Festival International du Film de Locarno 2004 - Compétition Internationale

 réalisateur

Joachim Lafosse

 date

du 04/08/2004 au 14/08/2004

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Joachim Lafosse

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Forte de ses dix-huit films représentant dix-sept pays, la Compétition Internationale est, bien sûr, la section phare de ce 57e Festival International du Film de Locarno. Présentée chaque jour (avec sous-titrage multiple et traduction simultanée dans des écouteurs individuels) aux 3200 spectateurs potentiels du FEVI (un gymnase où ont été installé gradins et chaises), elle a l’obligation, du fait du classement en catégorie A du festival (la même que Cannes, Berlin ou Venise), de ne présenter que des films en première mondiale ou internationale ; faisant volontiers office de découvreuse, elle s’efforce également d’offrir en majorité des premiers et seconds films.

Jeudi 5 août

Pour ouvrir la Compétition, c’est un film autrichien qui a été sélectionné : Antares du viennois Götz Spielmann. Reprenant le même principe que Dolls de Kitano (trois histoires de couples qui s’entrecroisent) mais en poussant davantage l’interaction entre celles-ci, l’autrichien ancre également son propos dans la froideur de la banlieue viennoise via une photo blafarde soulignant le désespoir latent de tous les personnages. Si l’on passe d’un hôpital aux couloirs des HLM, l’ambiance clinique subsiste, les couples en crise se succèdent et leur horizon semble pareillement bouché ; demeurent alors les scènes d’amour adultères, seuls espaces ouverts et aux couleurs plus chaudes d’un film plutôt intéressant quoiqu’un peu trop mécanique.

Premier film français en Compétition, Pourquoi (pas) le Brésil ? est le récit par Laetitia Masson de l’impossible adaptation du roman Pourquoi le Brésil ? de Christine Angot. S’interrogeant à la fois sur son statut de cinéaste, sur la difficulté à trouver l’inspiration et sur les répercussions qu’a, dans sa vie personnelle, le livre d’Angot, la réalisatrice signe un film très français aussi bien par son sujet (travail sur l’adaptation littéraire et remise en cause de l’artiste) que par ses multiples références qui purent apparaître un peu opaques pour les spectateurs non français (name-dropping d’actrices et acteurs au moment du casting, apparition hallucinante de Ludmila Mickaël, interventions pas forcément explicites de Christine Angot). Mélangeant, dans des juxtapositions récurrentes, épisodes de sa vie « réelle » (repas familiaux, rendez-vous chez le producteur, castings) et rushes du film qu’elle est en train de tourner, Laetitia Masson laisse, la plupart du temps, Elsa Zylberstein prendre aussi bien sa place que celle de l’héroïne du film dans le film. Témoignage du retour de la réalisatrice à une certaine cérébralité après l’échec de La Repentie (le film du « retour » d’Isabelle Adjani), Pourquoi (pas) le Brésil ? se révèle néanmoins inégal, laissant parfois le spectateur sur le pas de sa propre porte, même si son actrice principale peut décemment prétendre au Léopard de la meilleure interprétation.

Vendredi 6 août

En Garde, second film de l’Allemande d’origine turque Ayse Polat, est un classique mais solide film d’apprentissage avec le traditionnel affrontement de deux jeunes filles autour du même mec, les habituelles scènes d’intimidation à l’arrivée de l’héroïne principale dans son foyer et le lot usuel de tourments adolescents. Cependant, afin de rompre quelque peu cet enchaînement itératif, la réalisatrice dote l’héroïne d’une hyperacousie qui la rend encore plus sensible au monde extérieur, soulignant davantage sa difficulté d’être et sa méfiance vis-à-vis d’autrui. Filant par ailleurs la métaphore de l’escrime comme illustration de la vie, En Garde se situe, in fine, dans la fourchette plutôt haute des films du genre.

Second film français en Compétition (au passage, on remarquera que la France est le seul pays à avoir deux films en Compétition), Ordo est la nouvelle réalisation de Laurence Ferreira Barbosa, déjà venue concourir dans le Tessin avec Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel. Autour de l’histoire d’Ordo, marin trentenaire découvrant que la jeune fille avec laquelle il a été marié douze ans auparavant est devenue une star de cinéma et souhaitant dès lors relier avec elle pour comprendre cette « transformation », la réalisatrice tisse un attachant film sur la personnalité où on est amené à s’interroger sur la façon dont les autres nous perçoivent et sur ce qu’il reste de notre passé. Plaçant Roschdy Zem (tout en intériorité touchante et naïveté feinte) comme légitime prétendant au Léopard de la meilleure interprétation, Ordo nous réserve également quelques passages drolatiques sur les relations humaines sur un tournage et s’inscrit alors dans un élégant entre-deux : à la fois parcours psychologique et comédie sentimentale.

