Festival du Cinéma Allemand 2004

 réalisateur

Sylke Enders

Romuald Karmakar

 date

du 06/10/2004 au 12/10/2004

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

L’Arlequin / Romuald Karmakar / Sylke Enders

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Comme chaque année, on reprend, en octobre, la direction de L’Arlequin pour le Festival du cinéma allemand qui permet à la fois de découvrir les productions les plus récentes, mais aussi de faire le point sur l’état du cinéma germanique en France. Si 2003 avait été l’année de la renaissance avec le large succès populaire de Good Bye Lenin !, 2004 semble avoir été l’année de la reconnaissance avec la multiplication des sorties, sur nos écrans, des films d’Outre-Rhin. On a ainsi pu voir, depuis janvier, aussi bien une sympathique comédie douce-amère (Chère Martha) que l’Ours d’Or du dernier Festival de Berlin (Head-On) en passant par trois films présents ici l’an passé : Rosenstrasse, l’intéressant Au loin, les Lumières et le magnifique Bois Lacté, salué comme il le mérite par une presse unanime.
Pour cette neuvième édition, la découverte de la programmation nous avait un peu laissé sur notre faim avec l’absence conjuguée de Marseille d’Angela Schanelec, qui s’était illustré cette année à Un Certain Regard, et de Napola de Dennis Gansel, remarqué cet été au festival de Karlovy Vary en République Tchèque. Ces déceptions préalables furent malheureusement corroborées par une sélection bien faible où les meilleurs films furent, d’une part, celui qu’on avait vu il y a deux mois à Locarno (En Garde d’Ayse Polat) et, d’autre part, Stratosphere Girl.

Second film allemand en compétition en février dernier à Berlin, Et la Nuit Chante de Romuald Karmakar est un huis clos où un couple se déchire pendant toute une nuit. Inspiré d’une pièce du dramaturge norvégien Jon Fosse, on y retrouve les mêmes qualités et défauts que l’on constatait l’an passé au Théâtre de la Colline où on put voir ses Variations sur la Mort : dispositif impeccable (hiératisme du cadre, subjectivité récurrente du point de vue) mais livret abscons (phrases répétitives, personnages désespérant de passivité, signifiant passant, a minima, au second plan) qui entraîne, dès lors, un fort sentiment d’inconfort chez son spectateur. Pour notre part, comme l’an passé, nous sommes restés extérieurs à ce qui apparut néanmoins comme un brillant exercice de style.

Présentés à la Berlinale dans la section Panorama (la grande section parallèle du festival), Parfum d’Absinthe et Stratosphere Girl n’ont pas grand-chose en commun. Le premier, second long-métrage d’Achim Von Borries, est un drame romantique à la Musset (quatuor amoureux, vision du suicide comme moyen d’arrêter la vie à son zénith, étude quasi-entomologique des émois de jeunes gens) plombé par une esthétique télévisuelle : image ultra-lêchée, scènes d’amour avec héroïnes dénudées toutes les vingt minutes, personnages secondaires inexistants et anachronismes récurrents (un DJ chargé d’animer une garden-party dans l’Allemagne de Weimar). Le second, polar sophistiqué à Tokyo avec pour héroïne une jeune belge dessinatrice de BD, venue par amour au Japon et se retrouvant hôtesse dans un bar. Servi par une bande-son de haute tenue (Nils Peter Molvaer, Blonde Redhead) et par une bonne intégration des dessins à l’histoire (faisant tantôt office de story-board, tantôt d’illustration de la pensée de l’héroïne), le film de M. X. Oberg est un très honnête film de genre même s’il souffre par moments, par certains plans, de la comparaison avec Lost in Translation (les travellings nocturnes avec jeune fille à la fenêtre du taxi sont beaucoup plus émouvants avec Scarlett Johansson et Loveless de My Bloody Valentine).

Egalement projeté à Berlin, Kroko est un portrait d’adolescente rebelle devant purger une peine pour larcins divers dans un foyer d’handicapés mentaux. Si Sylke Enders, dont c’est le premier long-métrage, évite judicieusement pathos et voyeurisme, c’est pour tomber dans un politiquement correct regrettable : « rédemption » évidente de l’héroïne et manichéisme forcé (les handicapés sont tous très gentils alors que la bande de voyous avec lesquels l’adolescente traîne sont sans-cœur, sauf un jeune garçon obèse).

