Festival du Cinéma Italien à Paris 2007

 date

du 12/04/2007 au 17/04/2007

 salle

Espace Pierre Cardin,
Paris

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Espace Pierre Cardin

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Programmé dans le cadre luxueux de l’Espace Pierre Cardin, au pied des Champs-Elysées et en face de l’ambassade états-unienne, la première édition du Festival du Cinéma Italien, baptisé « Nouvel Air » , proposait, outre une traditionnelle compétition, une rétrospective Antonioni et quelques avant-premières de petits maîtres déjà connus (Tornatore, Sorrentino). Pour notre part, nous nous tînmes à la compétition, ces six long-métrages qui ne sont que les premiers ou seconds de leurs auteurs respectifs.

Gros succès en Italie (une suite narrant les aventures contemporaines des personnages vient de sortir), Notte Prima Degli Esami de Fausto Brizzi s’attache aux quelques jours séparant la fin des cours en terminale des épreuves du bac. Centré sur un groupe de cinq amis, se déroulant en 1989 (la bande-son - Duran Duran, Queen, Europe -, les coiffures et vêtements ne cessent de nous le rappeler), ce premier long-métrage est donc l’énième film sur cette fin de l’adolescence vue par le prisme du groupe. A l’image de ce qu’a pu faire Klapisch en France avec L’Auberge Espagnole, on tient là un objet qui présente tous les atours du film « sympa ». Ambiance « sympa » (ca boit des coups, fume des joints, dragouille gentiment et débat de l’opportunité d’enlever un poster de Madonna accroché au-dessus de son lit), trame narrative « sympa » (le héros va-t-il retrouver cette charmante jeune fille croisée à une soirée ?), parents « sympas » (ils n’apportent la contrariété à leurs enfants que l’espace d’une scène), acteurs « sympas » (chacun jouant sa partition visant à une rapide identification des spectateurs même si, comme de coutume, ils ont 6 ou 8 ans de plus que leurs personnages), mise en scène « sympa » (rien qui ne saurait déranger ce gentil ordonnancement), etc…

Dans un registre peu éloigné, Ma Che Ci Faccio Qui !, premier film de Fransesco Amato, se penche sur l’été post-terminale (décidément !) d’un petit branleur en T-Shirt Korn sans manches qui, privé de voyage avec ses potes pour cause de redoublement, s’échappe du domicile familial pour échouer dans une station balnéaire. Petits boulots, amourettes et tyrannie du patron de la plage seront alors au programme de ce film là encore totalement dénué d’inventivité.

Opérant dans le répertoire classique du téléfilm tire-larmes tiré d’une « histoire vraie » (le carton initial se chargeait bien de nous le préciser), Rouge comme le ciel (Rosso Come Il Cielo), premier long-métrage de Cristiano Bortone, s’arrête sur l’enfance de l’ingénieur du son Mirco Mencacci. Aveugle à la suite d’un accident, il est placé dans un institut spécialisé loin de sa famille. Malgré les interdictions du directeur, il va trouver une nouvelle joie de vivre en enregistrant des histoires de dragons et princesses, sonorisées en utilisant les bruits du quotidien. Filant tout droit sur les rails des bons sentiments, le film ne sort jamais de ces ornières.

Légèrement plus ambitieux sur le plan narratif, Billo Il Grande Dakhaar, second long-métrage de Laura Muscardin et lauréat du seul prix du Festival, conte l’arrivée en Italie de Billo, clandestin sénégalais désirant travailler dans le milieu de la mode. Après quelques scènes attendues (vente sous le manteau de CD et DVD piratés, arrestation musclée par des policiers le soupçonnant de terrorisme, histoire d’amour avec la sœur de son co-colocataire), le film prend un peu d’ampleur dans ses vingt dernières minutes quand Billo doit retourner à Dakar afin d’épouser celle qui lui était promise. Se confrontent alors les conceptions de la famille (polygamie / monogamie, couple mixte) dans les deux cultures (africaine et occidentale) et se met au jour la difficulté du héros à se situer par rapport à celles-ci et à choisir entre ses deux pays.

À côté de ces quatre films globalement loin d’être inoubliables, deux autres n’eurent aucun mal à se distinguer. Repéré à la dernière Mostra de Venise où il avait intégré les Journées des Auteurs (l’équivalent de la Quinzaine des Réalisateurs), Comme une Ombre (Come l’Ombra), second film de Marina Spada, a depuis été sélectionné, à raison, dans plusieurs festivals (Montpellier, Angers, Mar del Plata) où il put faire apprécier ces grandes qualités stylistiques. S’inspirant du travail d’un photographe sur les paysages urbains, la réalisatrice propose une approche dominée par les lignes verticales des immeubles milanais. Quand il s’agit de scènes d’intérieur, un second cadre est fréquemment utilisé (entrebâillement de porte, reflet dans un miroir ou dans une vitre), permettant aux personnages d’apparaître bord-cadre, soulignant leurs difficultés à véritablement s’affirmer dans leur quotidien et instaurant une certaine distance entre ces personnages et le spectateur. Pour autant, il est regrettable que ces incontestables atouts formels ne soient pas au service d’une trame narrative plus dense bien que le film joue à l’évidence sur cet étirement d’une situation de départ assez courte (une jeune femme solitaire héberge pendant une semaine la cousine ukrainienne de son professeur de russe).

S’appuyant sur un argument plus conséquent, L’Aria Salata, premier long-métrage d’Alessandro Angelini, s’intéresse à l’éternelle relation père-fils dans laquelle le premier est incarcéré pour homicide tandis que le second travaille dans la même prison comme éducateur. Suivant sans arrêt le trentenaire, le film dévoile ses contradictions (concilier son idéal professionnel avec cette situation personnelle inhabituelle), ses interrogations (au début, son père ne sait pas qu’il l’est, l’ayant abandonné vingt ans auparavant), ses difficultés à mener de bien sa vie amoureuse personnelle avec ce travail obsédant, etc… Si la mise en scène ne propose rien d’époustouflant, elle a au moins le mérite de diriger correctement un acteur qui parvient à ne pas trop en faire bien qu’omniprésent donc.

Dates de sortie :
- Rouge comme le ciel : 6 octobre 2010
- Comme une Ombre : 8 décembre 2010

François Bousquet
le 17/04/2007