrer la vie de ce village, semblable aux autres. En effet, le texte tend clairement à une forme d’universalité avec ses patronymes passe-partout, l’absence de référent régional et l’évocation de plusieurs corps de métier (garde-chasse, cantonnier, institutrice, boulangère, curé, etc…).

Rapidement, un homme est plus particulièrement interrogé : un domestique, sorte de mémoire du village, au fait de tous les ragots et histoires, de la moindre histoire de cocufiage au souvenir des combattants de la guerre. Magistralement interprété par Roland Bertin, celui-ci nous offre notamment un monologue de quinze minutes où se mêlent tous les habitants de la bourgade, liés par des racontars et commérages. Autre temps fort de la pièce, la relation par trois des policiers d’une fête de patronage intitulée « La Belle endormie » où, à l’aide d’un drapeau français dans lequel ils se drapent, ils évoquent aussi bien les gourgandines affublées de déguisements ridicules que les vieux professeurs narrant les tranchées pour terminer sur cette interrogation : « Mais on s’est demandé ensuite qui était La Belle endormie ?/Si c’était la jeunesse… ou l’histoire… ou même la France ».

Pourtant, malgré ces deux passages mémorables, la pièce ne nous convainquit pas complètement ; en vérité, nous ne vîmes guère où l’auteur voulait en venir (l’énigme policière n’étant pas résolue) : dénonciation de l’omerta qui règne dans les villages sur les affaires de mœurs ou de la fascination collective pour les faits divers, démonstration de la supériorité du groupe sur l’institution, de la foule anonyme sur la police ? Si on regrette que le spectacle vivant exprime parfois de manière trop marquée ses intentions, on est également en droit de déplorer, comme c’est le cas ici, le peu de « clés » offertes au spectateur.

Autres dates :
- du 4 au 27 novembre 2005 : Théâtre Vidy - Lausanne

François Bousquet
le 30/09/2005

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