L’Amérique

 auteur

Serge Kribus

 metteur en scène

Bruno Abraham-Kremer

 date

du 09/09/2005 au 29/11/2005

 salle

Studio des Champs-Elysées,
Paris

 appréciation
 tags

Serge Kribus / Studio des Champs-Elysées

 liens

Studio des Champs-Elysées

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Après le succès de Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran d’Éric-Emmanuel Schmitt qu’il avait mis en scène la saison passée, Bruno Abraham-Kremer poursuit l’évocation de vies ordinaires avec L’Amérique de Serge Kribus, récit de deux jeunes gens épris de liberté à la fin des années 70 : Jo, baroudeur hâbleur parisien, et Babar, étudiant en médecine bruxellois apeuré à l’idée de se confronter au monde.

Narrant l’évolution de ces deux personnages sous forme de « road-movie » théâtral (de Paris à Nice en passant par Bruxelles), la pièce parvient, avec une économie de moyens (décor réduit à une succession de cadres, présence de ces deux seuls acteurs, accessoires inexistants), à nous transporter dans leurs aventures. À cet égard, la musique joue un rôle très important et est interprétée en direct par Claire Deligny, jeune chanteuse-guitariste, qui propose tantôt des standards de l’époque (The End, Stairway to Heaven, Knockin’ on Heaven’s Door, Walk on the Wild Side), tantôt des mélodies faisant office de fond sonore. Au début, alors que la pièce commence par la fin de l’histoire commune de Jo et Babar, c’est The End qui est joué, nous ressentîmes quelques craintes (sursignifiance de la musique, alourdissement du propos) ; or, fort heureusement, c’est l’inverse qui se produit, la musique se « déconnecte » peu à peu du livret pour servir de toile de fond à la reconstitution de cette ambiance « rock » particulièrement typique de la période.

Quant aux personnages, entre deux amourettes et petits larcins, ils devisent sur le devenir de la société, leur préoccupation face à l’état du monde (écho des luttes révolutionnaires de l’époque, mention de Sadate, de Luther King), leur envie d’ailleurs via l’inévitable rêve américain (hilarante retranscription d’une projection de Star Wars) qui les conduit à conclure que « L’Amérique, c’était peut-être pas en Amérique ! ». Malheureusement, au milieu de ces passages intéressants, l’auteur a glissé plusieurs scènes évoquant un aspect, certes essentiel de ces années-là, mais qui aurait pu être condensé (surtout qu’il s’agirait presque d’un cliché tant les autres formes d’art consacrés aux années 70 – littérature ou cinéma – ont insisté sur ce point) : la prise de drogues et ses conséquences. Ainsi Jo et Babar testent-ils pétard, champignons, acide, LSD et buvard donnant lieu à des délires hallucinatoires traînant en longueur et n’apportant pas forcément grand chose à la pièce (on aurait préféré, à tout prendre, que la dimension « politique » des échanges entre les héros soit davantage développée).

Mais cette réserve ne doit pas occulter la bonne tenue générale de L’Amérique, spectacle sympathique, brillamment mis en scène et en espace, interprété avec une certaine sagacité par des acteurs parvenant à trouver la bonne mesure entre distanciation légèrement ironique et empathie avec leurs personnages.

Autres dates :
- 6 et 7 février 2007 : Scène Nationale 61 - Alençon
- 10 et 11 février 2007 : Théâtre de l’Ouest Parisien – Boulogne-Billancourt
- 27 et 28 février 2007 : Trident – Cherbourg
- 14 et 15 mars 2007 : Maison de la Culture - Bourges
- du 20 au 28 mars 2007 : TNT - Toulouse

François Bousquet
le 18/10/2005