Sélectionnés à Venise dans la principale section parallèle (Contro-corrente, devenue Orizzonti en 2004) ces deux dernières années, Schultze a le blues et Une famille allemande ne parvinrent pas à élever le niveau. Dans le premier, on s’ennuie ferme en suivant Schultze, mineur en pré-retraite qui s’occupe comme il peut avant de partir découvrir les Etats-Unis ; gags poussifs et composition trop mutique pour être honnête lestent constamment le film de Michael Schorr. Moins monotone, Une famille allemande s’apparente à un American Beauty germanique mettant en scène trois frères : l’un est obsédé sexuel, l’autre assiste à la dégénérescence de sa famille qu’il pensait bien rangée tandis que le troisième est un travesti torturé. Naviguant constamment entre premier et second degré à l’image du discours tenu par ses personnages, le film d’Oskar Roehler éprouve une difficulté à se situer qui pourrait être une force mais qui, en réalité, le dessert.

Enfin, Deux Jours d’Espoir est un de ces téléfilms historico-pédagogiques plutôt bien troussés mais lestés par les contraintes du prime-time. S’il était intéressant de mettre la lumière sur un épisode peu connu ici (la grande grève ouvrière de 1953 à Berlin-Est réprimée par les troupes soviétiques et cause, entre autres, de l’érection du mur), Peter Keglevic aurait pu nous épargner une dramatisation parfois démesurée et s’affranchir des 90 minutes réglementaires pour s’intéresser davantage aux enjeux politiques et laisser un peu de côté les atermoiements personnels des protagonistes. Ouvertement réalisé pour le plus grand nombre, Deux Jours d’Espoir récolta, sans surprise, le Prix du Public de cette neuvième édition dans l’ensemble décevante.

Si les longs-métrages, outre les exceptions que furent En Garde et Stratosphere Girl, ne furent guère réjouissants, il en fut tout autrement des courts-métrages. En effet, pour la première année, l’équipe du festival a décidé de présenter, en ouverture de plusieurs séances, une sélection de courts-métrages récents. On put donc voir Ne pas déranger s.v.p. de Paul Schwarz, où une femme de chambre d’un grand hôtel navigue de chambre en chambre sur un air du Peer Gynt d’Ibsen en répétant à l’envi les mêmes gestes, en chorégraphiant tous ses mouvements et en rendant gracieux la remise en l’état des lits. A la fois poétique et décalé (par sa chute finale), ce court-métrage laisse entrevoir un intéressant avenir pour son auteur.
De la même manière, on suivra l’évolution d’Ulrike Von Ribbeck (qui, gage de qualité, avait auparavant réalisé un premier court-métrage, en collaboration avec Benjamin Heisenberg, auteur de L’Opportunité, court-métrage qu’on avait pu apprécier à la reprise du palmarès des Premiers Plans d’Angers 2004, et co-scénariste du Bois Lacté), réalisatrice de Charlotte, portrait d’une jeune femme sans ressource aucune dans Berlin, tentant de reconstruire sa vie après plusieurs mois passés à New-York, reprenant contact avec d’anciennes amis et des amants passés. Naturalisme cru, absence de voyeurisme ; de complaisance ou de jugement, simple constat d’une situation sans issue ; si seulement les longs-métrages cette année auraient pu davantage ressembler à Charlotte
Troisième et dernier court-métrage que nous visionnâmes, Poème Urbain de Jörn Staeger s’intéresse aux éléments architecturaux d’une grande ville allemande. S’il use d’un procédé éprouvé par les vidéo-clips (faire le point sur un objet fixe et diffuser en accéléré les gens qui circulent à proximité de celui-ci), le réalisateur le dédouble brillamment en floutant légèrement les éléments immobiles de telle sorte qu’une distance supplémentaire s’instaure et qu’on a l’impression de visionner un film en 3D. Poème Urbain augure donc bien du futur de ce remarquable plasticien que semble être Jörn Staeger.

Dates de sortie :
- Parfum d’Absinthe : 1er décembre 2004
- Schultze a le blues : 26 janvier 2005
- Une famille allemande : 16 mars 2005

François Bousquet
le 15/10/2004

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