Une (micro) histoire économique du monde, dansée

 auteur

Pascal Rambert

 metteur en scène

Pascal Rambert

 date

du 08/01/2010 au 22/01/2010 et du 09/02/2010 au 20/02/2010

 salle

Théâtre de Gennevilliers,
Gennevilliers

 appréciation
 tags

Pascal Rambert / Théâtre de Gennevilliers

 liens

Théâtre de Gennevilliers

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Pour son nouveau spectacle, sis dans le théâtre qu’il dirige pour la troisième saison, Pascal Rambert, en observateur aiguisé du monde qui l’entoure, s’attache à certains jalons de l’histoire économique, de la Lloyd’s de Londres au début du XVIIe siècle à la crise des subprimes, en passant par Blaise Pascal, une tribu aux îles Samoa et le micro-crédit de Mohammed Yunus.

Comme souvent chez le dramaturge français, le désir d’universalisation est particulièrement prégnant. Ainsi, sur le plateau très profond (coulisses et machineries du théâtre ont été intégrées à celui-ci), on peine à distinguer les visages des participants qui pourraient alors être chacun de nous. Et de fait, beaucoup le sont, car, hormis quatre comédiennes professionnelles, les cinquante autres personnes sont issues des ateliers d’écriture et d’une chorale de Gennevilliers. Dispersés sur la scène, tous reproduisent des gestes du quotidien tandis que le philosophe Éric Méchoulan intervient, micro HF en main, pour contextualiser l’ensemble et donner des repères historico-économiques. Ces interventions sont certes louables pour leur didactisme et leur caractère vulgarisateur, mais elles s’égarent aussi dans quelques approximations et raccourcis opportunistes (les rayonnages du supermarché Lidl qui fait face au théâtre sont analysés comme une mise en scène de l’immédiateté, alors qu’il nous semble plutôt que le fait de laisser les produits dans les cartons de transport procède d’une volonté de réduction des coûts).

En outre, beaucoup d’actions se déroulent en même temps que Méchoulan discourt (reproduction de gestes du quotidien, donc, mais aussi simili-mouvements de danse ou chant choral), rendant difficile la concentration sur un propos qui demande une certaine attention. Comme le résuma une lycéenne assise derrière nous : « je l’entendais, mais je n’arrivais pas à l’écouter ». Et c’est bien là tout le problème. Ajoutons à cela qu’en regard des considérations quasi-universitaires présentées ici, Rambert se laisser aller à quelques concessions à l’accessibilité facile : tubes (I Started A Joke diffusé au début, Knockin’ On Heaven’s Door chanté à la fin) ou petits sketches illustratifs dans lesquels les comédiennes s’affublent de moustaches. En fait, l’intitulé même du spectacle révélait déjà ces formes de contradiction : ambition du projet (« histoire économique », « monde »), complexification volontaire (« micro » entre parenthèses, chamboulement de la syntaxe) et matériaux mélangés (« dansée »). Entre toutes ces pistes, de quel côté Pascal Rambert se situe-t-il ? A-t-il seulement choisi ? L’incertitude qui nous étreint à la sortie montre les limites de la proposition.

Autres dates :
- 31 mars et 1er avril 2011 : Phénix - Valenciennes
- 8 avril 2011 : Théâtre des Salins - Martigues
- 14 et 15 avril 2011 : Théâtre de Cavaillon
- du 11 au 13 mai 2011 : CDN - Orléans

François Bousquet
le 12/02/2010

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