Quinzaine des Réalisateurs 2006 - Reprise de la sélection

 date

du 31/05/2006 au 06/06/2006

 salle

Cinéma des Cinéastes,
Paris

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Poursuivant sa programmation « hors les murs » (pour cause de travaux), le Forum des Images se délocalise au Cinéma des Cinéastes pour sa traditionnelle reprise de la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs cannoise. Une fois encore, cette dernière a reçu l’éloge d’une bonne partie de la presse pour un choix aussi pertinent qu’audacieux. Comme l’an passé, nous vîmes six films sur les vingt-deux longs-métrages proposés.

Récipiendaire de la Caméra d’Or (cette distinction récompensant le meilleur premier film du festival, toutes sélections confondues), 12:08 à l’Est de Bucarest (A Fost Sau N-A Fost ?) du Roumain Corneliu Porumboiu revient sur la Révolution de 1989 pour se demander si elle a bien eu lieu dans une petite ville de province. En effet, si les habitants sont sortis manifester après 12h08, heure de la fuite de Ceaucescu, il n’y a pas eu de Révolution dans cette ville ; si c’était avant, elle a bien eu lieu. Plutôt classique, voire cliché, dans sa première moitié qui dépeint le quotidien des trois principaux personnages (la vie des gens simples entre petites faiblesses et trahisons, coups bas et arrangements), le film devient nettement plus intéressant dans sa seconde quand se déroule l’émission de télévision locale où est posée cette question cruciale. À la fois drolatique (par son sujet et les interventions des téléspectateurs, appelés à témoigner et qui décrivent le professeur invité de l’émission comme un lâche ivrogne et non comme un courageux révolutionnaire) et révélateur (chacun découvrant que tout le monde s’épiait et se méfiait de l’autre), le long-métrage réussit donc à mêler avec brio satire et questionnement historique.

Également situé sur un terrain politique, Day Night Day Night, premier film de la Russe vivant aux États-Unis Julia Loktev, s’emploie à présenter une jeune femme kamikaze, destinée à se faire exploser, avec une bombe à clous dans son sac à dos, en plein Times Square. Choisissant de ne rien dévoiler sur les motivations de l’héroïne, ni sur celles du commando qui l’a recrutée, le film semble vouloir à tout prix contrebalancer la minceur de son scénario par un excès de formalisme qui vire parfois à la stylisation. Sont ainsi convoqués filtre bleuté (lors des préparatifs de l’attentat) puis photo naturaliste surexposée (lors des minutes fatidiques en plein New-York), cut-ups, caméra à l’épaule ou jeu sur le son avec isolement de la respiration de la jeune fille. Mettant également en parallèle la maniaquerie de la propreté de cette dernière et la méticulosité de la préparation de l’attentat (des précautions prises par le commando à la tenue vestimentaire en passant par l’apprentissage de sa nouvelle identité), le film parvient à donc intriguer et décevoir en même temps.

Autre premier film, Libero (Anche Libero va bene) est l’œuvre de Kim Rossi Stuart, Italien surtout connu en tant qu’acteur (récemment encore, il tenait le rôle principal - « Le Froid » - dans Romanzo Criminale). Chronique de la vie familiale vue par le biais d’un enfant d’une dizaine d’années, le long-métrage présente tous les ingrédients du récit d’apprentissage : relation conflictuelle au père, amourette non assumée, brimades des camarades de classe, rapports entre amour et jeu du docteur avec sa sœur, jardin secret cultivé, compétitions sportives. Dans le même temps, le film ne rechigne pas à quelques éléments typiques de tout film « social » (mère absente, problèmes financiers de la famille, amitié avec un voisin issu d’un milieu aisé). Pour autant, alors que le pire était à craindre et que l’ombre du téléfilm tire-larmes se profilait, le réalisateur parvient à transcender l’ensemble grâce au jeu impeccable des comédiens (Alessandro Morace dans le rôle du garçonnet, Rossi Stuart lui-même dans celui du père), à une volonté de sortir les enfants de la dualité classique angélisme/infernaux et à un sage découpage des scènes, laissant de côté toute exposition pesante et faisant durer chaque séquence.

