Festival du Cinéma Allemand 2009

 réalisateur

Dani Levy

Christoph Hochhäusler

Nicolette Krebitz

Esther Gronenborn

Sylke Enders

Romuald Karmakar

Angela Schanelec

Isabelle Stever

Tom Tykwer

 date

du 30/09/2009 au 06/10/2009

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

Angela Schanelec / Christoph Hochhäusler / Dani Levy / Esther Gronenborn / Isabelle Stever / L’Arlequin / Nicolette Krebitz / Romuald Karmakar / Sylke Enders / Tom Tykwer

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Après plusieurs années très prolifiques sur le plan artistique, 2009 semble marquer le pas pour le cinéma allemand. En effet, aucun de nos réalisateurs préférés n’a proposé de nouveau film de cinéma cette année, dont on espère qu’elle restera isolée (le calendrier 2010 nous rassure à cet égard, annonçant les nouvelles œuvres de Benjamin Heisenberg, Thomas Arslan, Angela Schanelec, Baran bo Odar ou Dito Tsintsadze). Par conséquent, ce quatorzième Festival du cinéma allemand, comme la plus belle des filles, ne put offrir que ce qu’il a, soit de nombreux (télé)films historiques et bien peu de propositions évoluant dans ce naturalisme nous ayant offert tant de satisfactions ces dernières années.

Après Adil s’en va, film assez insignifiant vu ici-même il y a quatre ans, on n’imaginait pas Esther Gronenborn s’essayer au film de genre, traditionnellement le parent pauvre de ce type de festival. L’habitué de style ne sera pourtant pas dépaysé car Horreur à Kaifeck (Hinter Kaifeck) cumule toutes les figures imposées : meurtre collectif vieux de 80 ans et toujours pas élucidé, petit village perdu dans la forêt et replié sur lui-même, habitants se protégeant les uns les autres dans un mutisme généralisé, maisons de pierre et grand arbres noyés dans la brume, flashes-back lors de cauchemars du héros et révélation finale totalement improbable. En même temps, quand M. Night Shyamalan utilise sans vergogne ces mêmes ingrédients, d’aucuns crient au génie…

Présenté à la Berlinale (et fort peu goûté par la presse), Allemagne 09 se fait fort de dresser une vision panoramique de l’Allemagne contemporaine, vue par le prisme de treize (nombre probablement trop élevé) réalisateurs. Plutôt sélectionnés parmi la jeune génération, ceux-ci sont aussi bien des adeptes d’un cinéma commercial (Tom Tykwer) que d’une démarche auteuriste (Angela Schanelec, Romuald Karmakar et Christoph Hochhäusler). Comme on pouvait s’y attendre, chacun est globalement resté dans son style, choisissant souvent de traiter le sujet de biais, par la voie métaphorique ou métonymique, si bien qu’en définitive, on se dit que le résultat aurait été assez similaire avec des réalisateurs d’autres contrées d’Europe occidentale parlant de leur propre pays.
Cette approche s’avère parfois réussie (Isabelle Sever qui montre une classe de primaire s’essayant à la démocratie afin de décider s’il y a lieu de continuer à jouer au ballon prisonnier, Hans Steinbichler qui montre la réaction horrifiée d’un abonné lors du changement de maquette du Frankfurter Allgemeine Zeitung), parfois juste plaisante (le tenancier d’un bar à hôtesses qui se désole, devant la caméra de Romuald Karmakar, de l’évolution des mœurs ou le court-métrage de Tom Tykwer sur un businessman qui sillonne le monde en dormant dans les mêmes Marriott et prenant les mêmes cafés aux mêmes Starbucks, de Paris à San Diego et de Berlin au Caire), parfois à côté du sujet (Sylke Enders sur une cantine para-scolaire) et parfois franchement pataude (l’hôpital-pays de Wolfgang Becker, la fable grotesque de Dani Levy).
Plus politique, Nicolette Krebitz imagine une rencontre entre Susan Sontag et Ulrike Meinhof qui vont, l’espace d’une nuit et en présence d’une jeune fille d’aujourd’hui, brasser thématiques féministes et sociétales. De même, résolument engagés, Fatih Akin donne la parole à un rescapé de Guantanamo et Hans Weingartner narre l’arrestation d’un universitaire accusé d’être la tête pensante d’un réseau terroriste.
Enfin, sur un mode poétique, Angela Schanelec et Christoph Hochhäusler évoquent la première le lever du jour sur plusieurs villes allemandes et le second une sorte de science-fiction où l’Allemagne s’apparenterait à un Eden oublié.

En vérité, le meilleur fut pour la fin avec Le Jour Viendra (Es kommt der Tag), premier film de cinéma de Susanne Schneider. Alice, jeune femme d’une trentaine d’années, traverse la frontière pour retrouver sa mère, Judith, qui, après l’avoir abandonnée dans les années 70 afin de vivre dans la clandestinité avec les autres activistes d’alors, a refait sa vie en Alsace. Forcément, la confrontation sera violente, les reproches nombreux et la culpabilisation envahissante. Cependant, la réalisatrice parvient à dépasser ce simple stade pour mettre en lumière des séries de conflits : entre l’Histoire et l’intime (choisir ses idéaux politiques ou l’éducation de ses enfants), entre les générations ou entre droit à l’oubli et imprescriptibilité (thème qui résonne particulièrement en ces temps d’affaire Polanski). Au surplus, l’intrigue est impeccablement menée par des comédiens déjà croisés dans d’autres films allemands notables : Katharina Schüttler - Alice - apparaissait dans Contrôle d’identité de Christian Petzold (auquel on pense un peu, en raison de ce thème commun de la vie quotidienne après des années d’activisme) et Sebastian Urzendowsky - Lucas, son demi-frère - était le héros de Ping Pong). De leur affrontement avec leur mère naît un attachement à la question du point de vue : les années avec la RAF sont comparées à la Résistance française, Judith interpellant son fils qui sait se montrer fier des actions de son grand-père paternel pendant la seconde guerre mondiale, mais rejette celles de sa mère dans les années 70.

La programmation du festival sera reprise à Lyon en novembre.

François Bousquet
le 07/11/2009

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