Esther Shalev-Gerz : Ton image me regarde !?

 date

du 09/02/2010 au 06/06/2010

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Esther Shalev-Gerz / Jeu de Paume

 liens

Jeu de Paume
Esther Shalev-Gerz

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Des attentions
(Crédac)

Pour Esther Shalev-Gerz, née à Vilnius, élevée en Israël et vivant à présent à Paris, les échanges avec les autres sont évidemment capitaux. À tel point que ce souci de l’altérité et l’intervention d’autrui constituent les enjeux principaux de la monographie que lui consacre le Jeu de Paume. De fait, dans ses vidéos, photographies et installations, l’artiste convoque le concours de tiers afin de poursuivre de multiples objectifs : symboliser la périclitation de l’industrie (Sound Machine et ses femmes qui content leurs souvenirs de travail dans des usines textiles), figurer des féministes marquantes (Echoes In Memory, photographies de sculptures 3D d’Eva Hesse, Susan Sontag ou Patti Smith), faire témoigner des immigrés (First Generation), servir de mémoires des lieux (Anges inséparables : la maison éphémère pour Walter Benjamin, film dans lequel un chauffeur de taxi raconte l’histoire de lieux entre Weimar et Buchenwald) ou des peuples (White Out, qui fait intervenir une Laponne).

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Photogramme extrait de L’instruction berlinoise
(courtesy de l’artiste)

Mais surtout, Shalev-Gerz se sert de ces interventions comme voie médiate pour évoquer la Shoah. MenschenDinge voit ainsi des historiens, archéologues ou conservateurs de musée raconter leur rapport avec des objets trouvés à Buchenwald, Monument contre le fascisme rapporte l’expérience de la ville d’Hambourg-Harbourg qui a sollicité les passants afin d’apposer leurs signatures sur une sculpture, Entre l’écoute et la parole : derniers témoins, Auschwitz 1945-2005 nous présente face caméra ces rescapés tandis que L’instruction berlinoise est une re-création d’une pièce de théâtre écrite à partir des paroles prononcées pendant les procès d’Auschwitz. Cependant, avec ces deux dernières œuvres, le dispositif de l’artiste montre ses limites. Dans L’instruction berlinoise, une chorale chante les mots prononcés par les accusés (« Je ne savais pas/ce qu’on faisait/aux gens qui allaient là-bas ») et c’est peu de dire qu’un malaise certain naît, que les origines d’Esther Shalev-Gerz ne peuvent complètement dissiper. Moins dérangeant, mais tout aussi appuyé, Entre l’écoute et la parole : derniers témoins, Auschwitz 1945-2005 met en place des silences trop lourds de sens entre le moment où les lèvres des survivants racontent leurs souvenirs et celui où leurs phrases sont effectivement diffusées.

Alors que le montage vidéo D’Eux et sa juxtaposition de la lecture par Jacques Rancière de son Spectateur émancipé et de la passion pour les langues étrangères que raconte Rola Younes ne présente pas de véritable sens, cette dernière partie résonne judicieusement avec First Generation, installation placée de l’autre côté de la cimaise. Consacrée aux conséquences de l’immigration du point de vue des immigrés, l’œuvre reproduit, imprimées sur le mur, leurs réponses à des questions posées par l’artiste (En venant ici : qu’avez-vous perdu ? qu’avez-vous trouvé ? qu’avez-vous reçu ? qu’avez-vous donné ?) pendant qu’une vidéo saisit les participants en plans serrés. Cadrés sur des parties de leurs visages (yeux, oreille…), ces plans manifestent une évidente volonté d’universalisme par la non-identification induite des protagonistes.

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Les Inséparables
(courtesy de l’artiste)

À côté de ces travaux, Esther Shalev-Gerz peut enfin proposer des jeux plus légers sur les lois de la physique avec sa vidéo Perpetuum Mobile (une pièce de 10 francs tournoie sans cesse) et sa double horloge Les Inséparables. Effectivement moins significatives que les pièces évoquées précédemment, ces deux œuvres démontrent que l’artiste peut se dégager de la forme de pesanteur ressentie à d’autres moments. De plus, elles prouvent qu’elle peut se passer du truchement d’autrui, auquel elle fait peut-être un peu trop recours par ailleurs, comme si elle n’avait pas suffisamment confiance dans ses propres réalisations.

François Bousquet
le 29/05/2010

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