Scope #5 : Fourcolor / Hervé Boghossian / Tomoko Sauvage

 date du concert

17/06/2010

 salle

Instants Chavirés,
Montreuil

 tags

FilFla / Fonica / Fourcolor / Hervé Boghossian / Instants Chavirés / Minamo / Tomoko Sauvage

 liens

Hervé Boghossian
FilFla
Instants Chavirés
Tomoko Sauvage

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Suite de la série Scope organisée par Hervé Boghossian aux Instants Chavirés depuis décembre 2007 avec cette 5ème soirée dédiée au Japon. C’était pour nous l’occasion de voir enfin Tomoko Sauvage, régulièrement à l’affiche depuis quelques mois, et Fourcolor, le projet solo de Keiichi Sugimoto, pour la première fois en concert sur Paris.

On attendra un peu que le public arrive, en imaginant que ce n’est pas le même que celui de France-Mexique, le match du jour, mais c’est devant un nombre de spectateur modeste que Tomoko Sauvage débutera son set. C’est au milieu de la salle, contre un mur que Tomoko Miyata prit place derrière un étrange dispositif. Des bols de porcelaine remplis d’eau, et juste au dessus des gobelets en plastique accrochés à un portique. De ces gobelets tombent des gouttes d’eau, lentement et régulièrement, qui viennent s’écraser sur les bols en les faisant résonner. À cette différence près que Tomoko Sauvage se consacre exclusivement à l’élément aquatique, le procédé nous rappelait le travail de (Thomas Tilly) avec des bougies dont les gouttes de cires servaient de source sonore.
Musicalement on se situe entre abstraction et répétition, entre la régularité des gouttes et les manipulations live de l’artiste qui choisit de diffuser et transformer le son de tel ou tel bol, créant un effet de vibrato en agitant l’eau de sa main. Intéressant ensuite de voir l’eau plate remplacée par de l’eau pétillante, ajoutant une texture grésillante qui sera mise en boucle, créant du même coup une rythmique lancinante. Le traitement du son nous apparaîtra d’ailleurs plus riche en fin de concert, superposant les boucles et laissant s’échapper de ses mains de gros filets d’eau qui venaient s’écraser sur les bols les plus larges.
Très joli concert, musique concrète et fragile dont on poursuivra la découverte avec l’album Ombrophilia publié l’an dernier chez and/OAR.

Rapide enchaînement avec Hervé Boghossian qui une fois de plus nous propose un set complètement différent de ses derniers concerts. Formule guitare électrique et laptop, attitude rock’n roll pour un set nerveux. Après la douceur et la fragilité de Tomoko Sauvage, la cassure est nette avec une véritable déflagration sonore qui sort des enceintes. La guitare électrique est traitée par l’ordinateur sur un mode qui n’est pas sans rappeler Fennesz, mais le son nous apparaîtra ici moins granuleux, plus uniforme, comme un dense essaim de grésillements.
Dès le premier titre une corde casse, 6mn de break et ca repart de plus belle avec un set présenté sous forme de morceaux bien distincts. On se demandera si ce choix était le plus adapté, permettant de faire une petite pause salvatrice pour les oreilles, mais cassant un peu la tension omniprésente. L’aspect mélodique n’est pas oublié, mais passe au second plan derrière les rugissements qui ont tendance à tout écraser. Parfois l’artiste s’applique à casser une certaine uniformité en modulant un peu plus ses effets, abandonnant la mélodie au profit de cassures purement granuleuses. Ce sera particulièrement le cas sur le dernier morceau qui restera notre préféré, peut-être aussi parce que la guitare passait un peu au second plan au profit de bruits et textures purement numériques.

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Fourcolor

Retour au Japon et à la douceur avec Fourcolor. En effet ce fut un nouveau contraste qui nous était proposé puisque si Keiichi Sugimoto se produisait lui aussi avec guitare et laptop, il commença par délivrer de douces notes, limpides et aériennes, en suspend, délicates strates réverbérées, guitare traitée au son électronique. Quelques notes et accords épars, et petit à petit l’ambient apaisée se fait de plus en plus dérangée, cassante, alternant rapidement entre douceur et une certaine aridité. On a peut-être un peu trop tendance à l’oublier, mais Keiichi Sugimoto flirte aussi avec la scène improvisée (il a signé Toshimaru Nakamura sur son label Cubic Music) et il se met à triturer la prise Jack de sa guitare, produisant des bruitages métalliques et des ronronnements de basse. La musique du Japonais est en mouvement perpétuel, riche, subtile, à la fois poétique et pleine de vie, allant jusqu’à se faire bruitiste en fin de set, se concentrant sur la manipulation de ses pédales d’effet.
Un superbe concert dans un registre qui semble se faire de plus en plus rare sur scène, un véritable plaisir et globalement une très bonne soirée, malheureusement devant un public venu en petit nombre.

Fabrice ALLARD
le 20/06/2010

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