Samedi 7 août

En ce troisième jour, la Compétition quitte le territoire de l’intime pour s’attacher à des sujets plus politiques et à la cohabitation des cultures. Ainsi, Yasmin premier long-métrage de l’Écossais Kenny Gleenan, narre l’existence d’une anglaise d’origine pakistanaise et les conséquences du 11 septembre sur sa vie quotidienne. Parfaitement intégrée, respectée dans son travail (où elle se rend en jean et débardeur après avoir quitté son domicile en voile et tenue typique et s’être changée sur le bord de la route) et appréciée de tous, Yasmin va peu à peu se radicaliser après l’attaque des Twin Towers, au fur et à mesure que la société va lui renvoyer son image de musulmane forcément sympathisante de Ben Laden et anti-occidentale. Dans le même temps, elle essaye de se défaire du lointain cousin à qui on l’a mariée de force et de composer avec les réprimandes incessantes de son père lui reprochant d’avoir trahi sa culture. Là où il aurait pu se contenter d’un énième téléfilm à thèse, Kenny Gleenan signe un film servi par une forte interprétation (Archie Panjabi se place comme sérieuse concurrente pour le Léopard idoine) où il trouve une bonne distance avec son sujet, rejette tout manichéisme (le collègue de Yasmin, anglais « pur souche », la défend face aux autres employés tandis que le jeune frère de l’héroïne se fait enrôler dans une faction extrémiste) et effectue un intéressant parallèle entre les musulmans en Grande-Bretagne aujourd’hui et les Irlandais catholiques dans les années 80 (tous plus ou moins soupçonnés d’être membres de l’IRA). Film le plus applaudi jusqu’à présent, Yasmin ferait un Léopard d’Or, certes plutôt consensuel, mais nullement honteux.

Au moins aussi fort sur le fond, également très applaudi, mais nous ayant toutefois moins touché (avouons-le, l’éloignement géographique et l’absence de « référent local » ont du jouer), Forgiveness, premier film du Sud-Africain Ian Gabriel traite du pardon que vient demander un ancien policier, amnistié, à la famille du fils qu’il a tué au nom de l’Apartheid. Dépeignant avec force les réactions changeantes et ambivalentes des quatre membres de celle-ci (rejet, compréhension, écoute), le film marque par l’intensité de son sujet et un travail plastique probant (convaincante utilisation de filtres photos tamisant les couleurs pour toutes les tirer vers des camaïeux de noir et blanc), même s’il pousse peut-être un peu trop la dramatisation.

Dimanche 8 août

Quatrième jour d’une Compétition d’un niveau général correct pour le moment avec, pour commencer, Dastan Natamam, second film d’Hassan Yektapanah, auteur de Djomeh, présenté à Un Certain Regard et Caméra d’Or en 2000. Après s’être intéressé à un immigré afghan, l’Iranien s’attache maintenant à un groupe d’émigrants clandestins suivi par un jeune réalisateur et un cameraman. Éloquent quand il traite du statut de la caméra (tour à tour voleuse d’images aux yeux des émigrants, moyen de se défendre quand les deux protagonistes principaux sont victimes d’une attaque, fascinatrice pour le policier qui prend alors le groupe de clandestins pour des acteurs, témoin de la fuite vers la frontière et trait d’union entre les gens tout au long du film), Yektapanah se fait en revanche lourdaud quand il s’attarde sur les raisons du départ d’Iran des personnages et leur devenir, nous gratifiant notamment d’une morale limite bêtifiante (« le ciel est partout du même bleu », « l’ailleurs n’est pas forcément un Eden », ce genre).

Premier long-métrage de la Portugaise Catarina Ruivo, André Valente nous offre de partager le quotidien d’André, huit ans, vivant seul avec sa mère depuis que son père les a quittés, cible des moqueries de ses camarades d’école, repoussant le nouvel amant de sa mère, s’entichant de son voisin russe, adepte du patin à glace. Même s’il ne verse jamais dans le putassier, le film lasse vite, ne parvenant jamais à dépasser le stade primaire de la chronique mi-mièvre, mi-misérabiliste.

