Festival du Cinéma Allemand 2007

 réalisateur

Christian Petzold

Maria Speth

Simon Groß

 date

du 10/10/2007 au 16/10/2007

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

Christian Petzold / L’Arlequin / Maria Speth / Simon Groß

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En cette année 2007, les sorties en salles de films allemands semblent avoir trouvé leur point d’équilibre entre films honnêtes et bénéficiant d’un très bon accueil public (La Vie des Autres en étant l’exemple même) et longs-métrages plus exigeants, sortant dans un circuit plus réduit, avec l’appui indéfectible de la critique (Ping Pong en début d’année, Désir(s), en octobre). Restait à espérer que la programmation du Festival du Cinéma Allemand rendrait convenablement compte de cette situation, alors qu’elle a, par le passé, eu parfois tendance à omettre quelques œuvres issues de la fameuse « nouvelle nouvelle vague ». La lecture du programme nous rassura en constatant que le nouveau film de Christian Petzold (Contrôle d’Identité, Gespenster) était programmé, de même que le second long-métrage de Maria Speth (réalisatrice du très beau Au jour le jour, vu ici même en 2002) ; en revanche, on déplora l’absence du premier long-métrage d’Ulrike Von Ribbeck (Tôt ou Tard), en compétition à Locarno cet été et dont on avait beaucoup apprécié le court-métrage (Charlotte) projeté au Festival il y a quelques années. En outre, la mise en place d’une section « Roulez, jeunesse ! », aux films plus spécifiquement dédiés à un public adolescent, et d’une autre consacrée aux documentaires permit à la compétition d’opérer un premier tri et de se concentrer sur les longs-métrages de fiction. Sur le papier, cette semaine germanique s’annonçait donc sous des auspices plutôt engageants.

Fidèle à une tradition qui parcourt la quasi-intégralité des festivals, le film d’ouverture se perdit pourtant dans des facilités, une douce mièvrerie et une absence de prise de risques. De fait, Rien que des Fantômes, second long-métrage de Martin Gypkens, récupère la plupart des codes des séries télévisées contemporaines : nombre pléthorique de personnages principaux (une bonne douzaine, répartis par petits groupes, en plusieurs points du monde), action éclatée ne restant pas plus de cinq minutes auprès de chaque groupe (on saute du Nevada à l’Islande et de l’Allemagne à la Jamaïque en passant par Venise), universalité du scénario poussée au paroxysme (bien que situés dans des milieux différents, les héros sont confrontés à des situations et sentiments similaires), raccords pénibles de cohérence forcée (une jeune femme monte dans un train à Berlin, une autre descend d’un bateau à Venise ; un couple se baigne dans un lac en Islande, plan sur la mer, une jeune femme sort de l’eau en Jamaïque, etc…), personnages rapidement brossés afin de favoriser une identification immédiate. Probants sur la durée d’un épisode de série, intéressants quand ils sont répétés d’épisode en épisode, ces éléments s’avèrent plutôt faiblards pour un long-métrage et font, par conséquent, de Rien que des Fantômes, un film gentiment consensuel, guère davantage.

Tout aussi facilement tourné vers le public (qui le distingua d’ailleurs en lui offrant son « Coup de cœur ») et inoffensif, Shoppen, premier film de Ralf Westhoff, s’attache au phénomène du speed dating. Autour d’une petite vingtaine de trentenaires munichois, le réalisateur s’égare dans des bavardages sans fin, dans chacune des trois parties du film (avant, pendant et après la soirée de rencontres chronométrées). Pourtant, même avec un matériau de départ qui traditionnellement sert de support à un article d’hebdomadaire féminin, il aurait été nettement plus judicieux d’en prendre le contre-pied et de proposer un long-métrage jouant sur les silences et les non-dits, interrogeant les ressorts sociétaux et psychologiques liés à cette pratique plutôt que d’empiler discussions entre copines, vantardises masculines et aveux successifs de timidité.

Autre premier film, Fata Morgana ne débute pas de la meilleure manière : panoramiques décoratifs sur les dunes du désert marocain dans lequel erre un couple de trentenaires joliment assorti qui y croise un Jean-Hugues Anglade qui s’est fait un look à mi-chemin entre Philippe Lucas (longs cheveux filasses, barbe de cinq jours, mine renfrognée) et Mad Max (grosse moto, baroudeur du désert). Pourtant, après quelques considérations assez convenues sur la peur de l’autre, la différence de réaction des jeunes gens à l’égard de cet étranger et l’immensité désertique comme caisse de résonance d’une solitude intérieure, Simon Groß évolue vers des rivages plus étranges, limite fantastiques dans son dernier quart d’heure. Remettant alors en cause le reste du long-métrage, cette approche parvient à faire de son film un objet finalement pas si inintéressant.

