Paris Cinéma 2006 - Les Rencontres

 réalisateur

Christoph Hochhäusler

Henner Winckler

 date

du 28/06/2006 au 11/07/2006

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

Christoph Hochhäusler / Henner Winckler / L’Arlequin

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Anciennement placées début novembre, les Rencontres Internationales du Cinéma de Paris ont été déplacées en juillet avec la mise en place de Paris Cinéma (ce grand raout fourre-tout voulu par la mairie de Paris - comme si la capitale ne proposait pas déjà plusieurs dizaines de festivals ou manifestations par an -). Devenues sélection officielle de cette quinzaine institutionnelle, les Rencontres présentent cette année, à côté d’une compétition de quinze films, plusieurs avant-premières, ateliers et coups de projecteur dont un retint particulièrement notre attention car dédié à « L’embellie allemande ».

La compétition

Tentant de conserver son esprit initial de découverte, la compétition des Rencontres se fit fort de proposer des films venus de pays très divers (Suisse, Espagne, Mali, Russie, Autriche, Singapour et les plus classiques France, Allemagne, États-Unis et Iran). Pourtant, la difficulté de dénicher des œuvres non encore exposées se fit jour puisque, cette année, la moitié des films de la compétition venaient en ligne directe du festival de Berlin, deux autres étaient à Cannes et encore deux à Rotterdam en janvier dernier. Aperçu d’ensemble avec quatre films.

Sélectionné en compétition à Berlin, C’est l’Hiver du cinéaste iranien Rafi Pitts échappe à ce symbolisme qui, trop souvent, plombe les films perses. Narrant l’histoire de Kathoun, à la recherche d’un emploi et intéressé par une jeune femme abandonnée par son mari, le long-métrage réussit en effet à s’interroger, de manière intéressante, sur la nécessité à trouver un travail pour exister socialement par le biais de ce personnage qui, à peine employé, se fâche avec ses patrons. Moins convaincant dans sa peinture des relations extra-professionnelles (avec la jeune femme ou avec un ami rencontré sur un de ses lieux de travail), le film démontre par ailleurs quelques qualités plastiques non négligeables (particulièrement pour les paysages urbains ou les rails de train sous la neige).

Après un premier film nerveux et racé, 15, salué par la critique internationale mais jamais sorti en salles françaises, le Singapourien Royston Tan revient avec 4h30, second long-métrage, présenté au Panorama, section parallèle de la Berlinale, dans lequel il opte pour un minimalisme très étudié. En effet, désireux de décrire la relation d’un enfant de onze ans avec son co-locataire coréen d’une trentaine d’années, le réalisateur choisit la voie de l’ascétisme (quasi-absence de dialogue, plans fixes, séquences répétitives) même si certaines scènes basculent avec réussite dans une forme de burlesque. Plutôt attendu dans ses principaux enjeux narratifs (recherche d’un père de substitution, sentiment d’admiration, impressionnabilité) soulignés par un tournage qui épouse le point de vue de l’enfant, 4:30 se fait plus pertinent lorsqu’il s’attache, en creux, à la solitude de ces deux personnages et en profite pour s’arrêter sur l’extrême solitude de cette jeunesse aux récurrentes pulsions suicidaires.

Présenté au Forum, autre section parallèle berlinoise, In Between Days, premier film de la Coréenne vivant à Los Angeles So Yong Kim, y reçut le prix de la FIPRESCI. Probablement autobiographique, le long-métrage colle à Aimie, son héroïne d’une vingtaine d’années, Coréenne venant d’arriver aux Etats-Unis et qui tombe amoureuse de son meilleur ami. Revenant sur deux sujets de cinéma éternels (la délocalisation et les relations fille-garçon ou, dans les deux cas, comment trouver sa place ?), le film parvient à intéresser en croisant ces deux thèmes et en tablant sur une réelle sincérité, renforcée par une image naturaliste et une caméra au plus près de la jeune fille.

Primé à Rotterdam et salué à Sundance, Old Joy, second long-métrage de l’États-unienne Kelly Reichardt présente en effet tous les atours du film US indépendant calibré : argument minimal (deux copains d’enfance aux trajectoires opposées se retrouvent pour une excursion en montagne), tournage en DV, casting et équipe de film arty (Will Oldham dans le rôle de Kurt, errant de ville en ville, sans attaches, Yo La Tengo pour la musique et Todd Haynes à la production). Pourtant, le film dégage une grâce certaine, comme traversé par une quiétude et une sérénité sans pareille (les travellings sur les montagnes de l’Oregon, filmées de la voiture des compères, sur fond de Yo La Tengo, sont une des plus belles choses qu’il soit). Touchant et juste, évitant le piège du sentimentalisme, Old Joy émeut et convainc, notamment par l’adéquation idéale entre ses personnages, doutant un peu l’un de l’autre au début avant de se retrouver pleinement à la fin, et la nature, filmée comme légèrement hostile avant d’être magnifiée au bout d’une heure.