Lundi 9 août

Alors que la Compétition rentre dans sa deuxième semaine, nous sont aujourd’hui proposés deux récits initiatiques asiatiques. Tout d’abord, Okhotnik du Kazakh Serik Aprymov narre la manière dont un chasseur, vivant dans les montagnes, va apprendre la vie à un pré-adolescent : techniques de chasse, relations humaines, appréhension de la nature, tout y passe. Malheureusement, comme trop souvent dans les films proche-orientaux centrés sur les paysages, allégorie et symbolisme sont démesurément exacerbés : la liberté du chasseur est comparable à celle de l’aigle, son animal fétiche, la mise en marge des protagonistes renvoie à l’âpreté des sites parcourus, la solitude de ceux-là à l’immensité de ceux-ci, etc…

Moins pontifiant sans pour autant être particulièrement réussi, Gardien de Buffles est le premier long-métrage de Minh Nguyen-Vô, réalisateur venant du Vietnam. Après l’initiation au gré des montagnes, c’est la découverte de la vie au fil de l’eau qui nous est contée via l’histoire de Kim, tenu de quitter père et mère pour mener, à la saison des pluies, les buffles familiaux vers de plus luxuriantes terres. Au fur et à mesure que les éléments prennent le dessus sur des hommes dépassés, le héros prend de plus en plus le contrôle de sa vie, s’affranchissant de l’autorité parentale et de celle du meneur du groupe de gardiens de buffles. Quand il se rend compte de ce qu’il a laissé derrière lui, il est trop tard, l’eau a tout recouvert, la vie a passé, ses repères sont chamboulés ; charge à lui de s’en créer de nouveaux pour perpétuer l’incessant rythme de la vie. On l’aura compris : implacabilité du fatum et parabolicité élémentaire se taillent la part du lion dans ce film aux belles images.

Mardi 10 août

Arrivé au mitan du Festival, on espère un rebond de la Compétition après le sensible décrochage constaté ces deux derniers jours. Las, Promised Land, second film du Suisse Michael Beltrami, a beau être pavé de bonnes intentions (dénoncer le rêve américain et ses ravages), cette volonté initiale n’est jamais concrétisée, ni même esquissée. Dans un road movie où le héros, acteur star quand il était enfant, déchu depuis, va aider une mère à retrouver sa fille, le réalisateur aligne comme perles tous les clichés possibles et imaginables : motel au milieu de nulle part, routes désertiques traversées par des freaks de tout bord, lonesome cowboy et country girl égarée sur une bande-son exécutée par la sous-Sheryl Crow de service. Ne transcendant jamais ces poncifs, Beltrami ne méritait nullement les applaudissements cocardiers qui saluèrent son film.

Malgré les dénégations des programmateurs, nous ne pouvons nous empêcher de penser que la présence, pour la première fois en Compétition, d’un film d’animation (McDull, Prince de la Bun, suite de My Life as McDull) s’inscrit dans le suivisme constaté à Cannes (avec la présentation des Shrek ou d’Innocence) et Venise (le prochain Miyazaki y sera projeté en septembre) depuis que Le Voyage de Chihiro a décroché l’Ours d’Or à Berlin en 2002. Si la qualité était au rendez-vous, on aurait rien à redire ; or, le film du Hong-Kongais Toe Yuen, à trop vouloir partir dans tous les sens, fatigue assez rapidement, si bien qu’on se désintéresse vite de l’histoire de ce porcelet, prince déchu arpentant villes et mers. Pourtant, le réalisateur sait se faire pertinent quand il dépeint, avec une causticité certaine, la vie quotidienne à Hong-Kong : destruction de barres d’immeubles dans le cadre du réaménagement urbain, stress collectif, course au progrès permanente, apprentissage scolaire global…

Mercredi 11 août

Alors que la Compétition ronronnait sous la ligne de flottaison depuis trois jours, Folie Privée, premier long-métrage de Joachim Lafosse, nous a fait l’effet d’un coup de trique. Autour de cette histoire d’un père qui ne veut quitter ni son fils, confié à sa femme après son divorce, ni la maison familiale promise à celle-ci et son nouveau compagnon, le jeune réalisateur belge soulève les questions relatives à la séparation et à ce qui unit parents et enfant. Fortement inspiré du théâtre classique (reprise du thème de Médée, respect des trois unités de lieu, temps et action, construction narrative semblable à celle des tragédies grecques, générique de fin illustré par le Stabat Mater), Folie privée estomaque par le traitement de son sujet autant qu’il impressionne par la justesse de sa mise en scène et par la modestie de son dispositif (équipe réduite, budget famélique, tournage en neuf jours, caméra à l’épaule filmant toujours « à hauteur d’homme »). Passant du bloc de rage animale à l’âme en peine errante telle un ectoplasme dans la maison, Kris Cuppens, dans le rôle du père, fait office de sérieux candidat au Léopard de la meilleure interprétation tandis que Folie Privée ferait un excellent Léopard d’Or si le jury optait pour une démarche audacieuse et radicale.

