Paris Cinéma 2007 - Sélection officielle

 réalisateur

Zhang Lu

Céline Sciamma

 date

du 03/07/2007 au 14/07/2007

 salle

Mk2 Bibliothèque,
Paris

 tags

Céline Sciamma / Mk2 Bibliothèque / Zhang Lu

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Après avoir progressivement inclus Les Rencontres Internationales dans son programme, Paris Cinéma achevait cette année sa phagocytose en faisant disparaître l’appellation même des Rencontres. Place donc à une classique « sélection officielle », étendard d’un festival à la ligne directrice toujours aussi incertaine (la mise en lumière d’un pays - le Liban cette année - reste certes louable mais les hommages aux invités d’honneur font vraiment petite chose : songeons à celui consacré à Robin Wright Penn qui ne comptait que deux films).
Une fois de plus, la compétition de longs-métrages s’apparentait davantage à un panorama d’œuvres remarquées à Berlin (plus de la moitié de la sélection) ou dans d’autres grandes manifestations (Rotterdam, Venise, Belfort, Toulouse) qu’à une pleine démarche prospectrice. Dès lors, difficile d’effectuer de véritables découvertes parmi les quatorze films présentés (au sein desquels on dénombrait Famille Tortue, vu lors de la reprise du palmarès des Rencontres d’Amérique Latine de Toulouse en mars dernier).

Précédé d’une bonne réputation glanée aux Journées des Auteurs de Venise (l’équivalent de la Quinzaine des Réalisateurs cannoise), Falkenberg Farewell dépeint l’été de cinq jeunes hommes dans une petite station balnéaire suédoise. Collée à ses personnages, la caméra de Jesper Ganslandt témoigne d’une qualité de regard certaine et d’un attachement sincère aux adolescents. Manque pourtant cette grâce de l’urgence qui balaye les œuvres voisines de cinéastes états-uniens (Gus Van Sant, Larry Clark, Harmony Korine) et leur permet d’éviter toute complaisance. L’absence, dans ce film suédois, d’une forte figure féminine pourrait être un facteur explicatif de cette déficience qui ne doit toutefois pas nous empêcher de suivre les travaux futurs de ce jeune réalisateur dont il s’agissait du premier film.

S’attachant à la classe d’âge inférieure, Mukshin est centré sur une pré-adolescente qui découvre, le temps d’un été, les prémices de l’amour. À l’évidence autobiographique (la petite scène de making-of de la fin renforce ce sentiment), le film de la Malaise Yasmin Ahmad ne parvient pas à dépasser le stade de la gentille et inoffensive bluette. Néanmoins, ce long-métrage a le mérite de ne pas trop verser dans le carte-postalisme.

Ce ne fut malheureusement pas le cas de Desert Dream, nouvelle réalisation de Zhang Lu (dont avait très moyennement apprécié la première œuvre - Tang Poetry - vu à Locarno en 2004) présentée en compétition à Berlin. Dans un film où l’aridité confine au banal et la mise en scène au reportage, le cinéaste coréen se perd dans le décoratif et l’exotique. À preuve, son histoire d’homme laissant partir femme et enfant pour lutter obstinément, en solitaire, contre la disparition de la végétation de la steppe mongole, ne fait que tisser les éternels ressorts du genre (l’homme contre la nature, la force de la détermination, etc…).

Autre film consacré à un pré-adolescent, This is England déploie une approche quasi-documentaire pour narrer l’entrée chez les skinheads, à l’été 1983, du jeune Shaun. Dès le générique avec ses images d’archives (Thatcher, la guerre des Malouines, les punks), on comprend qu’il y a là une volonté de coller au réel que la bande-son (Come on Eileen, Tainted Love) renforce. Cependant, au-delà de cette reconstitution qui fait par moments preuve d’une trop grande mansuétude envers ses personnages, le propos manque de densité. En effet, que ressort-il du film de Shane Meadows au bout d’une heure quarante ? Que la haine de l’autre peut mener à la violence et qu’il vaut mieux être tolérant et ouvert que borné et extrémiste. Qui l’eut crû… ?

Rare découverte véritable de la sélection, Picnic (Pescuit Sportiv), premier film du Roumain Adrian Sitaru était présenté en première mondiale à Paris Cinéma. Bénéficiant de l’appel d’air suscité par les réussites cannoises de ses compatriotes, le cinéaste nous propose le portrait d’un couple adultère par le biais d’une réflexion sur leur relation suscitée par une prostituée avec laquelle les amants sont contraints de passer la journée. Entièrement tourné en caméra subjective, le long-métrage énerve et fatigue dans ses premières minutes avant de finalement emporter le morceau grâce au subtil maniement de cette causticité et de cet humour grinçant récurrents chez les réalisateurs roumains.

Deux films français pour terminer ce panorama de la sélection officielle de Paris Cinéma avec, tout d’abord, Cowboy Angels, premier long-métrage de Kim Massee et énième road-movie initiatique. Pour rejoindre son père qui vit en Espagne, Pablo, 11 ans, sollicite le concours de Louis, la petite quarantaine, croisé dans un bar de la Porte de la Chapelle. Assez rapidement, on perçoit que tous les clichés du genre seront fidèles au rendez-vous, vidant peu à peu le film de toute originalité et de toute personnalité : l’ambiance glauque des troquets, Louis et sa belle gueule de voyou dont le cœur va s’attendrir au contact du garçon, l’amitié virile et paternaliste entre les deux héros, les femmes n’existant que comme mère ou coup d’un soir, les gens de la DDASS invariablement vus comme des « enculés », la fuite en avant incessante, etc…

Nettement plus ambitieux et plus réussi, Naissance des Pieuvres, première réalisation de Céline Sciamma avait déjà été remarqué lors de sa projection à Un Certain Regard à Cannes. Suivant trois jeunes filles de 15 ans, leur rapport à la sexualité, à leur corps et les unes aux autres, le film a la judicieuse idée de se situer dans le milieu de la natation synchronisée. Se développe alors une approche très chorégraphiée du corps des protagonistes, dans un milieu exclusivement féminin dans lequel les parents sont absents et les garçons à l’écart, tandis qu’en parallèle, la bande-son du musicien électronique Para One intègre astucieusement les bruits d’eau résultant des ballets des jeunes filles. Entre hypocrisies et jalousies, le désir naît progressivement pendant le film, en même temps qu’une héroïne s’affirme ou qu’une autre voit son apparence altière et assurée légèrement se fissurer. S’il manque peut-être à ce long-métrage la beauté plastique des étreintes sportives et amoureuses qu’avait su présenter un film comme Douches Froides (auquel on pense souvent : thème approchant, milieu social identique, interaction similaire entre le sport et les relations sentimentales), Naissance des Pieuvres convainc franchement, porté par ses trois actrices principales, justes et sincères, et mérite un accueil public digne de ce nom lors de sa prochaine sortie en salles.

Dates de sortie :
- Naissance des Pieuvres : 15 août 2007
- This is England : 10 octobre 2007
- Mukshin : 6 février 2008
- Desert Dream : 27 février 2008
- Cowboy Angels : 29 octobre 2008
- Picnic : 4 février 2009
- Falkenberg Farewell : 12 mai 2010

François Bousquet
le 17/07/2007

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