Udine Far East Festival 2007 - Corée

 date

du 20/04/2007 au 28/04/2007

 salle

Teatro Nuovo Giovanni,
Udine

 tags

Teatro Nuovo Giovanni

 liens

Teatro Nuovo Giovanni

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Dasepo Naughty Girls, de Je-Yong Lee (2006)
Teen-movie parodique ayant pour cadre un lycée de cancres. Le temps du pré-générique (où on apprend que le seul qui ne couche pas avec tout le monde, c’est parce qu’il est moche) et du générique (les majorettes dansent et les étudiants chantent dans les couloirs), le film nous a donné beaucoup d’espoir. C’était hélas le meilleur moment. Le film est né suite à des petits sketches diffusés sur l’internet où ils ont rencontré du succès. Il a le défaut auquel on pouvait s’attendre : le scénario est inexistant. L’histoire est une succession de saynètes en milieu scolaire, qui jouent sur les codes de ce genre de films. Le résultat est parfois drôle, mais souvent bien convenu. Sur le plan historique ou analytique, la période parodique d’un genre est souvent intéressante, surtout quand surgissent les premières parodies, où se mêlent l’amour du genre en question et le désir d’en bousculer les règles. Ce n’est déjà plus le cas ici, on cherche plutôt à capitaliser un succès informel grâce à un produit dont les modes de distribution sont bien maîtrisés.

Tazza : the High Rollers, de Choi Dong-Hoon (2006)
Goni (interprété par Cho Seung-Woo, figure modèle de jeune premier) est un joueur professionel de koi-koi, l’une des versions populaires des cartes hwatu, un jeu de carte similaire au hanafuda japonais. Le film raconte son histoire, depuis ses débuts dans le monde des paris clandestins à son apprentissage et ses parties contre les plus grands joueurs (tricheurs ?) de Corée.
Ce film est adapté d’une série de mangas, mais pour une fois c’est une réussite. Choi Dong-Hoon a re-créé une atmosphère très 70ies, avec des références appuyées à Kinji Fukasaku. L’image se fige et prend une teinte sépia : ce qui permettait à Fukasaku d’inscrire ses films de yakusa dans l’actualité en copiant une photo de journal devient ici une référence au manga, support original de l’oeuvre. Il réalise un film noir dans l’esprit des meilleurs oeuvres du maître japonais, en montrant les hauts mais surtout les bas de son héros. Bref du noir hard-boiled transposé au cinéma. Les seconds rôles sont également un des motifs de satisfaction, car très fouillés. On retiendra particulièrement l’interprétation de Kim Hye-Soo en femme fatale qui laisse peu à peu apparaître ses failles.

A Day For An Affair, de Jang Moon-Il (2007)
Une comédie sur l’adultère réalisée dans un pays où il est illégal. Deux femmes à l’allure de ménagères de moins de 50 ans (Kim Hye-Soo et Yoon Jin-Suh) se trouvent des amants en bavardant sur internet. Une assume complètement ses actes et veut s’amuser, l’autre sait moins ce qu’elle veut, et vit dans le fantasme d’une relation extra-conjugale tout en cherchant à repousser le moment du passage à l’acte. Bref, sur un tel scénario, on a ce à quoi on pouvait s’attendre : un vaudeville, avec force claquements de porte, de « Ciel mon mari ! », et de courses effrénées. C’est parfois amusant, souvent aussi on se demande ce qu’on fait là, mais surtout, il y a un léger problème de casting. Kim Hye-Soo ne peut pas interpréter la fleuriste du coin de la rue. En Europe, cela reviendrait à confier ce rôle à Monica Belluci. Ce n’est décidément pas crédible.

Bloody Tie, de Choi Ho (2007)
Un film noir dans les bas-fonds de Busan. Cela tourne autour de la relation entre un jeune dealer d’amphets, à ses heures informateur de la police, (Ryoo Seung-beom) et un flic corrompu et violent (Hwang Jeong-min) qui l’utilise pour faire tomber un caïd local. Si on y ajoute quelques seconds rôles, comme la jeune femme perdue dont le jeune truand pourrait tomber éperdument amoureux, ou le vieil oncle retiré des affaires à protéger, l’intrigue devient complexe, et le film est une bonne étude de caractères.
L’autre aspect très réussi est son côté néo-noir. On retrouve un peu l’esprit de films comme Pickup on South Street de Fuller ou Kiss me deadly d’Aldrich. Bloody Tie a bien sûr été un peu musclé (surtout au niveau du scénario), histoire d’en faire un blockbuster d’aujourd’hui et pas une série B d’il y a 50 ans, mais le côté sale et méchant est toujours là.