Après un tel coup de semonce, Tony Takitani, nouveau film du Japonais Jun Ichikawa a du mal à nous emballer avec cette adaptation d’un roman de Murakami où un homme, après le décès de sa femme, acheteuse compulsive de vêtements, tente de la faire revivre par eux. Toutefois, on ne saurait passer sous silence les importantes qualités esthétiques et plastiques du long-métrage : photo veloutée donnant une impression de relief aux vêtements, musique de Ryuichi Sakamoto parfaitement en accord avec l’histoire, subtils travellings alanguis. En revanche, l’usage immodéré de la voix off (à la manière du narrateur dans un roman) et le passage en « son direct » pour les dialogues entre les personnages empêche de réellement pénétrer dans le film.

Jeudi 12 août

Depuis hier, on tient enfin le vrai grand film de la Compétition de ce 57e Festival de Locarno et ce n’est pas la longue et imméritée standing ovation offerte à Private qui va nous faire changer d’avis. Dans ce premier film du romain Saverio Costanzo, une famille palestinienne voit débarquer chez elle quatre soldats israéliens qui l’obligent à n’occuper que le salon, s’accaparent l’étage entier et rendent commune la cuisine. Alors que tout porte à croire que la famille va quitter la maison, le père décide de rester, forme de résistance qu’il juge bien plus efficace que toutes les autres, malgré les velléités belliqueuses de son fils aîné. Très juste sur la vision métonymique de la guerre à travers cette situation et sur les réactions des différents membres de la famille, le film s’avère, en contrepartie, beaucoup plus discutable quand il se fait hautement fictionnel, dramatisant exagérément certains passages dans une volonté de créer un suspens démagogique quasi malsain.

Seul film de la Compétition provenant du continent américain (où sont les cinématographies argentine et brésilienne, tant affectionnées actuellement ?), Poster Boy de l’États-unien Zak Tucker raconte comment un jeune homme va profiter de la campagne de son père, sénateur républicain ultra-conservateur, pour faire son coming-out. Evitant tout regard accusateur (même si le personnage du père est un peu trop chargé : il est obsédé par la politique, allant même jusqu’à vouloir récupérer le coming-out de son fils, traite sa femme comme moins-que-rien, est raciste, macho et homophobe - à l’inverse, la mère se révèle beaucoup moins monolithique et, partant, beaucoup plus intéressante -), le réalisateur détourne ce film de commande qui se retrouve n’être plus tellement un film sur les revendications gays ou sur la campagne politique, mais un long-métrage sur les relations père-fils et la manière dont elles sont projetées dans l’espace public à partir du moment où le père fait de la politique. N’hésitant pas à habilement s’écarter du politiquement correct qui lui tendait les bras (le communautarisme est dénigré, le bien-fondé de l’activisme des mouvements comme Act Up remis en cause, la jeunesse dorée et dépravée à la Brett Easton Ellis tournée en dérision), Zak Tucker est également sans complaisance envers son héros, insistant sur ses contradictions : il n’est, bien évidemment, pas d’accord avec les prises de position de son père, mais est bien content de profiter de sa maison à Palm Springs et de sa grosse voiture, il embrasse son amant en plein meeting paternel mais refuse d’être considéré comme une icône.

Vendredi 13 août

Dernier jour d’une Compétition qui fut inégale, souvent moyenne, parfois enthousiasmante mais surtout très longue (notre première expérience d’un Festival d’onze jours, fait in extenso et in situ, nous laisse lessivés) ; et, pour terminer, les programmateurs nous ont gâtés puisque ce vendredi débute par Black Friday, film indien de deux heures quarante. Le titre et le sujet (une reconstitution dans une sorte de docu-fiction de violences urbaines ; en l’espèce, les attentats à la bombe perpétrés à Bombay par des musulmans, en mars 1993, en réponse aux exactions commises par les hindous lors des émeutes de décembre 1992 et janvier 1993) ont beau évoquer Bloody Sunday, on est loin, avec ce deuxième film d’Anurag Kashyap, de l’évocation passionnante et inspirée qu’avait su faire Paul Greengrass de la répression policière de la marche pacifique de Belfast. Si l’idée de présenter les événements et l’enquête qui s’ensuivit en respectant fidèlement les chapitres du livre dont le film est tiré (les faits, les arrestations, l’enquête sur la conspiration), entraînant flashes-backs et flashes-forwards, ne dessert nullement le propos, on sera, en revanche, beaucoup plus sévère avec les nombreux effets accumulés par Kashyap. En effet, ne manquent ni les ralentis insistants, ni la musique sursignifiante (crescendi appuyés avant les explosions, larsens juste après, vocalises gémissantes sous les plans de corps en charpie), ni les scènes voyeuristes de tortures policières et d’enfants aux membres broyés. A trop vouloir tout montrer et interpeller fortement le spectateur, le film nous répugne de plus en plus jusqu’à son générique final nauséeux : défilement voyeur de photos d’actualité montrant les blessés des attentats, sanguinolents et déchiquetés.

