Festival du Cinéma Allemand 2002

 réalisateur

Dani Levy

Christian Petzold

 date

du 02/10/2002 au 09/10/2002

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

Christian Petzold / Dani Levy / L’Arlequin

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Comme chaque année, rendez-vous à l’Arlequin pour le Festival du cinéma allemand. Longs-métrages de fiction et documentaires y côtoient hommages (à Marlène Dietrich et Hildegard Knef cette année) et ciné-concert. Bien que cette fois-ci encore on rata le coup de cœur du public (Une enfance africaine), seul "prix" d’un festival qui s’était judicieusement recentré sur l’Arlequin (après avoir été, par le passé, éclaté entre la salle de la rue de Rennes et l’Institut Goethe), on put, parmi les autres longs-métrages de fiction, constater la vigueur du cinéma germanique malgré la crise économique qui le frappe.

On débuta par Rencontres Dangereuses Christian Petzold confirme, avec ce polar épuré servi par une mise en scène précise et un cadre soigné, tout le bien qu’on pensait de lui à la suite du très bon Contrôle d’identité. Bien qu’on ait assez vite un temps d’avance sur les héros, devinant rapidement ce qui va leur arriver (ces relatives facilités scénaristiques étant probablement dues au fait que le film ait été, à la base, conçu pour la télévision), les deux acteurs principaux, tout en sobriété, tirent particulièrement bien leur épingle du jeu. Comme dans son précédent film, ce n’est pas tant l’enquête policière qui intéresse Christian Petzold (on ne peut, d’ailleurs, en évoquer grand chose de crainte de ne dévoiler les ressorts du film), mais les à-côtés de la vie quotidienne des personnages. Les habitudes deviennent ainsi vite préoccupantes, le moindre petit geste inquiétant et la répétition alarmante (on notera, à cet endroit, l’utilisation tantôt apaisante, tantôt angoissante de la chanson What the World Needs Now Is Love de Burt Bacharach).

Dépeignant avec une égale réussite la vie d’une entreprise et le quotidien d’une famille perturbée par la surcharge de travail du père, Le Père c’est moi est une juste chronique de la séparation d’un couple et du déchirement qui s’en suit pour la garde de leur fils de six ans. S’emparant de ce délicat sujet de société, Dani Levy en fait une critique contre la pression trop forte qui pèse sur les épaules de Marco, jeune architecte berlinois, pris dans la tourmente et ne pouvant s’en sortir, comme happé par un fatum social et sociétal implacable. Servi par de bons comédiens, entièrement centré sur le point de vue du père, mais rejetant, par ailleurs, tout manichéisme, ne voilant pas ses erreurs, le film perd un peu de sa force dans son dernier tiers quand Marco enlève son fils et fuit Berlin pour partir une semaine en vacances.

On poursuivit avec deux films présentés au dernier Festival de Berlin. Grill Point y était apparu, aux yeux de bon nombre de gens et du jury (le film y a reçu l’Ours d’Argent), comme le meilleur film allemand de la compétition. On peut s’interroger sur un tel engouement à la vue de cette comédie sentimentale sympathique mais sans inventivité aucune. Histoire de deux couples d’amis, la quarantaine, tentés par le démon du midi (un des deux maris va avoir une liaison avec la femme de l’autre), le film d’Andreas Dresen reprend tous les codes éculés de ce type de film. On a ainsi successivement le droit à la découverte de l’adultère par la femme trompée, aux scènes d’explication du mari embarrassé, au quiproquo usé du mari bafoué qui se confie à son ami sans savoir que c’est lui qui est la cause de ce cocufiage, à la séparation déchirante et mal vécue par les enfants, etc… Cela dit, un léger parfum doux-amer, un ancrage dans le quotidien de Francfort-sur-l’Oder (excessivement souligné par le gros grain de la DV voulant un peu trop "faire vrai") et un running-gag très efficace autour du groupe de musiciens berlinois 17 Hippies servent ce film modeste et pas désagréable.

Plus ambitieux est le projet de Christopher Roth  : raconter, avec Baader, la vie du leader de la Fraction Armée Rouge (RAF) telle que lui-même la voyait ou la rêvait, en prenant donc certaines libertés avec la vérité historique (Baader n’est pas mort sous les balles de la police, par exemple, mais on peut imaginer qu’il aurait préféré finir ainsi qu’en prison). Significatif, après Contrôle d’identité qui mettait également en scène d’anciens membres de la RAF, d’une volonté de la part des jeunes cinéastes allemands de regarder ce passé trouble en face, le film n’évite toutefois pas l’héroïsation et la mythification d’Andreas Baader et d’Ulrike Meinhof. Porté par une bande-son de qualité (Trans Am, Can, Campag Velocet, The Stone Roses) et incorporant des archives télévisées, Baader navigue entre la reconstitution historique douteuse à la Oliver Stone et la parodie de film noir à la Bonnie & Clyde sans jamais choisir réellement. Il en ressort toutefois un tableau correctement brossé de la période 1967-1972 (on est, dès le générique, plongé dans celle-ci par la projection d’images d’archives et le Kick out the Jam du MC5) et une bonne étude des dissensions et contradictions qui secouaient la RAF de l’intérieur.

On termina avec Le Désir, Léopard d’Or au dernier festival de Locarno, film de fin d’études de Iain Dilthey, allemand d’origine écossaise, qui doit davantage à une culture protestante anglo-saxonne et nordique qu’au cinéma germanique. On y retrouve, en effet, l’ascétisme et l’austérité de certains films de Bergman, alors que le sujet et le jeu des acteurs, tout en mutisme et modestie (une femme de pasteur essayant de sortir du carcan où son mari l’enferme) lorgneraient plutôt vers le Lars Von Trier de Breaking the Waves. Si la première moitié du film pêche par une sobriété trop appuyée, la seconde, libérant les pulsions de la femme, fait exploser les contraintes de celle-ci pour basculer doucement vers le film noir.

Date de sortie :
- Grill Point : 20 novembre 2002

François Bousquet
le 13/10/2002

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