Festival du Cinéma Allemand 2005

 réalisateur

Dani Levy

Esther Gronenborn

Isabelle Stever

 date

du 12/10/2005 au 18/10/2005

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

Dani Levy / Esther Gronenborn / Isabelle Stever / L’Arlequin

 dans la même rubrique
du 26/05/2016 au 05/06/2016
Quinzaine des Réalisateurs 2016 - Reprise de la sélection
(Forum des Images)
du 22/01/2016 au 31/01/2016
Festival Premiers Plans d’Angers 2016 - Reprise du Palmarès
(Forum des Images)
du 28/11/2015 au 06/12/2015
EntreVues - Festival International du Film de Belfort 2015 - (...)
(Cinémathèque Française)
du 22/11/2014 au 30/11/2014
EntreVues - Festival International du Film de Belfort 2014 - (...)
(Luminor Hôtel de Ville)

Alors que l’année 2005 avait permis la consécration, en France, d’un cinéma allemand exigeant (avec la sortie en février dernier de trois films sous la bannière « Nouvelle vague allemande » et la présence, à Un Certain Regard, des films de Christoph Höchhäusler - réalisateur de Le Bois Lacté - et Benjamin Heisenberg - scénariste du même film et auteur d’un très bon court-métrage L’Opportunité -), on espérait vivement retrouver, pour le dixième anniversaire du festival automnal, trois films présentés à Cannes et Berlin : Falscher Bekenner et Schläfer évoqués à l’instant et Gespenster de Christian Petzold (Contrôle d’Identité, Rencontres Dangereuses, Wolfsburg) en compétition à la Berlinale. Malheureusement, comme l’an dernier du reste, grande déception à la découverte du programme : aucun de ces trois longs-métrages n’était prévu pour la traditionnelle semaine parisienne. Force fut alors de se rabattre sur d’autres films et notamment les deux autres sélectionnés en compétition à Berlin.

Lauréat de l’Ours d’Argent (et du Prix Coup de Cœur du Public lors de cette semaine parisienne), Sophie Scholl les derniers jours de Marc Rothemund est un film historique ultra-classique, apportant un éclairage intéressant sur un épisode pas forcément très connu de la seconde guerre mondiale (la résistance des étudiants de Munich au sein du groupe « La Rose Blanche ») servi par des acteurs performants (Julia Jentsch a été primé, à la Berlinale, pour son interprétation dans le rôle-titre) et une mise en scène sans fioritures (la majeure partie du film développant le thème du huis clos, des bureaux de la Gestapo à la cellule de prison). Hélas, les scories habituelles répondent également à l’appel : musique dramatisante, propos trop souvent insistant et récurrence accentuée des dialogues prémonitoires (« L’Histoire se souviendra de nous » se répètent les jeunes pour se motiver, « Bientôt c’est vous qui serez jugés » lancent-ils au Tribunal qui décide de leur exécution, etc…) si bien qu’on vient presque à se demander s’ils n’ont pas été réécrits a posteriori.

Troisième film allemand en compétition à Berlin, One Day in Europe narre la journée de la finale de Ligue des Champions entre le Galatasaray Istanbul et le Deportivo La Corogne vue de quatre villes différentes : Moscou (où a lieu le match), Istanbul, Saint-Jacques-de-Compostelle et Berlin. Dans chaque ville, le match tient lieu de fil rouge pendant que des étrangers (respectivement une Anglaise, un Allemand, un Hongrois et un couple de Français) ont affaire à la police pour des histoires (réelles ou inventées) de vol. Agissant par coups de force scénaristiques (du postulat de départ - il n’y a jamais eu de telle rencontre en finale de Ligue des Champions - aux situations arrangées pour que chaque personnage soit confronté à des situations similaires et notamment aux difficultés liées aux différences de langue), le film d’Hannes Stöhr souhaite signifier l’incompréhension et l’incommunicabilité entre les Européens, mais aussi le fait qu’où que nous soyons, nous nous trouvons tous face à des événements identiques ; c’est beau comme du Maxime Le Forestier.

Présenté hors-compétition à la Berlinale, M. Zucker joue son va-tout est une comédie communautariste à l’argument simplissime : pour toucher l’héritage de leur mère, deux frères juifs (l’un orthodoxe, l’autre ayant renié tout précepte de vie) doivent passer sept jours ensemble et se réconcilier après quarante ans de brouille. Sur ce canevas déjà vu des dizaines de fois, où l’on brocarde gentiment la religion, Dani Levy réussit un bon divertissement de samedi soir qu’il parvient même à perturber par quelques touches sortant des sentiers battus (les cousins ont, par exemple, des relations sexuelles entre eux).

La veine naturaliste est pour le cinéma allemand, on avait pu le souligner les années précédentes, celle qui donne les meilleurs résultats. Malheureusement, poussée à l’extrême, elle peut également provoquer des ratages comme Gisela, second long-métrage d’Isabelle Stever où une jeune femme passe de son amant à l’ami de celui-ci, les deux baignant dans un nihilisme destructeur, ne la considérant que comme un tas de chair et poussant le mépris à son paroxysme. D’une complaisance crasse envers ses personnages masculins ivres de bout en bout, le film ne parvient jamais à évoquer le point de vue de Gisela, presque absente à elle-même tout du long.