Il avait été reproché, à l’annonce de la sélection officielle de Cannes, l’absence de film allemand en compétition (il faut dire que la plupart des réalisateurs allemands importants avaient présenté leur film à Berlin ou n’avaient pas de nouvelle production à proposer) ; cet impair avait été rattrapé par la Semaine de la Critique et la Quinzaine avec la présentation d’un long-métrage germanique dans chacune des sélections. À la Quinzaine, ce fut L’Été 2004 (Sommer ’04 an der Schlei), second film de Stefan Krohmer. Nils, 15 ans, invite en vacances chez ses parents sa copine, Livia, presque 13 ans, nettement plus mature que lui ; très vite intégrée par la famille, l’adolescente va succomber au charme de Bill, voisin d’une trentaine d’années. Si on pouvait craindre une énième variation sur la figure de Lolita, Krohmer s’en sort en confrontant cette dernière à des parents bobos à la philosophie libertaire. En effet, comment interdire toute relation, même platonique, entre Livia et Bill, alors qu’ils prônent, dans le même temps, la libre éducation et font preuve d’une grande permissivité ? Marqué par un sens certain de l’ellipse (un peu trop développé même sur la fin), le film interroge donc sur la cellule familiale en parvenant à se faire aussi grinçant qu’esthétiquement léché. L’Été 2004 constitue dès lors une nouvelle révélation de ce cinéma allemand qui n’en finit pas d’explorer le couple et la famille (après les films de Christian Petzold, Christoph Hochhäusler ou Henner Winckler) avec justesse et réussite.

Deux films français pour terminer cet aperçu avec tout d’abord Dans Paris, troisième réalisation de Christophe Honoré. Paul (Romain Duris) en proie à une rupture amoureuse se réfugie chez son père, à Paris, où vit également son jeune frère Jonathan (Louis Garrel) qui va essayer de lui remonter le moral en lui faisant vivre, par téléphone portable puis en lui racontant, sa virée dans la capitale. Témoignant d’une volonté de mener de front une ambiance plutôt maussade (rupture amoureuses, pulsion suicidaire, climat familial peu propice à la fête) et moments nettement plus enlevés et enjoués grâce à l’espièglerie de Jonathan, le long-métrage fonctionne parfois très bien mais s’avère aussi déconcertant à d’autres moments, voire un peu raté. En effet, autant les rencontres, la joie de vivre et la bonne humeur de Jonathan sont dépeintes avec une liberté et une légèreté qui colle parfaitement au personnage (malgré l’accumulation de références : il lit Franny et Zooey de JD Salinger après l’amour dans une scène rappelant directement Domicile Conjugal de Truffaut, un travelling le suit courant sur un pont comme dans plusieurs films de ce dernier, les discussions post-rohmériennes sont légion ainsi que les clins d’œil à l’univers de Jacques Demy, etc...), autant les échanges entre Paul et son père se révèlent pesants, enfermés dans le cadre de l’appartement, rentrés sur eux-mêmes. Ajoutons à cela vingt premières minutes peu évidentes à appréhender, faites de flashes-forwards et flashes-backs, et on obtiendra un film à la fois souvent très emballant (le contre-emploi, instrument certes facile mais diablement efficace, fonctionne ici à plein : à Louis Garrel l’insouciance et le libertinage, à Romain Duris les tourments intérieurs), parfois très émouvant (la scène au téléphone entre Paul et son ex) et, en même temps, quasi-vain par moments.

Arrivés à Cannes auréolé d’une attente légitime compte tenu du procès dont avait l’objet son auteur, Les Anges Exterminateurs narre justement la recherche par un réalisateur de comédiennes pour son nouveau projet : un film autour du désir féminin et de la recherche de l’orgasme. Là où on pouvait craindre de la part de Jean-Claude Brisseau un film-plaidoirie, tout entier dévolu à sa cause, on assiste à une nouvelle variation sur ce thème du désir qui lui est cher. Ainsi les scènes érotiques de masturbation ou de saphisme ne versent jamais dans la gratuité mais s’inscrivent au contraire dans cette recherche de compréhension, tout en dégageant une sensualité picturale certaine. Si, comme souvent chez Brisseau, les comédiennes donnent l’impression de mal jouer lorsqu’elles disent leur texte, comme si elles étaient perpétuellement en représentation, il ne s’agit là, de la part du réalisateur, que d’un nouvel artifice destiné à accentuer encore le trouble du spectateur qui ne parvient guère plus à faire la part des choses entre ce qui est inspiré des déboires judiciaires de l’auteur, ce qui est de la fiction au premier degré (les jeunes filles sont des personnages) ou au second (les jeunes filles sont des personnages qui jouent des comédiennes passant des essais).

Dates de sortie :
- Les Anges Exterminateurs : 13 septembre 2006
- Dans Paris : 4 octobre 2006
- Libero : 8 novembre 2006
- 12:08 à l’Est de Bucarest : 10 janvier 2007
- Day Night Day Night : 4 avril 2007

François Bousquet
le 11/06/2006

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