Kevin Drumm - Mats Gustafsson - Axel Dorner - Alan Licht - Christian Marclay - Keith

 date du concert

12/10/2002

 salle

Konstmuseum,
Ystad

 tags

Alan Licht / Axel Dörner / Christian Marclay / Festival Look At The Music 2002 / Ikue Mori / Keith Rowe / Kevin Drumm / Konstmuseum / Mats Gustafsson / Peter Brotzmann / Thomas Lehn

 liens

Axel Dörner
Ikue Mori
Alan Licht
Thomas Lehn
Christian Marclay

Juste après le vernissage de son exposition personnelle au musée, Christian Marclay programme cette soirée du festival. On reste avec les mêmes musiciens que la veille, augmentés de Kevin Drumm qui arrive plus tôt que prévu, à notre grand plaisir.

C’est justement Kevin Drumm qui commence, caché par une boite qui contient ses appareillages électroniques, une guitare à plat devant lui. Il joue en duo avec Axel Dorner. Ce dernier joue sur les textures, retraitant le son de sa trompette, alors que Kevin Drumm produit des sons épars proche de larsens, augmentant progressivement en volume et durée, pour finir par se rapprocher d’un drone.
Ikue Mori et Mats Gustafsson prennent la suite. Mats Gustafsson est cette fois au saxophone baryton, jouant des clappements et de bruits de bouche sur l’anche de son instrument. Ikue Mori nous fait entendre des bruits de verre brisé, pour passer ensuite sur des sons plus graves et saccadés, accompagnant et écoutant tout ce que produit Gustafsson.

Le trio Christian Marclay - Keith Rowe - Alan Licht enchaîne. Ils produisent tout trois un important volume sonore, jouant sur les larsens. Alan Licht utilise sa guitare normalement, triturant les pédales d’effet tout de même. Christian Marclay ponctue de petites ritournelles, alternées de sons très bas. Keith Rowe utilise beaucoup sa radio en ajoutant ainsi des oscillations à l’ensemble.
Peter Brotzmann s’avance au saxophone alto, accompagné de Christian Marclay aux platines. Christian Marclay fournit une musique très rythmée alternée au silence, pour enchaîner ensuite à des samples de cuivre qui font écho à la musique de Brotzmann. Ce dernier souffle tellement fort qu’il finit par saigner du nez.

Christian Marclay joue ensuite avec Keith Rowe. Marclay et Rowe détournent tous les deux les outils de reproduction de la musique qui ont triomphé au vingtième siècle : la radio et le disque. Marclay joue en effet beaucoup d’extraits de chansons, alors que Keith Rowe n’oublie pas que nous sommes samedi soir et trouve une fréquence qui diffuse de la dance music. Ils finissent tout de même par des sonorités plus habituelles, très calmes.
Peter Brotzmann, Mats Gustafsson et Alan Licht continuent en trio, jouant au coude à coude sur une toute petite partie de la scène, ce qui fait sourire Brotzmann. Alan Licht reste en retrait utilisant le larsen produit par sa guitare, derrière les sons très forts produits d’entrée de jeu par les 2 saxophonistes. Il devient ensuite plus présent, assurant un son continu, qui vient se mêler aux rugissements des sax. Le guitariste dans le groupe de rock occupe à peu près la même place que le saxophoniste dans le jazz band, et au cours du set, les sons des instruments convergent pour n’en former qu’un seul, distordu et saturé à souhaits.

Nous avons ensuite droit aux trois guitaristes : Rowe, Drumm et Licht, tous étant assis bien entendu, nous sommes bien loin des postures rocks. Tous les trois jouent à leur manière avec les larsens pour mélanger des nappes de sons, créant une musique ambient, aux sonorités métalliques et industrielles. Après un quart d’heure de jeu, à court d’idées, Licht profite d’un moment de calme pour s’arrêter, suivi presque aussitôt par Kevin Drumm, à l’écoute de ses partenaires. Par contre Keith Rowe poursuit son idée pendant plusieurs minutes, indifférent aux autres musiciens qui semblent bientôt gênés de ne plus jouer. Il avait une fois déclaré à propos de son groupe AMM que personne n’écoutait ce que jouaient les autres, et il poursuit cette démarche ici, avec les avantages (ne pas user de petits "trucs" d’improvisation récupérés ici ou là, mais exploiter des idées sur le long terme pour créer ses propres formes sonores) et les inconvénients (ne pas savoir s’adapter à ses partenaires d’un soir).
Kevin Drumm reste en place, et est rejoint par Mats Gustafsson (assis) et Axel Dorner (trompette et ordinateur). Les sons resteront dans le domaine du grincement, tout d’abord avec retenue, puis de plus en plus forts, pour finir en saccades de brèves éruptions de la part de Gustafsson. Drumm et Dorner jouent dans le même objectif de fournir un socle continu de bruits aux rugissements du suédois.
On termine la soirée avec Dorner (qui abandonne son ordinateur) accompagné de Thomas Lehn et Ikue Mori. Lehn gagne d’entrée de jeu notre sympathie en déplaçant le retour de Kevin Drumm qui masquait Ikue Mori depuis le début de la soirée. Le morceau est plus éclectique et rythmé que les précédents, chacun propulse des envolées de son, cherchant à prendre le dessus sur l’autre, avec un côté feu d’artifice.

Ainsi se termine pour nous ce festival, qui nous aura permis de voir ensemble des musiciens que l’on associait à des courants différents : le free-jazz aux racines américaines de Brotzmann et Gustafsson, l’improvisation européenne symbolisée par Rowe, Lehn et Dorner, et l’école new-yorkaise de free-music représentée par Marclay ou Mori. Le concert d’un seul d’entre eux constitue déjà un événement par lui-même, leur réunion relève alors de l’exceptionnel.

Bertrand Le Saux, Soizig Le Calvez
le 04/12/2002

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