Comme de coutume, une bonne part des films programmés cette semaine sont passés par la Berlinale, à l’image de Madones, second film de Maria Speth, présenté au Forum. Alors que son premier film lorgnait du côté de Tsaï Ming-Liang, la première demi-heure de celui-ci nous plonge dans un univers très proche de celui des frères Dardenne : action située en Belgique, jeune femme perdue qui débarque dans une famille avec son nourrisson dans les bras, Olivier Gourmet et Jérémie Segard (habitués des films des Belges) dans le rôle du père et du fils de cette famille, caractère grisâtre du ciel et des maisons. Passée cette séquence, le film se concentre sur le destin de cette jeune mère qui a bien du mal à joindre les deux bouts avec ses cinq enfants, sa mère qui la rejette après avoir assuré la garde de sa progéniture, les difficultés amoureuses et financières qui s’accumulent, etc… Si l’ensemble des qualités de Maria Speth n’ont pas disparu avec ce film, on peut cependant regretter qu’elle se soit attaquée à un sujet aussi éculé. De surcroît, la réalisatrice opte pour un regard quasi-documentaire trop redondant (loin de la rigueur formelle de son précédent long-métrage), servi par l’interprétation de Sandra Hüller (remarquée l’an passé pour son rôle-performance de jeune fille possédée dans Requiem) vite décourageante à trop vouloir attirer l’apitoiement du spectateur.

Sélectionné dans la section Panorama de la Berlinale, Ferien, Chronique d’un été est le nouveau film de Thomas Arslan. Moins connu que ses compatriotes (aucun de ses films n’est sorti en France, il n’a jamais été en compétition officielle d’un grand festival), ce réalisateur est pourtant l’un des principaux représentants de l’Ecole de Berlin (l’autre nom de la « nouvelle nouvelle vague »). De fait, son long-métrage reprend les caractéristiques propres à ce groupe de cinéastes : récit centré sur un couple ou une famille, absence d’effets, naturalisme au plus près des personnages, ambiance générale pas vraiment réjouissante. Reprenant la thématique classique de la famille qui se déchire à l’occasion d’un séjour estival dans une maison de campagne, Thomas Arslan noue conflits internes aux différents couples et vieilles rancœurs familiales qui ressurgissent opportunément. Cependant, il manque malheureusement au film une véritable ambition dans la mise en scène qui l’empêche d’être aussi fort que ce qu’il pourrait (même si on sait gré au réalisateur de globalement nous épargner éclats de voix et bris de vaisselle).

Réalisateur apprécié et suivi dès son premier film (Contrôle d’identité, le seul à avoir été distribué en France du reste), Christian Petzold est souvent vu, à raison au demeurant, comme le chef de file de cette renaissance auteuriste allemande. La projection de Yella, son cinquième long-métrage, était donc l’évènement que nous attendions le plus de cette semaine de Festival. Dès les premières minutes, on est en terrain connu : Nina Hoss (héroïne principale de deux des précédents films de Petzold et récipiendaire de l’Ours d’argent de la meilleure actrice pour son interprétation ici) plein cadre, photo accentuant les bleutés pour un résultat quasi-clinique, caméra ne lâchant pas ses personnages, engueulade d’un couple venant de se séparer. Pourtant, même rompu à un tel dispositif, on est une nouvelle fois emporté par le récit et la mise en scène du Berlinois qui, fort heureusement, quitte le strict terrain des relations familiales pour s’attacher au monde de la finance via l’histoire de Yella, comptable et analyste financière, qui, après avoir quitté son compagnon et sa ville natale, se rend à Hanovre pour y chercher du travail. Passant de l’atmosphère glaciale des buildings aux larges baies vitrées et tables en verre à la chaleur apparente des hôtels tout confort, l’héroïne oscille alors entre contrôle retenu de ses émotions et volonté de se laisser aller, raideur rigoriste dans les discussions professionnelles et sentiment d’abandon dans les scènes « privées », précision des chiffres et flottement de sa psyché. Insaisissable et spectrale, Nina Hoss traverse le film avec une sorte de grâce indicible qui prend tout son sens dans la dernière séquence d’un long-métrage qui s’inscrit superbement dans la riche carrière de Christian Petzold et légitime complètement la programmation de ce douzième Festival du Cinéma Allemand.

La programmation du festival sera reprise à Lyon du 5 au 11 novembre 2007

Dates de sortie :
- Ferien, Chronique d’un été : 18 février 2009
- Yella : 22 avril 2009

François Bousquet
le 17/10/2007

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