Festival International du Film de Locarno 2004 - Autres Sections

 date

du 04/08/2004 au 14/08/2004

 tags

 dans la même rubrique
du 26/05/2016 au 05/06/2016
Quinzaine des Réalisateurs 2016 - Reprise de la sélection
(Forum des Images)
du 22/01/2016 au 31/01/2016
Festival Premiers Plans d’Angers 2016 - Reprise du Palmarès
(Forum des Images)
du 28/11/2015 au 06/12/2015
EntreVues - Festival International du Film de Belfort 2015 - (...)
(Cinémathèque Française)
du 22/11/2014 au 30/11/2014
EntreVues - Festival International du Film de Belfort 2014 - (...)
(Luminor Hôtel de Ville)

En plus de la Compétition et de Cinéastes du Présent, le Festival International du Film de Locarno propose bon nombre d’autres sections programmées dans la petite dizaine de salles supplémentaires de la charmante cité tessinoise : Compétition Vidéo, In Progress (œuvres expérimentales), Appellations Suisse (panorama de films helvétiques sortis en salle dans l’année ou à sortir), Semaine de la Critique (uniquement composée de documentaires), Newsfront (rétrospective consacrée aux films mettant en présence des journalistes)… Enfin, événement emblématique du Festival, un ou deux longs-métrages sont projetés chaque soir sur l’écran géant tendu sur la Piazza Grande, permettant au plus grand nombre (7200 places) d’assister à des films à gros budget (furent ainsi présentés par le passé X-Men, La Planète des Singes ou Final Fantasy) ou de découvrir des œuvres au potentiel commercial moins affirmé (Novo de Jean-Pierre Limosin eut, ainsi, en son temps, les honneurs de la Piazza Grande).

Jeudi 5 août

Nous découvrons la Piazza Grande avec le nouveau film de Volker Schlöndorff, Le Neuvième Jour, tiré de l’histoire vraie d’un prêtre luxembourgeois libéré de Dachau et tenu de faire pression sur son évêque de tutelle pour que celui-ci coopère avec les nazis sans quoi il sera réinterné au bout de neuf jours. Sur un thème peu éloigné d’Amen de Costa-Gavras (l’attitude de l’Eglise pendant la guerre et la solitude d’un homme face à sa conscience), le réalisateur allemand signe un film certes poignant et très fort sur le fond, mais d’un académisme extrême sur la forme.

Vendredi 6 août

Présenté dans la section Appellations Suisse, Garçon Stupide relate les dérives nocturnes (entre rencontres homo provoquées via internet et nuit chez la copine d’enfance) et les questionnements existentialistes de Loïc, vingt-et-un ans. Si Lionel Baier trouve quelques bonnes idées de mise en scène (comme ce split-screen mettant en parallèle les partouzes auxquelles Loïc participe et le mouvement des machines-outils de l’usine de chocolat où il travaille la journée), son film s’essouffle assez vite, s’égarant peut-être entre désir de suivre la fuite en avant de son personnage (tout le dégagement final sur la fascination de Loïc pour un joueur de foot apparaît largement superfétatoire) et volonté d’en faire un parangon d’une certaine partie de la jeunesse actuelle en mal de repères amoureux.

Samedi 7 août

Pour notre deuxième soir sur la Piazza Grande (noire de monde en ce samedi) c’est à un gros film de studio hollywoodien (chaque année, le festival se sent obligé d’en programmer un ou deux) que nous avons droit : N’oublie jamais, nouveau long-métrage de Nick Cassavetes, dont on a déjà pu, par le passé, constaté qu’il n’a pas la moitié du quart du talent de son père, même s’il prend bien soin de régulièrement placer sa mère dans ses films. Cette fois-ci, elle joue le rôle d’une malade atteinte par Alzheimer dont le mari tente de faire revenir les souvenirs en lui racontant sans cesse l’histoire de leur amour, histoire qui nous est présentée pendant les deux bonnes heures de ce mélo pur sucre, tout en niaiseries et guimauve. Dès lors, on s’amuse à dénombrer le nombre de demi-heures d’avance qu’on a sur des personnages évoluant grâce à des ficelles aussi grosses que les plus énormes boutes d’un paquebot (elle est riche mais il est pauvre, ils s’aiment mais ses méchants parents refusent une telle union et l’envoient étudier à New York, elle ne peut l’oublier mais se marie avec l’avocat bellâtre de service pendant que le bon boy US traque Rommel dans le désert nord-africain, elle semble mue par la raison mais l’amour l’emporte toujours…).

Dimanche 8 août

Les soirs se suivent et se ressemblent sur la Piazza Grande : au programme de ce dimanche Oh Happy Day, comédie sentimentale de la Danoise Hella Joof. Naïveté confondante, arguments simplistes et gélatine de bons sentiments accompagnent cette histoire de chorale gospel dirigée par un révérend noir américain. Très vite, le spectacle se situe davantage dans le ciel orageux, lézardé d’éclairs du plus bel effet, ou dans le ballet des parapluies s’ouvrant et se fermant au gré des multiples averses.