Roommates, de Kim Eun-kyung (2006)
Un lycée pour jeunes filles rebelles se targue de mener ses élèves au baccalauréat sans problème grâce à sa discipline de fer. Et en effet, l’équipe enseignante est intransigeante, et même sadique dans sa volonté continuelle d’humilier les élèves. D’ailleurs celles-ci ne se font déjà pas de cadeaux entre elles, et toute démonstration de gentillesse est considérée comme une faiblesse. Cependant, au cours de l’année scolaire, un mal encore plus dangereux apparaît... Que s’est-il passé trois ans auparavant quand l’établissement a été détruit par le feu ?
En mêlant teen-movie et film d’horreur, Kim Eun-kyung a sûrement trouvé un ticket gagnant. Paradoxalement, c’est la finesse et la qualité de traitement du film qui devraient le plomber au box-office (On est loin ici du « Shoot them all » à la Battle Royale). La lenteur avec laquelle le film glisse dans l’horreur est un modèle de piège tendu au spectateur. Il y a au début tout pour s’identifier aux héroïnes du film. les profs et les autres élèves sont plus effrayantes que dans la vie réelle bien sûr, mais pas plus que dans Harry Potter. Le film laisse beaucoup de place aux petites affaires de la vie scolaire, aux trahisons et aux jalousies entre copines, aux mauvaises notes et aux brimades. Sauf que tout ceci est vu à travers un prisme déformant, où la méchanceté paraît plus intentionnelle qu’elle n’est. Ce côté sadique du film, qui n’est pas sans rappeler les films de gangs de jeunes filles japonais des années 70 comme Girl Boss Sukeban, est une des très bonnes surprises de ce qui aurait pu être un nième film d’horreur asiatique. L’horreur finit justement par arriver, avec des corps ensanglantés que Lucio Fulci aurait pu mettre dans ses films, mais avec toujours cette interrogation : est-ce que ce n’est pas l’imagination de nos jeunes filles qui travaille trop, attisée par la tension de l’examen qui approche ?

Family Ties, de Kim Tae-Yong (2006)
Le film raconte l’histoire d’une famille un peu excentrique. Une femme reçoit la visite de son frère, un peu voyou, ex-prisonnier, qui arrive avec sa nouvelle femme, bien plus âgée qu’eux deux. Clairement, elle avait déjà du mal à joindre les deux bouts, elle va maintenant avoir deux personnes de plus à charge, et elle n’ose rien dire. Ce sont ces non-dits familiaux qui sont au coeur du film.
Par sa construction en trois histoires séparées qui s’entrecroisent, le réalisateur donne un point de vue choral bien adapté au sujet. C’est parfois aussi un peu difficile de voir les liens entre les histoires, mais bon, comme ça on réfléchit pendant le film et on ne s’endort pas. Enfin pas trop, parce que c’est un peu lent quand même.

Cruel Winter Blues, de Lee Jeong-Beom (2006)
Voici une tentative intéressante de rajouter un peu de réflexion dans le genre du cinéma de gangster coréen. Jae-moon se rend dans un petit port de province dans l’objectif de tuer le boss de la pègre locale, responsable de la mort de son meilleur ami. Enfin ça, c’est la description en une phrase qui permet au réalisateur de convaincre (ou pas) un producteur croisé dans l’ascenseur. Par ce qu’en fait, Cruel Winter Blues parle de tout autre chose. Notamment d’un homme qui arrive à un tournant de sa vie. Qui regarde autour de lui et apprend à connaître des gens qu’il n’aurait même pas vu auparavant. Ces personnages sont une des grandes forces du film, de la jeune fille qui cherche un peu d’excitation à côtoyer un gangster, jusqu’à la vieille mère de la cible à abattre, à laquelle Jae-moon va progressivement s’attacher.
Hélas, la réalisation fait un peu trop montre des cautions cinéphiliques qu’elle veut donner. Peut-être que Lee Jeong-Beom a voulu mettre trop de choses dans sa première réalisation. Déjà que le sujet ne brillait pas par son originalité, on se retrouve avec une mise en scène qui lorgne méchamment sur Kitano. Le film pâtit également de la présence écrasante de Sul Kyung-gu (bien connu dans nos contrées depuis Peppermint Candy) dans le rôle principal. Son jeu tout en clairs-obscurs, entre explosions sporadiques de violence et méditations mélancoliques sous-jouées, même s’il est parfait au niveau d’une scène, peine à donner de la cohérence au personnage sur l’ensemble du film.
Quand on oublie ces petits défauts, le film est plutôt réussi. Sa narration maîtrisée, son côté noir et la galerie de portraits qu’il présente sont ses points forts.

Bertrand Le Saux
le 30/04/2007

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