Yerma

 auteur

Federico García Lorca

 metteur en scène

Vicente Pradal

 date

du 20/05/2008 au 29/06/2008

 salle

Théâtre du Vieux-Colombier,
Paris

 appréciation
 tags

Federico García Lorca / Théâtre du Vieux-Colombier

 liens

Théâtre du Vieux-Colombier

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Deuxième volet de la trilogie rurale de Lorca (ce sombre triptyque, écrit dans les années précédant son arrestation par les franquistes, et comportant également Noces de Sang et La Maison de Bernarda Alba), Yerma s’attache, comme souvent dans l’œuvre du dramaturge espagnol, au poids des convenances et de la religion sur la destinée des êtres.

Centrée sur une jeune mariée qui n’arrive pas à avoir d’enfant, la pièce se présente sous une grande modernité. De fait, si Yerma se désespère de son absence de grossesse, c’est parce que la société archaïque espagnole ne la considérera que lorsqu’elle sera devenue une mère (« Chaque femme a du sang pour quatre ou cinq enfants et lorsqu’elle n’en a pas, il se change en poison »). Violemment opposé à cette vision rétrograde de la condition féminine, Lorca (comme il a pu le faire dans Noces de Sang – le mariage y est décrit comme « un homme, des enfants, et un mur épais de deux mètres entre toi et tout le reste » - ou dans La Maison de Bernarda Alba dans laquelle il est dit que « naître femme est le pire des châtiments ») offre à son héroïne de progressivement se libérer de ce déterminisme social tandis que se révèle la stérilité de son couple. Coraly Zahonero permet à cette personnalité incandescente de prendre véritablement corps, passant d’un désir d’enfant à un désir de liberté, blâmant davantage la société espagnole que son propre mari, alternant victimisation et rejet de ce corps stérile et de son ventre sec.

Si l’universalité du propos de Lorca ne fait aucun doute, Vicente Pradal (compositeur qui signe ici sa première mise en scène théâtrale) a cependant souhaité insister sur la contextualisation du propos, ajoutant des intermèdes musicaux joués en direct par un piano situé côté jardin et interprétés en castillan par deux chanteurs, régulièrement accompagnés par les comédiens depuis le centre du plateau. Apportant un intéressant contrepoint, tout en humanité, au début de la pièce marqué par une mise en scène quasi-ascétique, ces passages renforcent, par leur mélancolie induite, les lamentations de Yerma. Lorsque, dans le dernier acte, la dramaturgie se pare d’accents plus mystiques, une danse frénétique complète un ensemble se démarquant du fatum religieux au profit d’un rituel païen symbolique de l’évolution de l’héroïne.

François Bousquet
le 09/06/2008

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