Lundi 9 août

Bien que le temps soit, pour la première fois, sec sur la Piazza Grande, la qualité n’est toujours pas au rendez-vous. Chaque année, un Léopard d’Or d’Honneur est remis à un réalisateur ; cette fois-ci, c’est Ermanno Olmi qui se voit décerner une telle distinction (probablement pour flatter l’honneur italien tout proche, après que Bertolucci ait été récompensé il y a quelques années ; soit dit en passant, quitte à choisir un Italien, Marco Bellochio aurait été un choix autrement plus judicieux) et en profite pour nous présenter son nouveau long-métrage En chantant derrière les paravents. Si le natif de Bergame ne nous a jamais enchanté, ce film de pirates se révèle être tout simplement pitoyable : les chinois y parlent italien, Bud Spencer y campe un improbable capitaine de vaisseau pirate oriental, anachronismes (le principe de l’actionnariat au VIII° siècle) et maximes à la mords-moi-le-nœud (« la force du bras ne dépend pas de la personne à qui il appartient mais de la cause qu’il sert ») y sont légion. Tant qu’à voir un film du genre, autant se tourner vers le Pirates de Polanski ou Pirates des Caraïbes sorti l’an passé, divertissements efficaces et bien menés, largement préférables à ce salmigondis frustrant (pas une seule bataille digne de ce nom) et pataud.

Mardi 10 août

Alors qu’on désespérait de voir un bon film sur la Piazza Grande, s’avance, en ce mardi dégagé des eaux, Kongekabale, première réalisation du Danois Nikolaj Arcel. S’attachant aux relations entre journalistes et hommes politiques, à la manipulation des premiers par les spin doctors qui entourent les seconds et aux luttes internes pour le pouvoir au sein d’un même parti, le jeune cinéaste signe un solide film enquête, dans la lignée des plus intéressants du genre. Le péril du téléfilm à thèse y est, du reste, intelligemment évité grâce à un savant usage du hors-champ (notamment dans le final), un héros faillible (il tombe dans le piège tendu par le spin doctor, a un rapport oedipien avec son père et se fait mener par le bout du nez par sa fille de huit ans) et une dénonciation terminale de la mémoire extrêmement courte dont fait preuve le corps électoral, blanchissant, par son vote, les politiques véreux.

Mercredi 11 août

Amené à sortir sur les écrans helvétiques fin septembre, Strähl, présenté à Locarno dans la section Appellations Suisse, réunit tous les codes du polar narcotique urbain : flic à la dérive, junkies paumés, dealers albanais, mère déboussolée, collègues outrés des méthodes « radicales » du héros… Privilégiant une approche quasi-documentariste via le gros grain de sa pellicule et une caméra sans cesse en mouvement, Manuel Flurin Hendry signe là un bon petit film de genre dont on s’interroge pourtant sur la nécessité à être présenté sur grand écran, sachant que nombre de séries états-uniennes sont déjà passées par là, avec le même brio.

Jeudi 12 août

Toujours dans la section Appellations Suisse, Cattolica, premier long-métrage de Rudolf Jula, est un road-movie gentillet où deux frères, suisses germanophones, venant de faire connaissance, partent en Italie à la recherche de leur père. Voiture, train, Vespa et marche à pied sont utilisés dans ce film restant bien sagement dans les canons du genre et alignant les métaphores grossières (le parcours vers leur père est aussi un parcours de découverte mutuelle, la barrière de la langue dans ce pays étranger renforce leur sentiment d’être étranger l’un à l’autre, etc…).

Vendredi 13 août

Pour clôturer Appellations Suisse, Je suis ton Père de Michel Rodde gâche un sujet intéressant (l’éternel problème des relations entre un père sexagénaire et son fils trentenaire, notamment avec l’arrivée de la copine du fils) par une réalisation à la truelle (faux raccords à la pelle, intrusion pataude de passages rêvés), des dialogues risibles et des acteurs surjouant au possible, en rajoutant sans cesse dans un côté théâtral censé illustrer le propos mais qui ne fait que le plomber.

Après deux jours où nous avions délaissé la Piazza Grande (de toute façon, étant donné les déluges qui se sont abattus sur Locarno, nous aurions du nous rabattre sur le FEVI), nous y retournons pour Tellement proches (Seres Queridos), comédie espagnole de Teresa De Pelegri et Dominic Harari. Leni, jeune femme juive, vient présenter à sa famille Rafi, son fiancé palestinien, s’ensuivent alors les gags aisément imaginables sur la différence de culture et de religion et les situations ubuesques les plus improbables. Plutôt enlevé dans sa première heure (notamment grâce à la sœur danseuse du ventre et nymphomane de Leni et à son frère, apprenti fondamentaliste religieux), le film baisse de régime par la suite, se faisant répétitif et de plus en plus attendu.

Samedi 14 août

Présenté juste après la cérémonie de remise des prix, Appleseed, film d’animation du Japonais Shinji Aramaki n’est qu’un manga d’anticipation de plus où coexistent humains, droïdes anthropomorphes et machines de guerres ultra-sophistiquées. Entre deux scènes de combat fortement inspirées de l’esthétique Matrix (image arrêtée pendant un saut périlleux arrière, ralenti au moment où les balles semblent atteindre l’héroïne), le long-métrage sait toutefois distiller quelques moments intéressants par la duplicité dont fait preuve chaque personnage.

Dates de sortie :
- N’oublie jamais : 8 septembre 2004
- En chantant derrière les paravents : 15 décembre 2004
- Garçon Stupide : 19 janvier 2005
- Tellement proches : 26 janvier 2005
- Appleseed : 31 août 2005

François Bousquet
le 18/08/2004