Moins raté, Tout ira bien (Netto), premier long-métrage de Robert Thalheim et histoire ultra-balisée d’une relation père-fils, évoque le quotidien d’un homme divorcé, chômeur, dépressif et alcoolique qui reprend goût à la vie quand son fils de quinze ans revient vivre chez lui. Une fois les passages obligés effectués (amourette de l’adolescent, entretien d’embauche du père), le film peut se clore par un semi-happy end qui prend minutieusement soin de rester dans un entre-deux indécis.

Autre chronique du quotidien, Adil s’en va d’Esther Gronenborn, narre la vie de quatre immigrés albanais entre peur de l’expulsion, flirts et danse hip-hop. À l’évidence destiné au public adolescent (musique omniprésente, concours de danse occupant l’intégralité du dernier quart d’heure, épanchements amoureux multiples), ce long-métrage aurait pu être autre chose qu’une sitcom rallongée s’il avait davantage insisté sur sa dimension politique.

Probablement le plus satisfaisant des longs-métrages que nous avons pu voir, La main dans le sac, premier film de Florian Schwarz, concentre en une nuit le destin de trois personnages qui vont se croiser et se recroiser dans Leipzig. Si le déterminisme du scénario est un peu trop poussé et le propos général pas des plus originaux, le réalisateur parvient à rapidement installer une atmosphère glauque seyant particulièrement bien au destin des protagonistes. À cet égard, l’intégration d’images issues des caméras de surveillance et le jeu sur les focales permet au metteur en scène de s’interroger sur le besoin de contrôle de la société.

Calibré à l’extrême et idéale introduction à un débat sociétal de deuxième partie de soirée sur l’accompagnement de la fin de vie, Le dernier voyage de Maria de Rainer Kaufmann met en présence une septuagénaire atteinte d’un cancer en phase terminale et désirant vivre ses derniers jours dans sa ferme et non à l’hôpital. Si pathos et complaisance sont plutôt évités (Maria est acariâtre, têtue et réfractaire aux traitements), les ressorts de cette dramatique télévisée sont, eux, bien présents : image ultra-léchée, infirmière angélique qui tombe amoureuse d’un des fils de Maria et réconciliation de ses deux fils à son agonie. Tout aussi formaté, Le Pêcheur et sa Femme de Doris Dörrie, est une énième comédie sentimentale sur la difficulté à concilier, pour les femmes d’aujourd’hui, vie de famille et réussite professionnelle. Restant bien sagement dans les canons du genre, le film nous arrache pourtant quelques sourires et se signale par une bande-son indie-pop soignée (Interpol, Maxïmo Park, Keren Ann, Beachwood Sparks, St Thomas).

Comme l’an passé, la sélection de longs-métrages s’est donc révélée, dans l’ensemble, bien faible et il fallut s’intéresser aux courts-métrages pour découvrir des oeuvres prometteuses. Touchant à un sujet délicat, Petit lapin dans la fosse d’Hanna Doose est de celle-ci : un pré-adolescent découvre que son père s’intéresse d’un peu trop près à sa petite soeur. Épousant avec une grande justesse de ton le point de vue du garçon, le film parvient à mettre en scène ses interrogations, sa rage, son sentiment de dégoût et de culpabilité.

Plus léger, le muet Matin charmeur joue sur le comique de répétition : chaque matin, un homme attend le tramway et observe les gens autour de lui ; quand une jeune femme attire son regard, il modifie son apparence physique le lendemain (coiffure moins ébouriffée, tenue moins classique). Soulignant aussi bien le ridicule de l’homme en train de draguer que la versatilité de celui-ci (quand il apprend que la jeune femme est déjà en couple, il s’intéresse à une autre), Thomas Fröhlich réussit un film à la fois désespéré et réjouissant.

Moins réussi (mais restant toutefois bien au-dessus des longs-métrages) Le Vent du Voyage de Philipp Wolf n’arrive pas à complètement transcender un argument intéressant : une jeune femme s’allonge dans un train-couchette ; à la gare suivante, un couple s’installe à côté d’elle, l’homme se trouve donc au milieu de deux femmes et va tromper la sienne avec la première. Bien que l’absence de dialogues s’avère probante et que le réalisateur parvient à capter le côté “hors du temps” d’un voyage nocturne en train, le gros grain de l’image et un travail au cadre pas très emballant empêchent ce court-métrage de se révéler pleinement convaincant.

La programmation du festival sera reprise à Lyon, Marseille et Toulouse.

Dates de sortie :
- Sophie Scholl les derniers jours : 12 avril 2006
- Tout ira bien : 16 mai 2007

François Bousquet
le 19/10/2005

À lire également

du 29/09/2010 au 05/10/2010
Festival du Cinéma Alleman
(L’Arlequin)
du 02/10/2002 au 09/10/2002
Festival du Cinéma Alleman
(L’Arlequin)
du 15/10/2008 au 22/10/2008
Festival du Cinéma Alleman
(L’Arlequin)
du 15/10/2003 au 21/10/2003
Festival du Cinéma Alleman
(L’Arlequin)