L’embellie allemande

Alors qu’on ne compte plus les articles et mini-dossiers consacrés à cette « nouvelle vague » germanique (souvent intéressants - l’article d’Élisabeth Lequeret dans les Cahiers du Cinéma de février, le dossier de Positif en avril - parfois moins), ce coup de projecteur présente un caractère légèrement opportuniste un rien gênant. Demeure néanmoins la possibilité de voir de beaux films (la localisation, pendant les travaux du Forum des Images, des Rencontres à l’Arlequin dotant ce panorama d’une certaine légitimité, la salle de la Rue de Rennes étant en pointe sur le terrain du cinéma d’outre-Rhin avec l’annuel Festival du cinéma allemand et les Samedis du cinéma allemand, organisés depuis le début de l’année).

Parmi les sept long-métrages présentés, Le Bois Lacté de Christoph Hochhäusler, Gespenster de Christian Petzold et Marseille d’Angela Schanelec ont déjà pu être évoqués avec un intérêt certain dans ces pages. Restaient donc quatre films (qui, par une coïncidence tout sauf hasardeuse sont les seconds de leurs auteurs) : L’Imposteur (déjà sorti en salles), Lucy, Sehnsucht et Montag (que nous ne vîmes malheureusement pas).

L’Imposteur, nouvelle réalisation de Christoph Hochhäusler, constitue une réussite moins éclatante que Le Bois Lacté. Travaillant là encore la culpabilité de l’Allemagne et le trouble d’une jeunesse, hésitante sur ses orientations (professionnelles, personnelles, sexuelles), le film fait assez rapidement ressentir un malaise certain qui servirait plutôt le film, étant bien en adéquation avec son sujet (les difficultés d’Armin, jeune de 18 ans, à trouver un emploi et à définir sa place au sein de sa famille). Bénéficiant également d’un montage assez habile, nous faisant douter sur la nature de plusieurs scènes (fantasmes ou réalité ?), L’Imposteur joue clairement sur cette ligne de partage non distinctement identifiée et qui participe du malaise stigmatisé précédemment.

Présenté en compétition à la dernière Berlinale, Désir(s) (Sehnsucht) de Valeska Grisebach y fut très bien accueilli malgré son aspect a priori peu engageant : argument minime (un couple tranquille dans une petite ville de campagne, l’homme passe une nuit avec une autre femme à l’occasion d’un déplacement, à son retour au foyer, il sent bien que rien n’est plus comme avant), acteurs non professionnels, mise en scène d’un naturalisme quasi-clinique. Pourtant, le film impressionne par sa capacité à capter les moindres changements sur le visage des personnages (tel regard dans le vide, tel sourcillement, tel clignement d’œil, telle expression), perçus comme révélateurs de leur état d’esprit, plus que par un recours à de longues discussions. Peut-être le film force-t-il un peu trop sa volonté universaliste : le choix de comédiens non professionnels sensé opérer un rapprochement avec le spectateur, l’intervention d’enfants à la fin qui racontent l’histoire que l’on vient de voir afin d’en faire une sorte de fable intemporelle. Néanmoins, c’est grâce à cette universalité que Désir(s) parvient en définitive à échapper à la sécheresse et l’ascétisme qui le guettaient et à apparaître comme un film véritablement humain.

Nouveau long-métrage d’Henner Winckler (après l’excellent Voyage Scolaire, apprécié lors de sa sortie en salles l’an passé, sous la bannière « Nouvelle vague allemande »), Lucy, présenté en février dernier au Forum de la Berlinale, narre le quotidien de Maggy, mère adolescente de la petite Lucy. Si l’immaturité (sociale, parentale, affective) de Maggy est mise en avant, le film ne dédaigne pas toute empathie avec un personnage qui, malgré son irresponsabilité chronique, apparaît plutôt sympathique par son côté « oisillon tombé du nid » et ses réactions encore enfantines par moments. On retrouve ainsi la faculté de Winckler à s’attacher à des adolescents qui, malgré un horizon quelque peu bouché et une construction cyclique ramenant Lucy systématiquement au domicile de sa mère, essayent de s’extirper de ce déterminisme. Démontrant une belle capacité à tenir son film et à diriger ses acteurs, bien que ne disposant pas de fil narratif véritable, le réalisateur confirme, avec Lucy, cette place de premier choix qu’on lui avait attribué après son précédent effort.

Dates de sortie :
- L’Imposteur : en salles depuis le 10 mai 2006
- Lucy : 19 juillet 2006
- 4h30  : 26 juillet 2006
- Old Joy : 25 juillet 2007
- Désir(s) : 3 octobre 2007

François Bousquet
le 13/07/2006

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