Quinzaine des Réalisateurs 2010 - Reprise de la sélection

 réalisateur

Katell Quillévéré

Diego Lerman

Jean-Paul Civeyrac

 date

du 26/05/2010 au 06/06/2010

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Diego Lerman / Forum des Images / Jean-Paul Civeyrac / Katell Quillévéré

 liens

Forum des Images

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Après quelques années sans se rendre à cette reprise de la Quinzaine des Réalisateurs, c’est avec intérêt qu’on reprend le chemin du Forum des Images durant ces dix jours pendant lesquels sont projetés les films présentés à Cannes. Cette année, la Quinzaine a changé de direction puisqu’Olivier Père (qui avait sensiblement remonté le niveau de la sélection depuis 2004) a pris la tête du festival de Locarno, permettant à Frédéric Boyer, membre jusqu’alors du comité de sélection, de monter en grade. Eu égard aux comptes-rendus journalistiques assez mitigés sur le niveau d’ensemble de cette Quinzaine 2010, c’est sans attente démesurée que nous vîmes six des deux douzaines de films projetés.

Pas forcément le plus en vue des jeunes réalisateurs argentins (ses films n’ont jamais été en compétition à Cannes, Berlin ou Venise, il n’est pas aussi loué que Lucrecia Martel ou Pablo Trapero), Diego Lerman a pourtant signé, avec Tan de Repente, l’un des meilleurs films de cette nouvelle vague. Après un court-métrage décalé (La Guerra de los Gimnasios, vu à Locarno en 2004) et un deuxième long-métrage moins convaincant, on attendait avec impatience L’Œil Invisible (La Mirada Invisible). Cette métaphore désigne en réalité le rôle assigné à une jeune surveillante dans un collège huppé de Buenos Aires, chargée de veiller au respect des règles strictes imposées, en ce début des années 1980 encore sous l’emprise dictatoriale, par la direction. Acceptant son rôle, Maria Teresa (Julieta Zylberberg, captée en quasi-gros plan pendant tout le film) va même se montrer particulièrement zélée, bien qu’entre surveillance et voyeurisme, la frontière s’avère ténue. Ce classique contraste entre rigueur extérieure (chignon impeccable, tenue asexuée, verbe retenu) et tourments intérieurs (émois de la jeune femme de 23 ans, craintes pour la santé de sa mère) se trouve intelligemment mis en parallèle avec une autre opposition. Ainsi, Lerman confronte l’ordre inculqué à l’intérieur du collège (qui transpire de tous les plans et, notamment, de ceux, appuyés, sur la géométrie des lieux comme la cour en damier) aux mouvements de foule qui grondent dans les rues adjacentes (réactions à la guerre des Malouines, premières manifestations anti-dictature).

Toujours en Amérique du Sud, mais au Mexique cette fois-ci, une autre forte personnalité féminine est au centre d’Année Bissextile (Año Bisiesto), premier long-métrage de Michael Rowe qui reçut d’ailleurs la Caméra d’Or pour ce film. Laura, jeune femme de 25 ans, enchaîne les coups d’un soir, mais reste désespérément seule dans son petit appartement, réduite à manger des boîtes de conserve devant la télé, avoir quotidiennement sa mère ou son frère au téléphone et épier un couple de voisins. Arrive alors dans sa vie Arturo, croisée lors d’une escapade nocturne, qui va l’entraîner dans une relation SM dans laquelle la traditionnelle domination inversée de cette dialectique maître/esclave va être poussée jusqu’au bout de sa logique. Tandis que de crues scènes de sexe reviennent régulièrement, l’économie de moyens générale du film (décor unique du deux pièces-cuisine, trois personnages et cinq ou six plans en tout et pour tout…) l’empêche de sombrer dans une exaltation dérangeante de ces pratiques.

Comme souvent, le contingent de films français à la Quinzaine s’avançait très fourni. Au premier rang, Un Poison Violent arrivait auréolé du Prix Jean Vigo, obtenu début mai, et de la bonne réputation de sa réalisatrice, Katell Quillévéré, remarquée, dans ces pages notamment, pour ses courts-métrages (À bras le corps, vu à la reprise des Premiers Plans 2006). Éternel sujet des premiers films français, Un Poison Violent est un récit d’apprentissage, centré sur la figure d’Anna, adolescente en internat qui revient dans le petit village breton de ses parents pendant les vacances afin d’y faire sa confirmation. Son père ayant quitté le domicile, sa mère se réfugie dans la religion tandis que la jeune fille éprouve des difficultés à concilier développement de son corps et de ses émois et pratique spirituelle. Précisément, ce prisme religieux permet au film de se distinguer du tout-venant, favorisant la mise en avant du surmoi des personnages (celui d’Anna, évidemment, mais aussi celui de la mère, jouée par Lio, qui se rapproche de plus en plus d’un jeune prêtre italien) et offrant des contrepoints savoureux grâce au personnage du grand-père (Michel Galabru, toujours à la limite d’en faire trop), profondément anticlérical.

