Keiji Haino

 date du concert

09/07/2009

 salle

Instants Chavirés,
Montreuil

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Fushitsusha / Instants Chavirés / Keiji Haino

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Keiji Haino
Instants Chavirés

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Cela fait bien longtemps que l’on n’avait pas vu le Japonais sur scène. D’ailleurs on ne l’avait jamais vraiment vu en solo puisque c’est avec un bassiste, sous le nom de Fushitsusha qu’on l’avait vu à Mains d’Œuvres en 2002. Annoncé un peu tardivement, ce concert fut un complément de dernière minute, certainement calé dans le but de profiter de la présence chez nous de Keiji Haino en prévision de sa participation au festival Jazz à Luz où il jouera avec Barre Phillips et Marteau Rouge.

Il est un peu plus de 21h15 quand le Japonais prend place sur scène. Égal à lui même, l’artiste ne change pas. Un peu comme si le temps qui passe n’avait pas de prise sur lui, il traverse les années mais reste le même, toujours de noir vêtu, les mêmes larges lunettes de soleil, la même coupe de cheveux, tout juste ceux-ci virant au poivre et sel. Les amplis en fond de scène, les retours disposés un peu partout autour de lui, tandis qu’en front de scène se trouve une batterie de pédales d’effet et trois micros, tel est le dispositif scénique.
Pas de surprise pour commencer, en entrant directement dans le vif du sujet. Face à ses amplis, et donc dos au public, le japonais taille dans le vif avec ses déflagrations sonores, guitares débridées, sauvages, produisant une musique tantôt complètement déstructurée, tantôt répétitive alors que l’on a l’impression de déceler des boucles qui ne restent jamais présentes très longtemps. En même temps Keiji Haino fait son show, tantôt statique, tantôt emporté dans une danse improbable, accompagnant les envolées de sa guitare. Ce qui nous avait marqué à Mains d’Œuvres et que l’on a tendance à oublier quand on pense à Keiji Haino, c’est la richesse de son répertoire, et donc de ses expérimentations dont il ne manque pas d’explorer l’éventail en concert. Aussi, passé la noise rock, il accroche des élastiques aux cordes de son instrument et vient gratter ceux-ci plutôt que les cordes de la guitare pour un passage plus calme, répétitif et lancinant aux sonorités plus métalliques. Mise en boucle de phrases mélodiques puis improvisations aux teintes blues, désenchanté, entre deux riffs nerveux, larsens, puis la voix, proche du cri qui semble aussi marquer la fin d’un cycle, d’une première partie.
En effet, Keiji Haino reprend sa guitare et repart dans un long solo de guitare d’abord bruitiste, se structurant petit à petit et se rapprochant alors d’un minimalisme répétitif et hypnotique. À la manière de la première partie, le Japonais enchaîne les styles, alternant fulgurances de rock bruitistes et poésie lugubre, avec chant suraigu sur des guitares éparses. Contraste étonnant, après quoi le musicien entamera une troisième partie, certainement la plus variée du concert. Intro de rock bruitiste, puis séquence free rock mise en boucle, créant une structure servant d’appui à un nouveau passage "chanté", et belles expérimentations lorsqu’une cuillère coincée entre les cordes de l’instrument servait de déclencheur à ses résonances métalliques. Une fin de concert nettement plus axée sur la voix et les cris monstrueux, laissant de la place aux silences là où jusqu’ici les denses textures saturées semblaient mener le jeu.
Il retournera enfin vers ses premières amours et terminera de manière plus théâtrale, abandonnant sa guitare, accroupi devant ses pédales d’effets et simplement équipé d’un micro, mettant en boucle ses cris, ajoutant ses envolées fantomatiques et terminant cut up, dans un râle monstrueux, affalé par terre, comme exténué.

A ce moment là on regardera l’heure. La performance aura duré près d’1h40 sans que l’on s’en rende véritablement compte, captivé durant toute la performance.

Fabrice ALLARD
le 12/07/2009

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