Angels in America

 auteur

Tony Kushner

 metteur en scène

Krzysztof Warlikowski

 date

du 13/05/2008 au 18/05/2008

 salle

Théâtre du Rond-Point,
Paris

 appréciation
 tags

Théâtre du Rond-Point / Tony Kushner

 liens

Théâtre du Rond-Point

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Une petite vingtaine d’années après sa création, après une version télévisée commanditée par HBO et une mise en scène de Brigitte Jaques en 1994, c’est au tour de Krzysztof Warlikowski de proposer sa version d’Angels in America, drame narrant la vie d’une demi-douzaine de personnes, à New-York dans les années 1980, entre républicanisme triomphant et apparition du SIDA. Largement saluée à Avignon l’an passé, cette mise en scène faisait halte pour quelques dates, après une petite tournée, au Théâtre du Rond-Point.

Au-delà du côté performatif de cette épopée (près de six heures de représentation en polonais sur-titré, volonté de l’auteur et du metteur en scène de dépasser le cadre du communautarisme pour tendre vers une universalité, intensité du jeu des comédiens conduits à incarner plusieurs personnages), on fut frappé, notamment dans la première partie, par la variété de la palette thématique développée. Interrogations identitaires (sexuelles, religieuses, politiques) évidemment mais aussi poids de la tradition, inscription dans l’Histoire (deux des personnages – Roy Cohn et Ethel Rosenberg – ont réellement existé), constat du trouble des repères et de la face sombre et peu glorieuse du rêve américain. Mus par l’énergie du désespoir, cherchant sans fin un point d’ancrage dans un monde qui semble leur échapper, les personnages évoluent de concert sur un large plateau. Dans la continuité du texte original qui instaure un enchevêtrement des actions, la mise en scène superpose les agissements des comédiens, jouant avec la logique spatiale (ce plateau unique fait office aussi bien de chambre d’hôpital que d’intérieur d’appartement ou de cabinet d’avocats) et détournant alors les procédés hérités du cinéma (montage parallèle ou split-screen). Pour autant, le propos reste constamment fluide et intelligible même si la seconde partie nous a paru trop portée sur la religion avec ses tableaux quasi-bibliques, ses scènes se déroulant au Paradis, ses accents rédempteurs et ses agonies christiques.

Au diapason de cette construction en couches, les trois murs qui bornent le plateau, recouverts pour moitié de papier aluminium, parviennent, tour à tour, et suivant l’éclairage qui y est projeté, à figurer un hôpital ou une boîte de nuit. Reflétant par ailleurs une image déformée des personnages, comme s’ils ne se reconnaissaient plus eux-mêmes, cette scénographie (œuvre de Malgorzata Szczesniak, complice de longue date de Warlikowski) ne peut également que nous renvoyer aux murs argents de la Factory. Malgré cette circonscription de l’espace et une présence quasi-continue de plusieurs personnages sur scène, un sentiment de profonde solitude émane constamment de ces derniers. Ainsi, les étreintes amoureuses se font à distance (sur deux chaises éloignées, l’un sur le canapé et l’autre à terre, etc…) et les affrontements en regardant le public ou en lui tournant le dos, comme s’il était impossible de se toucher ou de se regarder en face (qu’il s’agisse d’un moment d’amour ou de haine), de peur d’y voir son reflet dans les yeux de l’autre. Régulièrement brillante, la mise en scène du Polonais s’égare par moments dans quelques facilités comme ce passage onirique où un personnage se trouve, au hasard d’un délire hallucinatoire, en Antarctique pendant lequel, de manière assez attendue, de la neige artificielle tombe des cintres, ou lorsque cette évocation du rêve américain déchu est suivi de la diffusion du Star-Spangled Banner joué par Jimi Hendrix. On préférera nettement, donc, les moments où les relations entre les personnages sont creusées, à l’image de cette scène de double séparation simultanée : réunis autour d’un lit d’hôpital, au milieu du plateau, les deux couples centraux s’invectivent (alors que l’un d’eux est censément dans son salon), se déchirent pour finir par se désunir, le tout sans ciller, ni s’échanger un regard, les yeux fixés sur le public tandis que monte le crescendo du E-Bow de Sigur Rós. Ici alors, Warlikowski touche au sublime.

Autres dates :
- 22 et 23 mai 2008 : Toulouse - TNT

François Bousquet
le 22/05/2008

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