Philippe Parreno : 6 juin 1968 - 7 septembre 2009

 date

du 03/06/2009 au 07/09/2009

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Pompidou / Philippe Parreno

 liens

Centre Pompidou

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Décidément, après Richard Fauguet au Plateau, la mode est à l’anti-rétrospective, à la présentation, sous couvert d’un retracé du parcours personnel d’un artiste, d’œuvres peu connues et de nouvelles productions. Nouvelle preuve en est donnée avec 6 juin 1968 – 7 septembre 2009, monographie que le Centre Pompidou consacre à Philippe Parreno et qui ne montre ni son célèbre Zidane, un portrait du XXIe siècle réalisé avec Douglas Gordon, ni non plus de vidéos mettant en scène Ann Lee, ce personnage d’anime créé il y a une dizaine d’années. Conçue comme un chapitre, aux côtés de celles présentées jusqu’au printemps 2010 à Zürich, Dublin et New-York, cette exposition travaille néanmoins les thèmes habituels de l’artiste français.

Pour avoir longtemps réfléchi, avec ces amis de ce qu’on a appelé, dans les années 90, le mouvement de l’ « esthétique relationnelle », à la notion d’exposition, Parreno a également étudié les questions liées au point de vue, dont on trouve un large écho avec la demi-douzaine d’œuvres disposées dans la Galerie Sud du Centre. À cet égard, la traduction la plus transparente de ces préoccupations se révèle être June 8, 1968, film de huit minutes tourné en 70 mm et projeté sur un immense écran occupant une large part de la Galerie. Reconstituant le trajet réalisé par le train transportant le cercueil de Robert Kennedy de New York à Washington, le 8 juin 1968, deux jours après son assassinat, le film prend en quelque sorte la place du mort. La caméra installée sur le train balaye ainsi le paysage en de longs travellings, embrassant campagne, zones péri-urbaines et États-uniens se découvrant au passage du convoi ou prenant en photo cet événement. Hésitant entre fiction du réel (aucune enseigne de magasin, pancarte ou autre indication temporelle permet d’affirmer que le film a été tourné tout récemment, la caméra, hormis des panotages rotatifs, est fixe) et caractère factice assumé (il est évident que les personnes postées le long des rails sont des acteurs, l’image est trop bien léchée pour avoir quarante ans), le court-métrage se fait aussi attirant qu’envoûtant. Projeté dans une certaine pénombre grâce à des rideaux recouvrant les baies vitrées, le film se termine en permettant à l’exposition de passer en mode « jour » puisque les stores se relèvent et qu’on peut alors profiter, pendant les quelques minutes avant la nouvelle « séance », des autres créations de Parreno.

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No More Reality et Parade ?
(courtesy Centre Pompidou)

Avant d’en faire la recension, on est frappé par le bruit qui s’est installé dans la Galerie, si calme pendant la projection de June 8, 1968 ; de fait, des micros sont placés dans les rues entourant le Centre et des haut-parleurs installés dans la Galerie en diffusent en direct le résultat afin qu’au-delà de la perception visuelle, le spectateur (qui devient à la fois regardant et regardé) soit pleinement plongé dans l’environnement urbain. Perception et point de vue sont à nouveau convoqués avec Fade to Black, sérigraphie à l’encre phosphorescente qui ne s’avère visible que les stores baissés, avec No More Reality, série de marionnettes issues de posters reproduisant des œuvres d’art de la collection du Centre (un Klimt, un Picasso, un Lichtenstein, un Haring, un Modigliani, etc…), et avec le savoureux Fraught Times : C’est une œuvre d’art pendant onze mois de l’année et en décembre c’est Noël, sapin en fonte décoré de ses boules et guirlandes. Qu’est-ce qui distingue un objet domestique d’une œuvre d’art sinon sa perception ? idem pour un slogan de manifestation et une formule artistique ? ces deux catégories peuvent-elles même se fondre comme le suggèrent les Speech Bubbles, ces ballons en forme de phylactères, gonflés à l’hélium et collés au plafond de la Galerie en attendant que des syndicalistes y inscrivent leurs revendications ? Autant de questions qui nous absorbent au sortir de cette courte mais stimulante exposition.

Autres « chapitres » de la rétrospective Parreno :
- du 9 mai au 16 août 2009 : Kunsthalle - Zürich
- du 4 novembre 2009 au 24 janvier 2010 : Irish Museum of Modern Art - Dublin
- du 26 juin au 26 septembre 2010 : Bard College - Annandale-on-Hudson - New York

François Bousquet
le 12/08/2009

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