Aperçus du cinéma chinois contemporain

 date

du 25/04/2004 au 15/06/2004

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 tags

Jeu de Paume

 liens

Jeu de Paume

 dans la même rubrique
du 30/05/2019 au 09/06/2019
Quinzaine des Réalisateurs 2019 - Reprise de la sélection
(Forum des Images)
du 25/01/2019 au 03/02/2019
Festival Premiers Plans d’Angers 2019 - Reprise du Palmarès
(Forum des Images)
du 20/11/2018 au 27/11/2018
Festival des 3 Continents 2018 - Reprise du palmarès
(Cinémathèque Française)
du 24/05/2018 au 03/06/2018
Quinzaine des Réalisateurs 2018 - Reprise de la sélection
(Forum des Images)

En attendant sa réouverture fin juin et la nouvelle destination qui lui sera affectée (photographies et autres formes d’images), le Jeu de Paume proposait, pendant sept semaines, en collaboration avec les Cahiers du Cinéma, une petite dizaine de films réalisés par les cinéastes chinois de la « sixième génération ». Si Jia Zhang Ke en est le plus célèbre représentant (et logiquement absent ici, volonté de découverte oblige), la grande majorité des autres metteurs en scène présentés n’ont pas encore connu de sortie française, bien qu’ayant déjà été sélectionné dans d’éminents festivals internationaux.
Parmi les films proposés, on retrouvait All Tomorrow’s Parties de Yu Lik-Wai qui a bénéficié, fin avril, d’une sortie nationale, A l’Ouest des Rails de Wang Bing, ce documentaire de plus de neuf heures qui vient de sortir, et Conjugaison d’Emily Tang, vu et apprécié il y a deux ans au Festival du Film de Femmes de Créteil. L’agréable souvenir laissé par cette chronique de l’après-Tiananmen filmée par une DV inspirée nous servit de fil rouge tout au long de ce festival où, quelle que soit la valeur des films, l’adéquation entre fond et forme était toujours présente.

Chicken Poets, premier film de Meng Jing Hui, metteur en scène de théâtre réputé, se veut une réflexion sur le statut de l’artiste autour de l’histoire d’un poète désillusionné qui se lance, pour subvenir à ses besoins, dans l’élevage de poulets avant que l’achat d’un DVD « comment devenir poète ? » ne lui permette de rencontrer le succès. Jouant sur les contraires, opposant l’idéalisme de l’artiste aux nécessités du libéralisme, confrontant les technologies contemporaines (dessin animé, pub, DVD) à une certaine mélancolie sous-jacente, le film, en compétition à Locarno il y a deux ans, force un peu trop le trait, même si un côté sympathiquement décalé, voire expérimental (que renforce l’usage d’une DV gonflée en 16 mm) perce fréquemment.

This Winter, a Story about Leaving donne l’occasion à Zhong Hua de narrer le dernier jour avant la quille de quatre conscrits. Préférant une approche documentariste plutôt que fictionnelle, optant pour un tournage en DV et une projection au format vidéo, le réalisateur ne parvient que rarement à captiver, hormis lorsque les appelés quittent leur caserne pour se confronter au monde extérieur.
Plus ample dans sa narration, The Only Sons de Gan Xiao’er nous emmène dans la campagne, en Chine méridionale, pour un mélo social comprenant tous les ingrédients du genre : vente d’enfant, adoption douloureuse, maladie frappant les plus démunis, suicide. Mettant de côté tout misérabilisme, le réalisateur enserre ses personnages dans un cadre étouffant où un implacable destin guide inexorablement leurs pas. L’usage majoritaire du plan large conjugué au tournage en DV et à la diffusion en scope engendrent ainsi un dispositif où l’on distingue à peine les traits des protagonistes et où l’environnement tropical prend constamment le dessus.

Enfin, Drifters de Wang Xiaoshuai (dont on a déjà pu voir So Close To Paradise et Beijing Bicycle), présenté à Un Certain Regard l’an passé, apparaît comme le film au récit le plus linéaire, bien soutenu en cela par un 35mm léché où rigueur du cadre et juste longueur des plans sont de mise. Multi-thématique (volonté d’émigration aux Etats-Unis de la jeunesse chinoise, impact du rêve américain, interrogations sur l’avenir et la place dans la société de cette jeunesse, désir de paternité), le film ne se noie pourtant jamais dans un trop-plein narratif, parvenant, au contraire, à brasser harmonieusement l’ensemble de ces trames. Même s’il ne nous épargne pas quelques afféteries (musique sentimentale pour les scènes entre le père et son fils, contextualisation insistante - l’entrée de la Chine dans l’OMC - ou symbolique biblique un peu trop marquée), Drifters nous permet de clore, sur une note fort positive, ce mini-festival.

François Bousquet
le 22/06/2004

À lire également

du 05/06/2018 au 23/09/2018
Gordon Matta-Clark : (...)
(Jeu de Paume)
du 20/1/2009 au 22/3/2009
Mario García Torres : (...)
(Jeu de Paume)
du 01/03/2011 au 08/05/2011
Aernout Mik : Communitas
(Jeu de Paume)
du 16/01/2007 au 01/04/2007
L’Événement
(Jeu de Paume)