Rencontres Internationales de Cinéma à Paris 2007

 date

du 27/11/2007 au 04/12/2007

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

L’Arlequin

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Un mea culpa pour commencer : en juillet dernier, devant l’absence de toute référence aux « Rencontres » lors du festival Paris Cinéma, nous avions annoncé leur disparition. Or, tel n’est pas le cas car les Rencontres ont recouvré leur indépendance et leur date de programmation initiales. Dans un festival qui nous avait permis par le passé de découvrir certains réalisateurs (le Coréen Park Ki-Yong et son Camel(s) en 2002) ou certains films peu connus (la projection du Gerry de Gus Van Sant et son caractère très hype, un an et demi avant sa sortie sur les écrans français), la compétition de cette année piochait, une nouvelle fois, dans les sélections des principaux festivals (Venise et San Sebastian en tête). Petit panorama avec cinq des douze longs-métrages en compétition.

Présenté à Un Certain Regard en mai dernier, La Visite de la Fanfare y avait reçu un chaleureux accueil. Il faut dire que cette histoire d’une fanfare égyptienne perdue dans une petite ville israélienne navigue avec bonheur entre burlesque et légèreté. Enchaînant passages émouvants et situations drolatiques, ce premier film de l’Israélien Eran Kolirin démontre avec réussite qu’il n’est pas besoin de tomber dans une pesante gravité pour évoquer les différences culturelles et quotidiennes entre juifs et arabes. Si, préférant la tendre moquerie et l’art du décalé, le réalisateur ne pousse jamais trop loin ce discours politique métaphorique, il n’en milite pas moins, on s’en serait douté, pour un rapprochement pacifié des peuples proche-orientaux.

Nettement moins enjoué, Wolfsbergen du Néerlandais Nanouk Leopold s’attache aux réactions d’une nombreuse famille à la lettre du patriarche annonçant qu’il souhaite mourir. Sans surprise, le film passe d’un membre de la famille à l’autre, dépeignant la large palette des conséquences de l’expression de cette volonté sur leur vie quotidienne et dans leur rapport à l’autre et à la mort. Au-delà de cette situation de départ, très « dramatique télé », on déplora également une mise en scène limitée à une illustration de ces sentiments (ni contrepoint, ni élément perturbateur) et comme un manque de consistance dans la peinture de personnages auxquels on a du mal à s’attacher.

Moins identifiant encore, le héros de L’Homme qui marche, premier long-métrage de la jeune Française Aurélia Georges, est un écrivain russe vivant à Paris. S’arrêtant sur la dernière période de sa vie (de 1974 à la fin des années 1990), le film se veut être à la fois le portrait d’un homme fréquemment réfractaire à tout contact humain et le tableau d’une société intellectuelle parisienne confrontée à des évolutions politiques. Partant, comme on pouvait s’y attendre, on passe des Deux Magots au théâtre de l’Odéon, on mange chez Lipp et on erre Boulevard Saint-Michel, on débat des mérites du communisme lors des dîners en ville, on fête la victoire de François Mitterrand le 10 mai 1981 et on écoute les séminaires de Jacques Lacan. N’évitant donc aucun de ces passages obligés, le long-métrage éprouve pourtant des difficultés à véritablement saisir cette évolution politico-culturelle, trop centré qu’il est sur sa figure principale qui, pour sa part, traverse le temps sans changer ni son point de vue, ni sa relation au monde. Assurément ambitieux, L’Homme qui marche souffre donc d’une trop grande aridité et d’un trop grand attachement à son héros, ramenant le contexte des années 1970 et 1980 au rang de vignettes quasi-anecdotiques, alors qu’il y avait matière à quelque chose de plus dense.

Tout aussi ambitieux, mais autrement probant, Capitaine Achab, nouveau film de Philippe Ramos, avait recueilli les honneurs de la critique lors de sa présentation à Locarno (d’où il était reparti avec le Prix de la mise en scène). Partant du Moby Dick d’Herman Merville, le long-métrage s’arrête plus précisément sur la figure d’Achab, lui inventant une enfance et une fin autre que celle du roman. Si la seconde en fait peut-être un peu trop dans la translation philosophique de l’affrontement de l’homme et de la baleine, la première est en tous points délectable. Portée par un jeune acteur particulièrement attachant, cette première heure passe d’un sous-bois à une demeure bourgeoise, d’un presbytère à une cabane forestière avec grâce et entrain. De surcroît, la photo du film lui confère une idoine picturalité : du premier plan, référence amusée à L’Origine du Monde de Courbet, aux couleurs des clairières, des obscurs intérieurs de la maison de la tante d’Achab à la chaleureuse luminosité émanant de la flamme d’une bougie, l’ensemble des plans baigne ainsi dans un entre-deux à la fois daté jusqu’à l’irréel et éternel dans son adéquation à son sujet.

Retour au temps présent avec Battle for Haditha de l’Anglais Nick Broomfield, également lauréat du Prix de la mise en scène, mais à San Sebastian cette fois-ci. Surtout connu pour son travail de documentariste (on lui doit, par exemple, Kurt & Courtney), le Britannique utilise ce savoir-faire pour revenir sur un attentat anti-marines survenu en novembre 2005 à Haditha, en Irak, et sur ses sanglantes représailles. Situé dans la lignée de ces récents films dénonçant la présence anglo-états-unienne sur place, le film semble dans un premier temps se perdre dans un manichéisme contre-productif (les civils irakiens sont pacifistes tandis que les marines lâchent des « We’re gonna fucking kill those fucking bastards » toutes les trois phrases et écoutent du hard-rock à fond les ballons dans leurs tanks). Cependant, au fur et à mesure des événements, émerge la figure d’un caporal moins monolithique que prévu, se désespérant des instructions données par sa hiérarchie, ne trouvant plus le sommeil, noyé sous les cauchemars et devenant pharmaco-dépendant. Se terminant par une habile démonstration des capacités de détournement des images, dans un camp comme dans l’autre, le film rappelle, une fois encore, que la violence n’engendre que la violence.

Dates de sortie :
- La Visite de la Fanfare : 19 décembre 2007
- L’Homme qui marche : 9 janvier 2008
- Battle for Haditha : 6 février 2008
- Capitaine Achab : 13 février 2008

François Bousquet
le 06/12/2007

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