Tout aussi attendu, Petit Tailleur, second film court de Louis Garrel, présente tous les atours du quasi-catalogue des clichés du film français post-Nouvelle Vague : atmosphère germanopratine (héroïne interprétant le rôle-titre de La Petite Catherine de Heilbron donné au Théâtre de l’Odéon, scènes dans des cafés du Quartier Latin), argument centré sur les tourments amoureux de beaux jeunes gens indécis, voix off et noir et blanc comme figures de style. Ajoutons à ceci quelques exemples d’un bon goût très sûr comme le What Difference Does It Make ? des Smiths en générique de fin. De surcroît, le jeune réalisateur ne fait pas grand-chose pour dépasser ce double horizon, si ce n’est confronter les univers professionnels des deux héros (comédienne et tailleur, donc) et trouver dans ce moyen-métrage de 44 minutes une durée idéale pour ce genre de propos. Saluons ainsi cette certaine humilité de ne pas aller jusqu’au long-métrage et de pleinement assumer ses (nombreuses) influences.

Sur un sujet moins rebattu, et dont on saluera le fait que Fabienne Berthaud s’en saisisse, Pieds Nus sur les Limaces s’attache à deux sœurs, Clara et Lily (Diane Kruger et Ludivine Sagnier), la première devant s’occuper de la seconde, atteinte d’hypersensibilité, au décès brutal de leur mère. Avec une telle situation de départ, on voit venir de très loin l’acculturation progressive de Clara, assistante juridique bon teint, à l’univers de Lily qui pourra la révéler au vrai sens de la vie, au goût des choses simples (se rouler dans l’herbe, être proche des animaux), ce genre de choses… Cependant, la réalisatrice ménage de nombreuses fausses pistes dissipant légèrement ces craintes. Si la dimension poétique et fablesque de l’ensemble est peut-être un peu trop forcée, la lucidité de Lily sur sa condition éloigne toute mièvrerie (à l’image de cette réplique : « les parents voulaient que nous fassions droit et médecine, ma sœur a fait droit, moi j’ai fait médecine, mais côté patient »).

Encore deux jeunes femmes au centre du film suivant, mais deux jeunes filles, cette fois-ci, héroïnes Des Filles en Noir, nouveau long-métrage de Jean-Paul Civeyrac qu’on avait un peu perdu de vue après de très bonnes réalisations au début des années 2000 (Le Doux Amour des Hommes et Toutes ces belles Promesses). Empreintes du romantisme allemand (Kleist et Brahms sont respectivement lu et joué), Noémie et Priscilla se maquillent et vêtissent de noir, expriment un dégoût de la vie et ont prévu de mettre fin simultanément à leurs jours. Alors que la première partie du film souligne la posture des jeunes filles, qui se complaisent presque dans leur situation et leur rejet de l’école et de la famille, le dernier tiers voit émerger une capacité salutaire à se remettre en cause. Partant, de personnages au bord du découragement, on bascule vers quelque chose de plus lumineux, porté par une mise en scène restant au plus près de son sujet et évitant (hormis quelques rares séquences oniriques, dont on sait Civeyrac amateur) les digressions (aucune tentation de suggérer une quelconque attirance amoureuse entre les protagonistes, par exemple). Et si, finalement, cette capacité du réalisateur à rester attaché au point de vue des ses personnages, sans les juger ni les défendre, ne faisait pas sa force ?

Autre reprise de la Quinzaine des Réalisateurs :
- du 16 au 29 juin 2010 : Cinéma l’Arenberg - Bruxelles

Dates de sortie :
- Année Bissextile : 16 juin 2010
- Un Poison Violent : 4 août 2010
- Des Filles en Noir : 15 septembre 2010
- Petit Tailleur : 6 octobre 2010
- Pieds Nus sur les Limaces : 1er décembre 2010
- L’Œil Invisible : 11 mai 2011

François Bousquet
le 21/06/2010

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