Dorothée Smith : Slideshow

 date

05/06/2009

 salle

Société de Curiosités,
Paris

 appréciation
 tags

Dorothée Smith / Société de Curiosités

 liens

Dorothée Smith
Société de Curiosités

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Cela fait quelques temps (années ?) que l’on suit de plus ou moins loin le travail de la mystérieuse Dorothée Smith. C’est sur les réseaux sociaux qu’on la croise d’abord, en particulier LastFM sur lequel on découvre ses gouts musicaux pointus. C’est ensuite logiquement MySpace et Facebook avec à chaque fois des pseudos différents, la jeune photographe cultivant une certaine ambigüité. Ce soir c’était aussi notre première venue à La Société de Curiosités, nouveau lieu ouvert il y a à peine deux mois avec une programmation riche puisque s’y sont déjà succédé notamment David Fenech, Sébastien Roux, Laurent Chambert, Toog ou encore Pierre-Yves Macé.

Ce soir Dorothée Smith investissait les lieux en présentant deux travaux. Une installation sur laquelle nous reviendrons plus tard, et plusieurs diaporamas, projections sur grand écran d’ensembles de photos se succédant sur une bande sonore.

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Dorothée Smith, série Lyöly

De la photographe on connaissait surtout le travail sur le corps mais on le découvrira ce soir comme secondaire, ne faisant pas l’objet d’un diaporama à part entière mais étant disséminé, et récurrent sur chaque projection et traité sur un pied d’égalité avec ses photos de paysages par exemple.
La différence entre chaque diaporama est du coup très subtile. A chaque fois des corps et portraits de jeunes gens aux physiques souvent androgynes et peaux immaculées, des paysages désolés dont on ne retient finalement que le minimalisme graphique (une ligne d’horizon, un sommet enneigé qui se confond avec un ciel brumeux), des statues de marbre blanc qui font écho aux corps, des enchevêtrements naturels (branchages noueux, troncs qui fusionnent, broussailles) et des voiles, bâches ou drapés, tantôt pris en situation, tantôt source de jeu pour rendre un corps invisible tout en gardant l’être présent, devenu fantomatique. C’est bien là que l’on situera la principale préoccupation de Dorothée Smith, la disparition et l’oubli.

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Dorothée Smith, série Lyöly

Quand le corps n’est pas naturellement caché par un drap, flouté par un voilage, une porte de douche, le reflet d’une vitre, c’est un traitement photographique, combinaison de luminosité et diminution du contraste qui tend à effacer en partie les modèles aux peaux laiteuses et pastels, comme filtré d’un voile blanc sur la série lyöly ou subtilement ternies sur loon, comme si ces photos étaient prises pendant un fondu au blanc ou au noir. La présentation sous forme de diaporama, les photos s’enchainant justement par des fondus, s’avéra particulièrement adaptée, créant parfois des croisements entre deux photos, particulièrement réussis quand il s’agissait de deux personnes aux poses similaires, évoquant alors la perte d’identité.

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Dorothée Smith, série Spree

Et si les corps humains sont généralement en partie cachés, les statues elles aussi sont présentées au travers d’une grille, un grillage protecteur, que l’on verra aussi parfois comme des corps mis au rebut, stockés, abandonnés, statues en attente de restauration.
A noter que chaque slideshow était mis en musique avec goût puisque c’est tour à tour Akira Rabelais, Alva Noto et Ryuichi Sakamoto, ou Einsturzende Neubauten qui se voyaient convoqués pour habiller les images de la jeune photographe.

Si l’on pourra voir dans ce travail à la fois un certain romantisme et une quête d’abstraction, voire de détachement, l’installation présentée au sous-sol était quant à elle bien ancrée dans le réel. Il s’agissait de trois photos, portraits assombris en gros plan de jeunes transgenres, ici présentées sous forme de slideshow, accompagné par une bande son provenant de leur interview, la photographe leur demandant de faire part de l’évolution de leurs sentiments pendant la phase de prise de testostérone. Relation entre le physique et le psychique, confusion des genres et des propos (les trois voix se croisent, s’emmêlent), pour un résultat-témoignage touchant.

Fabrice ALLARD
le 07/06/2009

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