À contre-corps

 date

du 16/05/2009 au 20/09/2009

 salle

FRAC Lorraine,
Metz

 appréciation
 tags

Anish Kapoor / Anna Maria Maiolino / Anthony McCall / Daniel Buren / Felice Varini / FRAC Lorraine / Guillaume Leblon / Lygia Clark / Vincent Lamouroux

 liens

FRAC Lorraine

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Des attentions
(Crédac)
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Felice Varini - Cinq ellipses ouvertes
(courtesy Centre Pompidou)

Prévue au printemps 2010, l’ouverture du Centre Pompidou-Metz est préfigurée, en cet été 2009, par toute une série d’événements réunis sous la barrière « Constellation » : concerts, rencontres, ateliers d’artistes, spectacles de danse, films et surtout disposition d’œuvres issues de la collection du Centre dans les rues et édifices de la cité mosellane. Comme souvent avec ce type d’entreprise, certains artistes se fondent dans le paysage urbain, tandis que d’autres prennent davantage possession des lieux. Dans la première catégorie émargent Daniel Buren avec ses 5610 flammes colorées pour un arc-en-ciel, fanions placés rue Serpenoise (la principale rue commerçante messine) et qu’on pourrait prendre pour des guirlandes du 14-juillet, et Felice Varini dont les Cinq ellipses ouvertes recouvrent astucieusement les murs des bâtiments de la Place d’Armes, au pied de la cathédrale.

Plus directement visibles, Guillaume Leblon pose sa Grande Chrysocale au centre de la petite Chapelle des Templiers si bien qu’elle en revêt un caractère reliquaire indéniable, Anish Kapoor joue avec la perception que le spectateur a de sa grosse sphère rouge dont on ne saisit pas immédiatement si elle est convexe ou concave, Antony McCall installe son fameux film Line Describing a Cone (ce faisceau lumineux que le visiteur peut traverser de la main) dans la très vieille église Saint-Pierre-aux-Nonnains et Vincent Lamouroux habille tout le sol du centre d’art Faux Mouvement avec son Sol.06, ensemble de plaques de contreplaqué formant dunes et cratères.

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Vincent Lamouroux - Sol.06
(courtesy Centre Pompidou)

Au-delà de ces installations et sculptures isolées, le FRAC Lorraine s’est associé à cette manifestation afin de s’en servir comme point de départ d’une exposition présentant trois artistes brésiliens s’intéressant aux questions liées à l’anthropophagie et, plus largement, au rapport au corps. La vidéo d’Anna Maria Maiolino se concentre ainsi sur des bouches, tantôt masculines, tantôt féminines, maquillées ou non, aux fines ou plus large lèvres (In-Out Antropofagia). Cadrée sur ces parties du corps, la caméra de la Brésilienne les saisit en train de mâcher, de parler ou d’hurler mais aucun son n’en sort directement ; en effet, image et son se trouvent décalés de telle sorte que les hurlements traités ne résonnent qu’avec retard ou que les sons gutturaux produits empêchent de distinguer la langue utilisée. Avec ses deux séries de photographies, Lygia Clark témoigne de performances réalisées au début des années 1970 dans lesquelles il s’agit de manger des fruits venant d’une poche placée sur le ventre d’un des participants ou de recouvrir un corps allongé de fils de tissu sortant de la bouche des intervenants. Nouvelles expérimentations sur le corps et les éléments extra-corporels, donc, doublées d’un travail sur la sensation et la manière dont chacun peut se nourrir (au propre comme au figuré) de l’autre. Fort heureusement, le côté un peu extrême de la démarche écarte toute tentation angélique, qui accompagne trop souvent les propositions prêchant pour un rapprochement des êtres.

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Cildo Meireles - La Bruja I
(courtesy Centre Pompidou)

Immanquable tellement elle occupe l’ensemble des espaces du très bel Hôtel Saint-Livier (bâtiment du XIIe siècle avec haute tour donjon et mur écran crénelé), La Bruja I de Cildo Meireles est constituée de kilomètres de fils de coton noir, courrant le long des murs, montant dans les étages, occupant toute la cour et grimpant même sur le mur extérieur. À son contact, plusieurs sentiments se trouvent mêlés : bienveillance (on peut y voir un fil d’Ariane qui guide notre avancée dans les différentes salles), familiarité (la matière nous est connue, on peut toucher ou marcher sur les amas de tissu), zoomorphisme (l’ensemble s’apparente à des méduses ou des algues) mais aussi anxiété face à cette démesure (le sol de certaines salles est entièrement recouvert si bien qu’on ne sait ce qu’il y a dessous, le cheminement nous mène parfois à des culs-de-sac dont on ne sait si on reviendra). Appartenant à la même génération, les trois artistes ici exposés sont ainsi représentés par des œuvres d’une grande cohérence et dialoguant sans peine : la grosse boule de fils terminant La Bruja I est située au centre de la pièce contenant les photos de Lygia Clark avec ces fils qui sont extraits de la bouche d’un des participants à la performance, fils que l’on retrouvera sortant des bouches filmées par Anna Maria Maiolino.

François Bousquet
le 07/06/2009

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