Scope #4 : Jozef Van Wissem / Carol Robinson / Hervé Boghossian / Julie Rousse / Pierre-Yves Martel

 date du concert

21/01/2010

 salle

Instants Chavirés,
Montreuil

 tags

Carol Robinson / Hervé Boghossian / Instants Chavirés / Jozef van Wissem / Julie Rousse / Pierre-Yves Martel

 liens

Hervé Boghossian
Instants Chavirés
Julie Rousse
Jozef van Wissem
Carol Robinson
Pierre-Yves Martel

Notre premier concert de l’année, et aussi le premier des Instants Chavirés après une fin d’année 2009 difficile, c’est la nouvelle soirée Scope organisée par Hervé Boghossian, avec cette fois pour thème la rencontre entre ancien et moderne, qu’elle soit le fait d’un seul artiste comme Carol Robinson ou le fruit de collaboration entre laptopeur et instrumentiste.

La soirée débute avec une brève introduction d’Hervé Boghossian dans une configuration que l’on avait déjà pu apprécier en juin dernier à la Société de Curiosités. L’ordinateur devient ici un instrument physique et non plus simplement logiciel, que l’artiste manipule afin d’en moduler des sonorités. Il ouvre et referme son ordinateur, nous faisant penser de part la gestuelle à un accordéon, puis il vient appuyer son doigt sur le micro (ou webcam ?), produisant toute une gamme de sonorités granuleuses, voire bruitistes, mais particulièrement variées sur un set d’une petite dizaine de minutes.

On enchaine avec un duo composé de Julie Rousse au laptop et de Pierre-Yves Martel à la viole de gambe, un ancêtre du violoncelle. Jeu improvisé, minimaliste, lent et plutôt contemplatif à la viole, le tout habillé de textures chuintantes ou nappes ambient, tels sont les éléments qui composent le début de ce set. Petit à petit le jeu du canadien s’affirme tout en se faisant moins mélodique. Des cordes pincés (avec quelques objets accrochés à celles-ci), il passe à un travail sur le corps de son instrument, triturant notamment le chevalet, mais on regrettera à ce moment que la fusion viole-laptop n’opère pas vraiment. Pierre-Yves Martel terminera avec un jeu très nerveux, frottant vivement et frappant son instrument tandis que Julie Rousse restait très sage.

Carol Robinson prend place ensuite, seule sur scène au birbyne et non au cor de basset comme annoncé initialement. Il s’agit d’un instrument d’origine lituanienne, proche de la famille des clarinettes. Tout comme sur son album Billows paru cette année chez Plush, le son de son instrument était capté et interprété par le laptop qui générait de nouvelles sonorités en fonction du jeu de l’artiste. Aussi bien l’acoustique que l’électronique produisaient des sonorités toutes en longueur, nappes ambient se relayant et se fondant à l’infini. On retiendra en particulier le tout dernier passage aux tonalités plus contrastées, mettant subtilement fin aux lentes abstractions, au suspense, par un apaisement mélodique. Un set de toute beauté qui se solda d’ailleurs par l’achat de l’album.

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Hervé Boghossian

Après une petite pause, on retrouve Hervé Boghossian pour lancer la deuxième partie de soirée, cette fois à la guitare. On a l’habitude de le voir dans cette configuration, mais on se rend compte ce soir tout particulièrement de l’évolution de son jeu, nettement plus assuré que de coutume, très franc, voire nerveux. On retrouve d’abord un certain minimalisme répétitif, un tempo très haché, puis il alterne entre une veine post-rock alangui, et des passages denses, tendus, du plus bel effet, laissant les silences faire le reste entre deux séquences sonores. Certainement l’un des plus beaux sets que l’on ait pu entendre de l’artiste.

La soirée se terminait avec la tête d’affiche... que l’on ne connaissait pas ! Jozef Van Wissem donc, étonnant joueur de luth qui sur disque mêle musique et field recordings, mais qui ce soir se produisait uniquement au luth, entre improvisations et compositions. Intro en douceur, tempo lent, peu de notes mais mélodies parfaites, quelques slides en guise de variations, mais un jeu plutôt minimaliste. On passe ensuite à des compositions qui nous permettent de retrouver ce style, très axé sur la répétition, des boucles donnant le tempo, avec naturellement des intonations baroques, nous faisant parfois penser à un projet gothic-médiéval. L’attitude de Van Wissem sur scène peut surprendre avec son air détaché, levant la tête le regard contemplatif dirigé vers le plafond, un mélange de sérieux et une attitude rock’n roll parfaitement assumée quand il descendra de la scène pour se placer devant le public, adoptant la posture d’un guitariste de métal, headbanging compris, libérant quelques rires dans la salle. Après un dernier titre aux intonations blues marquées, le néerlandais sera rejoint par Hervé Boghossian pour une petite collaboration luth-laptop. Le Français produit alors quelques bruitages textures grésillantes, mais le résultat nous paraitra artificiel, deux univers qui ne parvinrent pas à se rejoindre.

Toujours est-il que ce fut une grande soirée avec un thème original, des musiciens de talents, et pour nous de belles découvertes même si au final la rencontre entre ancien et moderne semblera avoir du mal à opérer.

Fabrice ALLARD
le 24/01/2010

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