Chargée de terminer sur une note plus légère cette Compétition marquée par les conflits des douze dernières années (quatre films sur dix-huit) et les rapports familiaux plus ou moins conflictuels (neuf long-métrages), Wesele est une comédie loufoque et éthylique sur un mariage polonais. Ne faisant pas vraiment dans la demi-mesure, le second long-métrage de Wojtek Smarzowski enchaîne séquences grand-guignolesques, blagues de potaches et situations gentiment scatologiques, le tout largement imbibé de vodka. Divertissant et sans prétention, Wesele s’effacera certainement assez vite de nos mémoires mais a le mérite d’avoir su nous faire rire et oublier, en partie, les pensums et autres objets démonstratifs qui jalonnèrent trop souvent une Compétition dont on attend maintenant le palmarès (avec une certaine appréhension, ne le cachons pas).

Juste avant celui-ci, un mot sur l’article que Le Monde a consacré au Festival dans son édition du 15-16 août : si l’on partage, en partie, les réserves faites vis-à-vis de la Compétition et ses films politiquement corrects, les termes de « fatal enlisement », d’ « ambiance (…) sinistre » et de « monument d’ennui » nous semblent être davantage l’œuvre d’un règlement de comptes (on connaît l’aversion du journal envers Irene Bignardi, directrice artistique du Festival depuis 2001) que d’un véritable compte-rendu ; même si, encore une fois, la Compétition n’a clairement pas été à la hauteur.

Palmarès personnel

Avant de commenter le palmarès, ayons l’immodestie de proposer le notre (où nous ne décernerons pas de Prix Spécial du Jury car celui-ci, destiné au film « qui interprète le mieux l’esprit de communication entre les peuples et les cultures », ne trouve pas preneur, à nos yeux) :
Léopard d’Or : Folie Privée
Léopard d’Argent : Yasmin
Léopard d’Argent du meilleur premier ou deuxième long-métrage : Poster Boy
Léopard pour la meilleure interprétation féminine : Archie Panjabi dans Yasmin
Léopard pour la meilleure interprétation masculine : Roschdy Zem dans Ordo et Kris Cuppens dans Folie Privée
Mention spéciale : Einar Marell, responsable du son d’En Garde

Palmarès du 57e Festival International du Film de Locarno

Léopard d’Or : Private
Prix Spécial du Jury : Tony Takitani
Léopard d’Argent : En Garde
Léopard d’Argent du meilleur premier ou deuxième long-métrage : Dastan Natamam
Léopard pour la meilleure interprétation féminine : Maria Kwiatowsky et Pianr Erincin dans En Garde
Léopard pour la meilleure interprétation masculine : Mohammad Bakri dans Private

Bien que nos trois films préférés ne soient pas primés, on est quand même plutôt rassuré par un palmarès qu’on craignait très « UNESCO ». Si la récompense attribuée à Dastan Natamam relève de cet ordre d’idée, les Léopards d’interprétation sont mérités et le Léopard d’Argent à En Garde salue une jeune et prometteuse cinéaste. En revanche, on s’interroge sur la capacité du Jury à respecter la destination de son Prix Spécial, ne voyant nullement en quoi Tony Takitani « interprète le mieux l’esprit de communication entre les peuples et les cultures ». Enfin, le Léopard d’Or attribué à Private (assez prévisible depuis la standing ovation consécutive à sa projection) est un moindre mal, là où on redoutait que soient couronnés Black Friday ou Forgiveness, films autrement plus obscènes et/ou dramatisants.

Dates de sortie :
- Pourquoi (pas) le Brésil ? : 15 septembre 2004
- Ordo : 15 septembre 2004
- André Valente : 26 janvier 2005
- Gardien de Buffles : 23 mars 2005
- Private : 6 avril 2005
- Yasmin : 6 avril 2005
- Antares  : 21 décembre 2005
- Tony Takitani : 25 janvier 2006

François Bousquet
le 20/08/2004

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