Cannibales

 auteur

Ronan Chéneau

 metteur en scène

David Bobée

 date

du 06/03/2008 au 05/04/2008

 salle

Théâtre de la Cité Internationale,
Paris

 appréciation
 tags

Ronan Chéneau / Théâtre de la Cité Internationale

 liens

Théâtre de la Cité Internationale

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Après Fées, vu l’an passé dans ce même Théâtre de la Cité Internationale, c’est le dernier volet de la trilogie consacré aux trentenaires qui est programmé cette saison. Alors que Fées mêlait théâtre et arts plastiques, dans un décor plongé dans un vert d’eau tout à fait raccord avec la salle de bains qui constituait le plateau, Cannibales se fait fort de réunir théâtre et autres disciplines du spectacle vivant (danse contemporaine, nouveau cirque), dans un loft bobo en plein centre de Paris, aux blancs cliniques et glacés.

Renvoyant au caractère entomologiste de l’écriture de Ronan Chéneau, ces teintes installent l’espace entre pièce d’étude scientifique et lieu de vie au design épuré et insistent sur le travail plastique de la mise en scène. Pendant que le couple central évolue autour du lit, côté jardin, leurs amis se retrouvent sur le canapé-méridienne, côté cour, et opèrent soit à la manière du chœur antique, soit en interférant dans l’action. Un fil de fer horizontal, un mât chinois et une corde permettent en outre aux comédiens de s’essayer à des numéros d’acrobates particulièrement réussis, renforçant l’idée que le ballet de la vie continue pendant que le couple s’interroge sur son avenir ou se remémore son passé.

Reprenant le principe des caméras vidéos infrarouges du spectacle précédent, David Bobée projette à nouveau ces images sur les murs du décor, mixant celles-ci avec ces traditionnelles vues nocturnes et accélérées d’autoroutes urbaines. Ainsi insérés dans la ville, les personnages n’en éprouvent pas moins de difficultés à en ressentir les attentes, plongés dans un état de désenchantement quasi-désespéré (« Oui mon amour./Non mon amour/nous ne changerons pas le monde/ensemble,/mon amour/sur le canapé deux places de chez Habitat/dans la douceur humide/d’un dimanche soir-télé/nous ne viendrons pas à bout/du capitalisme intégré,/chérie… »). S’attaquant à ces comportements contemporains normés, le texte se fait alors véritablement probant (autrement plus convaincant que lorsqu’il nous dépeint la mort de la gauche, énième tirade sur ce thème déjà bien éculé), d’autant plus qu’il ne verse jamais dans un délire logorrhéique démonstratif et s’accompagne d’une gestuelle d’une grande douceur (qu’elle soit le fait des acteurs ou des acrobates), à même de souligner, par contraste, le caractère répétitif et attendu des actions des personnages.

Basculant par moments dans un cynisme certain, le spectacle n’en recèle pas pour autant quelques passages plus légers (comme cette déclaration d’amour à un acrobate vite surnommé Spider-Man ou cette joyeuse chorale improvisée, sautant sur le lit, et reprenant en chœur le Not On Top d’Herman Dune) et plusieurs moments de pure grâce (à l’image de ce défilé des personnages dans le lit, roulant sous la couette pour en sortir aussitôt et signifier, sans surligner, les écarts du couple central). Certes, le spectateur n’est pas obligé d’adhérer à un propos aussi désabusé, exposant une vision romantique du suicide (« Et pourquoi pas, mon amour.../Faisons un geste, un geste fort/Un geste fun et sexy, comme la poésie.../Au moins une fois dans nos vies/Un geste fort, un geste fou... » alors que le couple s’apprête à s’immoler par le feu – la pièce débute ainsi, on ne dévoile nullement la fin de l’intrigue -), mais il convient néanmoins de reconnaître qu’il ne manque pas de quelque chose qui pourrait bien s’appeler le talent.

Autres dates :
- 10 et 11 avril 2008 : Transversales de Verdun
- 24 mai 2008 : Manège – Maubeuge
- du 28 au 31 mai 2008 : TNB – Rennes
- du 11 au 13 juin 2008 : Centre Dramatique de Thionville
- 20 et 21 octobre 2008 : Espal – Le Mans
- 24 octobre 2008 : Quai des Arts – Pornichet
- 6 et 7 novembre 2008 : Atelier du Rhin – Colmar
- du 11 au 14 novembre 2008 : Théâtre National de la Communauté Française – Bruxelles
- du 18 au 21 novembre 2008 : Lieu Unique – Nantes
- 22 et 23 avril 2009 : Trident – Cherbourg
- 15 mai 2009 : CNCDC - Châteauvallon

François Bousquet
le 21/03/2008

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