Peter Brotzmann - Ikue Mori - Keith Rowe - Thomas Lehn - Mats Gustafsson - Christian

 date du concert

11/10/2002

 salle

Konstmuseum,
Ystad

 tags

Alan Licht / Axel Dörner / Christian Marclay / Festival Look At The Music 2002 / Ikue Mori / Keith Rowe / Konstmuseum / Mats Gustafsson / Peter Brotzmann / Thomas Lehn

 liens

Axel Dörner
Ikue Mori
Alan Licht
Thomas Lehn
Christian Marclay

Ystad : petite ville aux maisons de couleur, pour les plus anciennes à colombage, son abbaye et comme principale activité visible, le ferry qui fait la liaison avec l’Allemagne. Tout autour, la campagne de la Scanie et ses "slott" (manoirs) perdus au milieu des champs. Les concerts ont lieu dans une des salles d’exposition du musée d’art, un bâtiment de brique rouge impersonnel. Pas de quoi accueillir beaucoup de monde, il y aura au maximum une soixantaine de personnes avec le public du samedi soir.

Ce sont Mats Gustafsson et Ikue Mori qui programment la soirée, et ils décident de commencer par des improvisations en duo.
Tout d’abord Ikue Mori joue avec Christian Marclay. Le set est assez péchu : Marclay tire de vrais samples de ses disques (des génériques de cartoons) tandis que Ikue Mori sort des sons cristallins de son ordinateur. Malgré son visage qui reste de marbre pendant qu’elle joue, il y a une grande précision dans la manière dont elle place ses sons, écoutant son partenaire pour savoir quand commencer, et accumulant ensuite les échantillons pour parvenir à une sorte de débordement.
Puis Axel Dorner prend place avec un nouvel arrivant : Thomas Lehn, au synthétiseur. Celui-ci va rester bien calme. Alors qu’il nous avait plutôt habitué à des mouvements épileptiques, il fait au contraire évoluer le bruit de son synthé avec précautions. On retrouve la même attention chez Dorner, qui utilise uniquement sa trompette et de nombreuses sourdines faites-maison. Pour finir ils s’essaient tout de même à plus de bruit, Thomas Lehn tapotant son synthé pour en modifier le son, jouant du pied sur une pédale.

Changement de ton avec le duo de Peter Brotzmann et Mats Gustafsson, tous deux au sax ténor, qui s’autorisent des petites lignes mélodiques, mais toujours à plein volume ! Ils jouent beaucoup sur la saturation du son, donnant une impression d’énergie monstre, comme si leur souffle était trop puissant pour que l’air déplacé arrive à s’engouffrer dans leur instrument. Gustafsson, de noir vêtu, égal à lui-même, se tord dans tous les sens. Leur duo est ambigu, ils jouent parfois ensemble, mais cela tourne aussi à la confrontation de deux souffleurs d’exception.
Après les sax-players, c’est au tour des guitar-heroes : Keith Rowe et Alan Licht. Il faut maintenant faire beaucoup plus attention au son, qui évolue lentement, les deux musiciens étant partis dans long drone. Rowe, appliqué, fait vibrer doucement sa guitare et modifie la texture du son en tournant les boutons de ses pédales d’effet posées sur la table devant lui. Licht s’interdit de pincer les cordes, et joue en frottant le bois et en désaccordant sa guitare. Il fait beaucoup attention à ce que joue son partenaire, qui lui visiblement suit obstinément l’idée qu’il a en tête.

C’est le moment de descendre faire une pause dans le bar du musée (où l’on ne sert que de l’eau gazeuse). Thomas Millroth, le conservateur et organisateur du festival fait le DJ et passe des disques de rock américain des années 80/90 : Pussy Galore, Free Kitten, Calvin Johnson, Sleater-Kinney...

Après c’est la rencontre des ténors : Peter Brotzmann et Keith Rowe. Ce dernier est bien obligé de se réveiller, et va sortir des sons plus abrupts, incorporant des samples de radio qui transitent par les microphones de sa guitare, et utilisant un petit moteur pour produire des sons stridents, compilant en quelques minutes tous ses trucs qui tiennent d’habitude un concert entier. Peter Brotzmann à la clarinette joue aussi dans un registre inhabituel, plus hache, avec plus de silences, jusqu’au crescendo final.
Le quatuor forme par Thomas Lehn, Ikue Mori, Christian Marclay et Mats Gustafsson prend place. Ils produisent un résultat qui sonne très musique improvisée européenne, avec pleins d’éruptions de sons, de bruits hachés, dues principalement à Lehn et Gustafsson, qui créent l’ambiance. Ils alternent moments de calmes et maelströms de bruits.
Un dernier duo : Alan Licht et Axel Dorner. L’accent est mis ici sur les traitements que l’on peut faire subir a la musique, puisque Licht joue surtout de ses pédales, se contentant de faire vibrer sa guitare, et Dorner retravaille a l’ordinateur un seul son issu de sa trompette.
Brotzmann solo prend le relais, au sax baryton. De longues phrases musicales calmes, ou il fait vibrer les notes.

Le concert final réunit l’ensemble des musiciens excepté Brotzmann. C’est une composition de Mats Gustafsson qu’il dirige lui-même. Les musiciens portent des casques antibruit rouges, et sont donc dans l’impossibilité de s’entendre les uns les autres. Gustafsson indique à chaque musicien quand il doit jouer, les autorisant à enlever leur casque à certains moments, pour reprendre contact avec le groupe.
Pour cette deuxième soirée, le barycentre du groupe s’est déplace : hier le côté américain ressortait principalement, à mi-chemin entre le free-jazz de Chicago et l’improvisation de l’école new-yorkaise. Avec le départ de Ken Vandermark et l’arrivée de Keith Rowe et Thomas Lehn, deux piliers du all-stars band MIMEO, on est clairement au coeur de l’improvisation européenne.

Bertrand Le Saux, Soizig Le Calvez
le 04/12/2002

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